VERY FAN (SON ENCHERE) : 10MIN22
B.L : Jean-Luc Romero vous vous prêtez maintenant au jeu des enchères, qu’avez-vous décidé d’offrir, ou en tout cas de présenter à nos internautes ?
J-L.R : C’est des poupées Russes, un peu originales, alors je vous les montre, enfaite il y a quelques années j’ai été invité à la première gay pride qui a eu lieu à Moscou qui s’est extrêmement mal passée comme toutes les Gay prides depuis. Et puis ce jour là, sur la place rouge…
B.L : Rappelons pourquoi ça c’est mal passé !
J-L.R : Parce qu’elles sont, les gay prides là bas sont interdites, et pour la première les responsables avaient demandé à ce que des politiques des associatifs d’Europe viennent les aider. Et ca a été comment dire, une gay pride très violente, avec les forces de l’ordre, les manifestants, les orthodoxes qui étaient là, ca a été quelque chose d’extrêmement violent. Alors je n’ai pas un très grand souvenir si ce n’est que j’ai quand même pu aller sur la place, sur la place rouge et j’avais trouvé ça très drôle des poupées russes, qui n’étaient pas les poupées que l’on a traditionnellement mais là les poupées des responsables politiques russes, d’ailleurs vous les avez aussi pour d’autre pays, vous en aviez avec Chirac et les chefs d’états français. Là je les trouvais très esthétiques même si évidement ce n’est pas le choix de l’homme, puisque Poutine n’est évidement pas un homme politique pour lequel j’ai beaucoup de sympathie, mais je trouvais que c’était assez joli, et vous voyez il y a Eltisne, Gorbatchev, Brejnev, enfin bref, tous les grands chefs d’état Lénine, Staline, je trouve que c’est un bel objet, qui est assez beau, et puis voilà c’est pas la poupée russe traditionnelles mais c’est plutôt un objet marrant et puis il est lié à un souvenir très fort parce que ça montre à quel point aujourd’hui vivre son homosexualité ca peut paraitre plus facile en France, mais malheureusement même dans des pays qui sont à deux heures, deux heures et demi d’avion de Paris, et je pense notamment à la Russie, et bien il est difficile sous l’ère de Poutine et de l’actuel maire de Moscou de pouvoir vivre sa différence, et puis en tout cas l’affirmer vis-à-vis des autres.
B.L : Sur votre site officiel on peut voir que vous avez déjà visité 28% du monde. Le voyage on l’entend comme ça aussi avec votre enchère, fait parti de votre passion. Vous comptez un jour parcourir les 72 % restants ou pas ?
J-L.R : J’aimerais bien, j’adorerais, si, un de mes loisirs préféré c’est pouvoir m’évader régulièrement et visiter des villes, j’aime beaucoup les villes, des endroits que je ne connais pas, ou retourner dans des endroits qui m’ont particulièrement impressionné, je pense par exemple à l’Afrique du Sud qui est certainement le pays que j’aime le plus au monde, par la variété de ses paysages, par la chaleur des gens.
B.L : Et à chaque fois vous rapportez un souvenir ?
J-L.R : Oui. Tout d’abord un truc tout bête et qui devient aujourd’hui dramatique, j’achète partout où je vais un magnet. Donc j’ai un frigo rempli devant, sur tous les côtés de magnets, il va falloir que je me calme, mais maintenant c’est devenu, il faut acheter le magnet ! Et donc partout où je vais il faut que j’achète le magnet de la ville, du pays où je suis.
B.L : Pour revenir sur votre enchère vous avez choisi une association
J-L.R : oui
B.L : laquelle ?
J-L.R : j’ai pris celle que je préside qui est Elus locaux contre le Sida parce que voilà, je voulais une association qui concerne le VIH, et une association où il y a beaucoup de travail, parce que malheureusement aujourd’hui comme vous l’imaginez, les, comment dire, les élus locaux ne sont plus du tout intéressés par cette question, et je crois qu’il était important de mettre en avant la nécessité aussi, de comment dire, les politiques s’intéressent au sida, parce que le sida se soigne aussi par la politique. Ca peut paraître provocateur que de dire ça, mais c’est quand même une vrai réalité, il y a bien sûr les traitements, mais en même temps si il n’y a plus de parole politique, il n’y a plus de combat.
B.L : Mais les paroles ne suffisent plus non plus, il faut s’investir.
J-L.R : Oui mais à partir du moment où il n’y a même plus la parole, mais vous savez pour les personnes, à quel point vous êtes cachés, vous avez honte de cette maladie, de ce que vous avez au plus profond de vous-même qui vous dévore tous les jours, ce combat que vous menez contre cette bête immonde qui est le VIH, ne même pas avoir quelqu’un qui pose le mot sida qui en parle, qui dit vous savez la prévention aujourd’hui c’est quand même important, il n’est pas normal que dans un pays comme le notre aujourd’hui 7000 personnes parents continuent à se contaminer, donc il faut une parole politique, je vous assure ce n’est pas de la provocation, et c’est extrêmement important.
B.L : En 95 vous avez créé élu locaux contre le Sida. Il y a un site internet ELCS.fr, pour mobiliser justement les élus de toute tendance contre ce virus. 13 000 élus ont signés quand même ce manifeste, dont Nicolas Sarkozy, Bertrand Delanoë, Simone Veil, Harlem Désire, Jean-Pierre Raffarin, Roselyne Bachelot, il y en a d’autres également. La chanteuse Sheila est présidente d’honneur, votre amie d’ailleurs, que vous écoutiez quand vous étiez enfant. Vous dites qu’il n’y a plus de parole, qu’est ce que vous faites tous les jours pour intéresser les élus locaux ?
J-L.R : Ah tous les jours, je ne dis pas que je le fais tous les jours, mais en tout cas ça fait 15 ans que je vais au moins une fois par semaine en province pour réunir élus et militants associatifs pour faire le point sur ce qui est fait dans leur ville et dans leur département. Et croyez moi c’est pas très facile, parce qu’avoir fait 15 tours de France, parfois dans des toutes petites villes et des fois avoir l’impression de prêcher dans le désert, c’est quelque chose de difficile, et quelque chose de nécessaire, donc en gros on essaye de faire un bruit de fond constant au niveau des élus pour leur dire écoutez vous ne pouvez pas baisser la garde aujourd’hui, la maladie elle n’est pas derrière elle est toujours là, certes les traitements permettent aux gens de vivre 30 ans, 20 ans ou peut-être plus, mais dans quelles conditions ? Vivre avec le Sida ce n’est pas comme vivre sans le Sida, vous n’aurez jamais la même vie. Donc d’abord tout faire pour que les gens ne l’aient pas, pour qu’ils aient je l’espère la plus merveilleuse des vies, et puis être solidaire avec ceux qui le vivent aujourd’hui, et croyez moi dans ce domaine là on a vraiment l’impression que tout est à refaire. On est aujourd’hui peut être revenu en arrière à la fois dans les connaissances qu’ont les gens dans ce virus, vous savez aujourd’hui 21% des gens croient qu’on attrape le sida en étant piqué par un moustique ! C’est un retour en arrière complet ! Et puis aussi qu’ils aient un peu de solidarité avec leurs proches, quand ils le savent bien sûr, parce qu’en même temps ils ne le savent pas toujours.
B.L : En même temps moi je suis ravie aujourd’hui de vous accueillir, et je suis ravie de vous voir en bonne santé, vous m’avez l’air en bonne santé, est ce que finalement ca ne vous handicape pas ça ?
J-L.R : Bah écoutez entre avoir l’air et l’être il y a quand même deux choses ! Je ne vous dis pas tout ce qui se passe réellement faut pas croire que
B.L : Mais dites nous justement qu’est ce qu’il se passe ?
J-L .R: Il ne faut pas croire… écoutez moi je fais un truc, et que peu de gens font et qui peut paraître impudique, mais j’ai voulu le faire à la fois pour montrer que vivre avec le sida ce n’est pas comme vivre sans. C'est-à-dire que à peu près tous les trois mois je donne mes résultats de santé sur mon blog. Quand je vais à mon rendez vous à l’hôpital, je dis voilà mes résultats aujourd’hui. Et les gens se rendent compte que les choses ne sont pas aussi simples. J’ai des tuiles de santé, l’année dernière j’ai eu un petit cancer, je le dis, je veux dire je n’en parle pas tous les jours, mais j’essaye de le dire sans donner le côté larmoyant sans… mais en même temps en disant voyez quand même ce que c’est pas anodin.
B.L : Oui mais justement si vous ne donnez pas ce côté larmoyant on a l’impression que tout va bien ! Et on si dit finalement, pourquoi mettre un préservatif ?
J-L.R : Oui mais vous ne pouvez pas non plus, je pense déjà que j’en parle suffisament, vous ne pouvez pas non plus toujours faire pleurer, faire pleurer sur vous-même ce n’est pas mon rôle ce n’est pas… et je pense que mon combat en perdrait de la force si j’étais sans arrêt dans la complainte en disant cette nuit j’ai été malade toute la nuit c’est comme ça presque toutes les nuits etc.
B.L : mais c’est comme ça souvent, vous êtes malade la nuit ?
J-L.R : Bien sûr ! Mais comme tous les gens qui ont des graves pathologies comme ça, bien sûr avoir une pathologie, avoir un cancer, avoir le sida, être séropositif c’est tout, c’est pas rien du tout comme on l’entend ! Si cette maladie est aussi grave si elle a autant d’effets secondaires, en tous cas si le traitement les induits bien sûr, et puis dans la vie sociale ça induit beaucoup de chose le séropositif ne peut pas voyager où il veut, la moitié des pays du monde interdit l’installation d’un séropositif. Un séropositif ne peut pas aller vivre au Canada, ne peut pas aller vivre en Australie et je fais exprès de prendre des pays démocratiques, il ne peut pas voyager où il veut, il y a 13 pays qui interdisent totalement leurs entrées dont les Etats-Unis. Ca devrait être levé et ça ne l’est toujours pas pour l’instant.
B.L : Et est ce que votre association Elus locaux contre le sida contribue et aide justement à y voir plus clair et a permettre justement
J-L.R : Sûr, par exemple l’histoire de la circulation, on porte cette question depuis des années, on se bat
B.L : et pourquoi ça n’avance pas plus vite ?
J-L.R : Parce que tout le monde s’en fiche, parce qu’on a eu avant un chef de l’état qui s’y intéressait vraiment, Jacques Chirac, avec Lula au niveau international ils ont porté cette lutte, aujourd’hui personne
B.L : Nicolas Sarkozy a fait croire, nous a fait croire pendant la campagne qu’il allait s’y intéresser de plus près, vous êtes déçu, vous êtes comment par rapport à ca ?
J-L.R : Je ne dis pas qu’il ne s’y intéresse pas du tout, mais ce n’est pas sa priorité de santé publique, c’est clair, sa femme bien sûr fait des choses, je pense à Carla Bruni mais en même temps on voit bien, avant il n’y avait pas un G20, une grande manifestation internationale sans que la France pose cette question. Vous vous rendez compte il y a 33 millions de personnes dans le monde, il y a 2 millions de personnes qui meurent tous les ans, et on a des solutions ! On a des solutions pour ces gens ne meurent pas comme c’est le cas aujourd’hui ! Il suffirait simplement de 15 milliards de dollars tous les ans, vous imaginez 15 milliards de dollars tous les ans, rien que pour la grippe A on mobilise en France 1 milliard et demi de dollars, d’euro ! Donc 2 milliards de dollars rien que pour la grippe A ! La grippe A elle a fait en gros moins de 5 000 morts en six mois à moins que ça s’accélère fin octobre, moins de 5000 morts, le VIH fait 5000 morts par jours ! Par jours !
B.L : Vous allez maintenant déterminer le montant de base de l’enchère, c'est-à-dire que c’est vous qui choisissez un prix, vous l’imaginez à combien ?
J-L.R : Je ne sais pas, je n’ai aucune idée de ce genre de chose donc je …
B.L : 12, 15, 20 euros, 22, 18
J-L.R : allez on va dire 15 euros pour faire un compte rond !
B.L : Allez !
VERY LIFE (SON ENFANCE, SES PASSIONS, SES ENVIES): 18MIN27
B.L : Jean-Luc Romero bonjour !
J-L.R : Bonjour.
B.L : Je vais commencer cette interview en vous remettant votre info naissance
J-L.R : Oh la qu’est ce que c’est que ça !
B.L : C’est tout ce qui c’est passé le jour de votre naissance, et précisément le jour de votre naissance. Est-ce qu’on peut donner la date, et le mois, et le jour ?
J-L.R : C’était le 30 juin 1959, j’ai fêté cette année mes 50 ans !
B.L : A Béthune vous êtes né.
J-L.R : A Béthune
B.L : Dans le Pas de Calais, votre père est espagnol, votre mère d’origine espagnole mais naturalisée française.
J-L.R : Oui.
B.L : Vous avez des souvenirs précis de votre enfance ?
J-L.R : J’ai des souvenirs c’est vrai, mais qui… mon enfance n’a pas été forcément une enfance très heureuse, beaucoup de souvenirs refoulés, d’abord mon père qui est mort quand j’étais assez jeune, parce que je devais avoir 13 ans quand il est mort, c’était un père très absent parce qu’il travaillait sur des chantiers beaucoup en province, voir à l’étranger, donc il revenait très très rarement. Donc en faite j’ai très très peu de souvenirs avec mon père, si ce n’est le pire des souvenirs, celui du jour de sa mort. Et puis le reste
B.L : Il est mort de vieillesse, ou de maladie ?
J-L.R : Ah non non il avait 53 ans donc j’espère que ce n’est pas la vieillesse ! Non il avait un cancer, un cancer qui a été assez fulgurant. Il fumait beaucoup donc il a eu un cancer des poumons
B.L : Vous fumez vous ?
J-L.R : Pas du tout ! Je pense que
B.L : c’est dû à ca ?
J-L.R : Vous savez j’ai des souvenirs tellement incroyables des ses dernières nuits, que ça a dû m’aider, parce que quand vous voyez quelqu’un qui monte sur les tables, qui met des chaises sur des tables, parce qu’il croit que plus il va monter haut plus il va trouver de l’air, ca vous fait sacrément réfléchir et évidemment, j’ai su très tard, vous savez parler de maladie c’est toujours très compliqué, mais vous imaginez surtout vis-à-vis d’un gamin au fin fond du Pas de Calais c’était pas quelque chose d’évident, donc je ne savais pas forcément ce qu’il avait, mais on m’avait dit que c’était parce qu’il avait fumé trop. Donc évidement je pense que ça a dû jouer sur le fait que vraiment, j’ai crapoté comme tout, comme tout gamin dans les toilettes du collège, mais voilà je m’étouffais dès que je fumais donc ça m’a dégouté à tout jamais de la cigarette, et je pense que peut-être ouai la mort de mon père dans des conditions qui sont quand même un peu violentes, quand vous voyez quelqu’un à cet âge là s’étouffer et mourir en s’étouffant, parce que j’étais là au moment de sa mort c’est quelque chose qui vous fait réfléchir et qui vous empêche de devenir un fumeur.
B.L : papa est absent et travaille beaucoup, il n’est pas souvent à la maison. Maman est là ?
J-L.R : Oui moi j’étais dans un entourage assez féminin, puisque ma mère vivait, on vivait dans un café qui appartenait à une femme que j’appelais ma tatie qui en gros était comme ma grand-mère et donc c’est ces deux femmes qui d’une certaine manière m’ont élevé, de ma naissance jusqu’à mes 12, 13 ans, où ma mère a pris son envol et a quitté ce café.
B.L : Très tôt vous avez envie de faire de la politique.
J-L.R : Oui enfin très tôt j’ai eu envie de m’engager. Je crois que c’est tout gosse j’organisais aux kermesses de l’école des loteries, des tas de choses pour les pays d’Afrique.
B.L : Vous étiez délégué de classe ?
J-L.R : j’étais délégué de classe bien sûr, j’ai toujours aimé m’engager, peut être parce que j’étais fils unique, et le fait d’être fils unique fait que l’on se sent parfois un peu seul, en plus j’avais pleins de cousins qui vivaient à 5 ou 6 enfants donc j’étais parfois un peu triste, je me disais qu’ils avaient de la chance moi j’était tout seul. C’est pas forcément une jeunesse très heureuse, j’avoue avoir quitté ma jeunesse n’a pas été d’une grande tristesse quoi. Mais ce n’est pas lié au nord pas de calais ! Parce que le film de Dany Boon a bien fait d’exister, parce que moi je me souviens quand je suis arrivé à Paris, c’était déjà tellement, j’avais un petit accent évidemment, un petit accent du nord.
B.L : un petit ! Vous êtes sympa avec vous même ! Moi j’ai habité un an et demi à Calais, il y avait un petit accent, je ne comprenais pas.
J-L.R : Oui mais vous savez j’ai quand même fait attention, surtout que chez moi on ne parlait pas patois, ma mère avait absolument opposée à ce que l’on parle patois, je ne pratiquais pas vraiment le patois, mais j’avais l’accent des gens du nord je suis né à Béthune donc j’avais un peu cet accent, et arrivé à Paris, dire que vous venez du sud ça fait rêver, ca fait chanter, dire que vous venez du Nord Pas de Calais on vous regarde avec un air Oh la la ! Pas de chance mon pauvre ! Ca fait pas rêver, et curieusement le film de Dany Boon a redonné une certaine fierté même si évidemment il est… ca ne représente pas réellement la réalité, il a donné une certaine fierté aux gens.
B.L : C’était quoi cette réalité pour vous ? La réalité de Béthune dans votre période d’adolescent enfant ?
J-L.R : Bah c’est quand même la tristesse d’un ciel bas puisqu’il faut quand même être très clair dans le Pas de Calais il pleut souvent donc le soleil n’est pas souvent là. Donc ca je pense que ca joue, ca joue forcément beaucoup, c’est aussi une jeunesse dans une région qui est en train de s’effondrer peu à peu économiquement parce que les mines ferment les unes après les autres, enfin la sidérurgie, enfin tout est en train de disparaître. On se rend compte que l’on est quand même dans une région qui, bon bah voilà qui peu à peu va voir les siens partir, c’est effectivement ce qui s’est passé puisque la plupart de mes amis d’enfance ne vit plus à Béthune tout le monde a fuit Béthune pour au minimum aller à Lille, et en général plutôt partir vers Paris ou plus loin encore.
B.L : Quel genre d’enfant étiez vous ? Plutôt sage, plutôt introverti, plutôt exubérant ?
J-L.R : Sage c’est pas… j’étais plutôt agité à l’école, toujours en train de faire des conneries, je parlais beaucoup, j’étais très très bavard mais en même temps très timide. Donc à la fois un mélange de timidité et en même temps de grand chahuteur.
B.L : Un bon élève assidu ?
J-L.R : Euh pas toujours, je pense que jusqu’à la 6ème je n’ai pas toujours été un très bon élève, tout ça ne me passionnait pas vraiment. Et puis je pense que le déclic ça a été à la fin de la 5ème quand mon père est mort. Et là il y a eu un espèce de déclic et à partir de la 4ème oui j’étais un des meilleurs élèves si ce n’est le meilleur souvent, en classe.
B.L : Pourquoi enfaite ? Le but c’était de dire je veux réussir dans la vie, je veux y arriver et j’ai un objectif déjà très jeune et je sais ce que s’est, si je fais des bonnes études j’aurais un bon travail.
J-L.R : C’était un peu ça, et puis je faisais partie d’un milieu très modeste et quand mon père est mort ma mère était quand même un peu inquiète, elle avait pris un petit café elle-même, sauf que pas de chance à peine elle arrive dans ce café, que l’usine d’à côté ferme toute sa clientèle s’en va. Donc une situation qui était difficile et voilà moi je m’en rendais compte même si elle elle ne s’en plaignait pas. Je voyais que la situation était difficile, et j’avais bien compris que pour s’en sortir il fallait faire des études. Et puis voilà ça m’a obligé à travailler et puis j’étais dans une école privée, en plus on m’avait mis dans une école privée, ca coutait cher aussi ! Même si rapidement j’ai eu des bourses, et donc voilà quoi oui il fallait réussir, c’était la seule chance que j’avais pour ne pas être ouvrier dans une usine du coin
B.L : qui risquait d’être délocalisée
J-L.R: oui qui risquait d’être délocalisée et puis voilà ! Je n’ai pas du tout le sens manuel ! Et je ne me voyais pas du tout ça ! Ce n’est pas vraiment, ça peut l’être, en tout cas pour moi ce n’était certainement pas me convenir.
B .L: Vous étiez un ado après assez rebelle ou vous écoutiez votre maman malgré tout ?
J-L.R : Non j’étais très rebelle ! J’étais très dur et très
B.L : on a du mal à vous croire !
J-L.R : Ah ouai
B.L : Ca ressemblait à quoi ? Vous étiez un hippie ? Vous aviez des chaussures compensées vous alliez à Londres ?
J-L.R : ah non ce n’était pas tellement forcement dans la présentation physique, je n’ai jamais eu de long cheveux, la seule chose que j’ai eu c’est d’avoir la barbe à 18 ans, euh mais ça n’a pas duré longtemps, ça a duré quelques mois ! Non non mais je vous l’ai dit, à l’école j’étais quelqu’un de très chahuteur tout en étant à cette époque là très bon, en ayant des résultats excellents, mais toutes les conneries je les faisais même beaucoup, beaucoup à l’époque, et je n’ai jamais été viré parce que j’étais bon à l’école et dans une école privée, à l’époque il y avait une grande concurrence entre l’école privée et le public, ce n’était pas forcement une bonne chose que de virer quelqu’un qui avait des supers résultats, et puis voilà ma mère était remariée, je ne m’entendais pas du tout avec mon beau père et c’était violent.
B.L : C’est pour ça que vous aviez envie de vous échapper ? Pour pouvoir partir de la maison rapidement ?
J-L.R : ah c’était ça, et puis aussi parce que ma propre identité, parce que vivre quand on sent qu’on est différent, surtout que moi j’étais dans un contexte à Béthune ou j’avais parfois l’impression d’être seul au monde, d’être le seul petit homosexuel du coin, les seuls qui auraient pu être comme moi c’est les pédophiles donc ça m’effrayait, je n’avais qu’une envie c’était de fuir ! Oui bah forcément, oui je n’avais pas envie de rester à Béthune
B.L : Et quand vous ressentez que vous êtes différent, vous en parlez autour de vous et notamment à votre mère ?
J-L.R : Non. Non pas du tout .Non parce que j’ai malheureusement subi la pédophilie donc, quand j’étais gamin, et j’ai fini par le dire, au début on ne m’a pas cru, et puis après j’avais un espèce de malaise, c'est-à-dire quand vous subissez ça, moi j’ai une grande chance j’ai toujours su que j’étais homosexuel. Enfin pas le mot homosexuel, ça veut rien dire quand vous avez 6 ans, mais je savais que j’étais attiré par les petits garçons quand on partait en vacances etc. je voulais toujours jouer avec les petits garçons, les petites filles m’intéressaient moins
B.L : qui avaient votre âge à peu près
J-L.R : voilà voilà, je tombais toujours amoureux des petits garçons, j’ai pleisn de souvenirs de vacances comme ça, merveilleux, donc je savais, ce qui était difficile d’ailleurs quand on se rend compte que l’on est différend dans une société où l’on ne voit que des couples homosexuels ou vos parents n’ont pas…
B.L : Et vous pensez que vos parents, que le fait que votre père ne soit pas présent ait influencé ça ou vous pensez que ça n’a absolument rien à voir ?
J-L.R : je pense que ça n’a absolument rien à voir, parce que j’ai discuté dans ma vie, moi je n’ai pas fais de recherche pour savoir pourquoi je suis homosexuel, je m’en fous je suis homosexuel un point c’est tout. La seule chose que je sais, c’est que plus je remonte dans ma mémoire sans pouvoir le formuler à l’époque, je sais que j’étais homosexuel. C’est une chance, surtout quand on a subit un peu de pédophilie après. C’est une chance de savoir ce qu’on était, et pas parce que l’on a subit ça qu’on l’est devenu. Non moi j’ai parlé avec beaucoup d’amis qui ont eu des vies très différentes, qui ont eu des pères très présents qui ont eu etc. Voilà il y a des, ca ne les empêchent pas d’être homosexuels, mais je ne suis pas sûr que ce soit l’absence de mon père qui ait, qui ait aggravé les choses.
B.L : Et alors à Béthune là vous vous dite, je suis différent, je ne sais pas comment l’exprimer ou le dire, et vous décidez quoi alors à ce moment là ?
J-L .R: Béthune fallait fuir Béthune ! Ca c’était …
B.L : Et là vous avez quel âge ?
J-L.R : bah j’ai attendu d’avoir mon bac et je suis parti vers 18, 19 ans, faire mes études à Lille et puis il fallait en plus qu’à Lille j’y vive, c'est-à-dire qu’en faite, même si Lille était pas très très loin, il y a une trentaine de kilomètres, et donc j’avais passé mon permis, j’avais une petite voiture j’aurais pu faire les allers retours, mais pour moi il fallait vraiment que je m’en aille.
B.L : Et Lille c’est la révélation, vous vous dites ah je suis bien, je me sens heureux ?
J-L.R : Ah justement non !
B.L : ah !
J-L.R : Lille, Lille a été aussi difficile parce que pareil je me suis retrouvé dans un contexte, j’étais déjà engagé à la fois politiquement, à l’université.
B.L : Vous étiez délégué des jeunes RPR du Pas de Calais dès 17 ans
J-L.R : oui tout à fait
B.L : c’est quand même incroyable !
J-L.R : Bah oui vous voyez, j’étais toujours dans un milieu où il était un peu difficile d’exprimer sa propre identité, et arrivant à Lille je me suis en plus engagé, j’ai été élu à l’université etc. donc j’étais toujours dans un milieu où voilà de gens, je n’avais pas l’impression de trouver des gens comme moi. Donc je me trouvais une nouvelle fois, je ne savais pas qu’à l’époque il pouvait exister des lieux, je ne savais pas qu’il pouvait exister des boites de nuit, et j’étais très naïf à ce moment là ! Je me suis retrouvé à Lille dans la même situation qu’à Béthune, la seule différence c’est qu’il n’y avait plus mes parents.
B.L : Vous sentiez qu’en même qu’en France vous alliez pouvoir trouver un lieu où vous allez pouvoir vous sentir à l’aise ?
J-L.R : Oui bah je sentais clairement qu’à Paris, en tout cas ce que certaines personnes peuvent regretter ici, c'est-à-dire cette indifférence que l’on a vis-à-vis des autres pour moi c’était important parce que voilà j’étais engagé, dans ma petite ville j’étais connu, je faisais de la politique depuis tout petit, les villes de 25 mille habitants tout le monde se connait, surtout quand vous êtes engagé dans pleins de choses. Et puis voilà vous avez l’impression d’être épié même si ce n’est pas forcement le cas, les gens se foutent à la limite de votre vie. Quand vous vous sentez différent, bah oui vous vous dites que Paris c’est peut être la solution parce que là au moins, peut être que vous êtes seul mais au moins il n’y a personne qui va vous juger, parce que très sincèrement quand vous êtes jeune le regard des autres c’est quand même très important.
B.L : Et votre mère justement comment elle a perçu ça ? Comment vous lui avez annoncé ?
J-L.R : ma mère… C'est-à-dire que ma mère est à la fois une femme exceptionnelle et en même temps qui ne veut jamais voir les choses en face. Et sur pleins de choses, elle n’a jamais, que ce soit sur son mari, son fils, des choses évidentes elle était la seule à pas les voir. Et me concernant
B.L : exemple ?
J-L.R : Bah mon père l’a trompé toute sa vie, elle ne l’a jamais su, j’ai du lui dire bien plus tard, bien après la mort de mon père, son second mari avait un problème d’alcool, je lui disais, elle me disait que ce n’était pas vrai. Non ma mère je pense ne voulait jamais voir les choses. Je savais que sur, vous savez la seule fois où je lui ai parlé de problèmes, c’est quand j’avais 11 ans et que je subissais de la pédophilie, et je lui ai dis et où là elle a réagit très vivement en faisant un espèce d’amalgame entre homosexualité et pédophilie. A l’époque je n’ai peut être pu comprendre mais pour moi était violent… la violence de sa réaction qui était légitime, elle état violente vis-à-vis de gens qui abusaient son enfant , mais en même temps c’est les mots qu’elle a eu à ce moment là et cet amalgame qui m’a marqué pendant longtemps
B.L : Ca ressemblait à quoi ?
J-L.R : Mais non mais quand elle parlait des pédophiles c’était des homosexuels, c’était voilà ce que font ces gens là
B.L: c’était peut être la société qui n’était pas assez claire à cette époque.
J-L.R : oui oui tout à fait, oui mais vous savez aujourd’hui encore l’association pédophile homophilie, homosexualité est encore présente chez pleins de monde, ce qui est totalement absurde, suffit de regarder les faits divers, la plupart des faits pédophiles c’est fait par des hétérosexuels dans le cadre d’attouchement des petites filles etc. Et voilà c’est une perversité qui existe et chez les homos, et chez les hétéros. Bien sur plus chez les hétéros, parce qu’il y a plus d’hétéro que d’homosexuels. Mais en même temps dans la société il y a cette espèce de … voilà ! D’idée forte qui a du mal à sortir et à cette époque l’assimilation était totale ! Je me rappelle avoir été quand même dans les années 70, donc imaginez vous pour les gens qui ne s’intéressaient pas à tout ça, qui n’avaient aucune référence dans les médias, donc pour ma mère voilà… Et donc pour moi c’est quelque chose qui m’a beaucoup qui m’a beaucoup touché, ce qui m’a empêché je pense de lui parler, de lui parler, de lui parler réellement, je n’avais pas envie de lui en parler vu ce que j’avais vu un jour, tu sais il y a des choses
B.L : Mais du coup vous ne lui avez jamais dit ?
J-L.R : bah enfaite je ne lui ai jamais dit sauf que curieusement je n’ai pas triché enfaite non plus, c'est-à-dire qu’à partir de l’âge de 25 ans, j’avais vraiment une grande histoire d’amour, ma première grande histoire d’amour qui m’a beaucoup marqué avec un garçon qui s’appelle Hubert, et ma mère venait, une mama espagnole, aussi régulièrement à Paris, la voiture pleine de victuailles et on vivait ensemble, on dormait dans le même lit etc. On partait en vacances on était tout le temps ensemble. Elle ne lui posait aucune question. Après Hubert est parti, j’ai eu d’autres amis je n’ai jamais triché. Je ne disais pas non plus que je partais avec des copines en vacances, je ne lui disais pas que je vivais avec quelqu’un d’autre, je ne lui disais pas que l’on dormait dans des lits
B .L: Mais finalement elle l’acceptait
J-L.R : et voilà mais enfaite je pense qu’elle l’acceptait, elle fermait les yeux ,c'est-à-dire qu’elle ne voulait pas que l’on en parle et puis moi quelque part je vivais dans le Pas de Calais, je vivais à Paris, ça se passait bien comme ça, elle n’a jamais rejeté un seul de mes amis, j’allais à des manifestations familiales, à des Noëls à Béthune, j’amenais mon copain. Voilà je ne lui en ai jamais parlé, jusqu’au jour où il a fallu.
B.L : Et quand vous lui avez dit
J-L.R : Bah c'est-à-dire qu’enfaite c’est qu’elle l’a appris par des médias, donc c’est plus, c'est-à-dire qu’enfaite j’avais prévu de dire mon homosexualité il y a une dizaine d’année dans un journal le Monde et puis on m’a coupé la nappe sous le pied. Un journal gay l’a dit à ma place quelques semaines avant. Et c’était quelque chose d’assez mal intentionné parce que comme par hasard cet article qui aurait dû être confidentiel était dans la boite au lettre d’un certain nombre de journaliste, et puis voilà le truc est sorti, et j’ai du aller expliquer dans les pires des conditions, que j’étais homosexuel. Et puis c’est parti tellement vite que je n’ai pas eu le temps d’appeler ma mère, que la première radio qui en a parlé je l’ai eu juste après. Et donc oui ce n’était pas les bonnes conditions pour lui parler de ca.
B.L : Qu’est ce qu’elle a dit ?
J-L.R : Elle a dit quelque chose d’assez violent à ce moment là, parce que bon je suis séropositif et elle a dit : maintenant je comprends mieux pourquoi tu as le sida. Et d’une manière un peu dure, mais je comprends à ce moment là, mais c’est vrai que c’était un peu difficile à supporter à ce moment là, bon bah voilà, ça a été difficile sur le coup et puis après quelques jours plus tard elle m’a dit tout le monde, tout mon entourage le savait sauf moi ! Ca c’était un peu marrant, parce que personne n’osait lui dire, lui dire quoi que ce soit par ce que l’on sentait qu’il y allait y avoir des mots qu’elle étaient bien d’accord de s’accommoder de mon mode de vie, mais en même temps mettre des mots sur un mode de vie, ca c’était plus compliqué.
B.L : c’est peut être pour ça que vous avez voulu faire de la politique finalement, pour pouvoir parler aux gens, expliquer.
J-L.R : Je ne sais pas, non je pense que c’est plus lié à mon histoire familiale aussi parce que j’étais dans une famille où j’ai eu un oncle communiste qui a été expulsé de France d’ailleurs parce qu’il était étranger et qu’il n’avait pas le droit de faire de la politique, bon j’ai fais tout l’opposé de lui, mais en même temps son engagement, j’avais trouvé ça formidable de s’engager comme ça pour des idées, je pense que c’est plutôt ça qui m’a donné envie de m’engager.
VERY INSIPRE ( SON IMAGE EN DESSIN) : 5MIN15
B.L : Jean-Luc Romero vous nous avez parlé de votre passion pour le sport, on l’a bien compris ! Vous êtes un grand sportif ! Je vous taquine, je ne me moque pas, ceci dit vous avez repris le sport, vous nous l’avez dit, vous faites quelques heures par semaine quand vous avez le temps.
J-L .R: Oui
B.L : Vous avez peut-être d’autres talents cachés non ?
J-L.R : non !
B.L : Rien d’autre ?
J-L.R : aucun talent caché malheureusement !
B.L : Vous écrivez ca ca peut être un talent !
J-L .R: Oui oui bien sûr même si je ne me considère pas comme un écrivain !
B.L : Non ? c’est quoi la différence entre vous et un écrivain ?
J-L.R : Pour moi un écrivain, c’est quelqu’un capable d’écrire une fiction, un roman
B.L : Bah le roman de votre vie ?
J-L.R : oui mais c’est beaucoup plus facile d’écrire… non je ne suis pas un écrivain ! Très honnêtement j’aimerais en être un !
B.L : Un dessinateur peut être ?
J-L.R : Ce ne serait pas mon idéal
B.L : parce que vous ne savez pas bien dessiner ?
J-L.R : pas du tout, je n’aimais pas le sport et je n’aimais pas le dessin non plus !
B.L : En principe on choisit ou le sport ou la musique, ou on aime le sport, ou on aime la musique ou le dessin ! Vous c’était ni l’un ni l’autre, ni l’autre !
J-L.R : si la musique j’aimais bien, si si mais je n’étais pas doué, j’ai essayé de faire du piano mais je n’avais pas de talent. Je n’ai aucun talent malheureusement.
B.L : Si un talent d’orateur peut être ou de
J-L.R : Non je ne pense pas que j’ai de talent particulier, je suis moi tout simplement mais pas en tout cas de talent artistique, j’aimerais. Mais si j’avais un rêve oui ça aurait été d’être écrivain ! Ca je pense que c’est formidable !
B.L : Nous on va voir à quel point vous êtes un piètre dessinateur.
J-L.R : C’est honteux ça !
B.L : On va vous demander de vous dessiner tel que vous vous voyez !
J-L.R : Me dessiner moi ?
B.L : Oui tel que vous vous voyez !
J-L.R : Mais c’est impossible !
B.L : ah mais vous n’êtes pas obligé de faire quelque chose qui vous ressemble complètement ! Mais tel que vous vous imaginez !
J-L.R : Mais je suis incapable! Je vais vous dessiner un bonhomme horrible, parce que je ne sais pas dessiner !
B.L : Faites voir à quoi ressemble le bonhomme horrible ?
J-L.R : bah c’est… vous n’allez pas être déçue ! Ca c’est un gros piège quand même !
B.L : Vous trouvez ?
J-L.R : Qu’est ce que vous voulez que je fasse moi ? J’en sais rien moi je ne sais même pas comment on fait ! Voilà !
B.L : Donc vous n’avez pas de main, vous n’avez pas de pied, vous n’avez pas de cheveux !
J-L.R : Ah vous voulez que je dessine des
B.L : non je ne sais pas je ne sais pas ! C’est comme ça que vous vous voyez ?
J-L.R : J’ai des cheveux quand même ! J’y tiens parce que dans toute ma famille tout le monde était chauve ! Donc j’ai la chance de ne pas l’être ! Allez on va faire un bout de pied mais vous voyez mes pieds, on va faire des mains… j’ai fais un nœud rouge, j’ai mis quand même un petit nœud, parce que j’ai toujours un nœud, partout où je vais j’ai le nœud de la lutte contre le sida, et ca fait 10 ans que je ne m’en sépare pas.
B.L : Si vous vous décalez un peu sur la gauche ou sur la droite comme vous voulez pas plus, comme ça on vous voit et en même temps on voit votre œuvre, vous trouvez que c’est une œuvre ou pas ?
J-L.R : (rires) Non pas du tout !
B.L : Vous pensez quoi de vous ?
J-L.R : Du dessin ou de moi ?
B.L : De vous tel que vous vous êtes dessiné ?
J-L.R : Sans intérêt !
B L: Et vous trouvez qu’il vous ressemble ou pas du tout ?
J-L.R : Le nœud rouge oui me ressemble, parce qu’il est toujours là ! Bah il me ressemble peut être parce qu’il n’a pas l’ai trop triste. Donc ça va c’est plutôt
B.L : c’est l’image que vous aimez donner ou l’image que vous avez de vous ?
J-L.R : Je ne suis pas un optimiste né, loin de là mais je profite bien de la vie et voilà, c’est cet espèce de sourire qui est peut être poussé sans l’avoir fait exprès, on peut faire de la psychanalyse, oui c’est peut être révélateur.
B.L : Vous avez un grand corps et des bras et des jambes toutes minces !
J-L.R : Et c’est la vérité ! Je ne l’ai pas fait exprès mais c’est malheureusement la vérité de la maladie ça ! Une des caractéristique enfin pas de la maladie mais des traitements que vous prenez, c’est qu’il y a un déplacement des graisses, donc vous prenez des graisses au niveau du ventre, au niveau du coup, pour les femmes au niveau des seins particulièrement. Et vous perdez des graisses au niveau des bras et au niveau des jambes, et j’ai des toutes petites jambes, très musclées par contre ! Parce que je marche énormément, mais qui sont très maigres, et j’ai des bras très fins, mais c’est vraiment lié à ca. Et les fesses aussi, mais bon je vous passe les détails ! On ne voit pas les fesses donc !
B.L : Vous pouvez vous redessinez si vous le voulez de dos !
J-L.R : Oui oui non non ! Je pense que là j’ai déjà assez gaché.
B.L : Non je ne crois pas est ce que vous pouvez signer votre dessin ?
J-L.R : Oui bien sûr ! Simplement une signature ?
B.L : La votre ! Celle que vous utilisez chez le banquier, chez le notaire, c’est celle la ?
J-L.R : Oui
B.L : Et quand vous dédicacez aussi vos livres ? C’est celle-ci ?
J-L.R : Ca ou simplement mon prénom.
VERY OFF : 3MIN08
J-L.R : Henry VIII était cancer ? (rires), je ne savais pas que Jospin était cancer, ça m’étonne, aussi austère ! Lady Di était cancer, Danny Boon cancer ça c’est bien.
B.L : Vous faites attention aux signes astrologiques des autres.
J-L.R : Oui je trouve ça marrant. Et quand on voit les personnalités on voit vraiment la différence qu’il peut y avoir entre certains. Ah Georges Bush était cancer Oh la la la ! (rires) Là c’est beaucoup moins drôle !
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B.L : Vous avez écrit un certain nombre d’ouvrages, à chaque fois vous êtes motivé par l’envie d’écrire ?
J-L.R : La première fois, c’était plus… je ne savais pas que ça allait être un livre, et puis après ouai, pareil c’est dans le même truc. Pour moi, le livre c’était quelque chose de sacré, c’était l’accès, moi qui était noyé dans un milieu pas du tout intello, où on lisait pas, le livre c’était quelque chose d’important quoi. Et de pouvoir soit même écrire un livre c’est quelque chose de presque jouissif quoi ! et de voir que ça peut intéresser, que ça peut émouvoir, moi je mets toujours des coordonnées pour que l’on puisse m’écrire.
B.L : Oui j’ai vu que vous aviez fait
J-L.R : et du coup je reçois beaucoup de courrier après, mais c’est gentil d’ailleurs ! C’est un plaisir de voir que l’on peut toucher des gens. Je fais des livres qui sont plutôt des livres…. Qui ne sont pas si impersonnels que ça, il y a toujours une partie de moi dedans sur des sujets difficiles, donc ça touche forcement des gens qui ont vécu les mêmes expériences, donc écrire un livre sur la mort… Il n’y en a pas encore beaucoup, mais là je commence à avoir des mails, des trucs assez fort quoi !
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B.L : Et donc concrètement ça veut dire, vous vous réunissez, vous faites des réunions, à l’issue de ces réunions là
J-L.R : On fait un point, on fait un point sur ce qu’il se passe, et d’abord les seules réunions qui existent aujourd’hui et ça c’est terrible, où on arrive à réunir des élus, des administrations, et des associations, vous avez parfois des élus qui découvrent des associations qu’ils n’ont jamais vu. Alors souvent les élus viennent quand même, parce que je suis là ils se sentent obligés de venir, et c’est un peu l’occasion de leur dire regardez ce sont des associations contre le sida, elles vous posent des questions, elles ont des problèmes de logement pour les malades, et vous qu’est ce que vous leur répondez ? En général rien. Donc c’est un peu les maitres, bon et en plus souvent il y a les médias locaux qui sont là, quelque part on les oblige à s’investir alors qu’ils ne le faisaient pas forcément.
VERY PROMO : 10MIN13
B.L : Jean-Luc Romero vous êtes face au miroir, quand vous vous regardez vous vous dites quoi ? Est-ce que vous vous regardez souvent déjà ?
J-L.R : Oui je me regarde, mais c’est vrai que ces dernières années j’ai eu beaucoup de mal, beaucoup de mal à me regarder parce que les effets des médicaments ont beaucoup gonflés mon visage et notamment mon cou et c’est assez insupportable de se regarder dans une glace.
B.L : Là qu’est ce que vous voyez si vous vous regardez par exemple maintenant ? Vous voyez quoi ?
J-L.R : Euh je me vois mais j’ai toujours du mal à imaginer que c’est moi.
B.L : Vous imaginez que c’est qui ?
J-L.R : Je ne sais pas, j’ai beaucoup de mal avec mon image. Beaucoup de mal.
B.L : Vous avez écrit un livre, les voleurs de liberté. J’ai dis un livre, j’aurais dû dire un autre livre, parce que vous n’en êtes pas à votre premier ouvrage ! La nuit des petits couteaux, Je n’ai jamais connu Amsterdam au printemps, lettre à une droite maladroite, virus de vie, on ma volé ma vérité, et puis celle-ci, ce dernier ouvrage les voleurs de liberté. Qu’est ce qui vous pousse à chaque fois à écrire un nouveau livre ?
J-L.R : Bah c’est souvent le besoin de transmettre un message et j’ai d’abord eu des cris du cœur, besoin d’affirmer un certain nombre de choses, on ma volé ma vérité ou virus de vie, l’un mon homosexualité, l’autre du sida, et particulièrement moi ce que j’ai pu vivre avec le sida, et puis là ce dernier livre c’est vraiment un coup de gueule, un cri du cœur. Je me bats je crois pour un combat républicain, un combat pour que chacun puisse choisir sa fin de vie, parce que dans la vie il y a quand même des événements importants, sa naissance mais c’est aussi sa mort, on fait comme si la mort n’avait pas existé et je crois que maitriser sa mort, c’est quelque part important dans une vie, mourir les yeux ouverts comme le dit Marguerite Yourcenar, pour moi ca veut dire quelque chose. Et là j’avais envie de pousser un cri, parce que je trouve absolument scandaleux que dans notre pays, la classe politique qui ait un certains nombre de grands mandarins, de responsables religieux, ceux que j’appelle ces voleurs de liberté, font tout pour empêcher qu’il y ait un vrai débat dans notre pays sur la fin de vie, et font tout justement pour pas qu’il y ait une loi pour tout le monde parce qu’une loi qui légalise l’euthanasie, ce n’est pas une loi pour quelques uns, c’est une loi pour tout le monde, parce qu’aujourd’hui on euthanasie des gens qui n’ont rien demandés et on refuse d’aider ceux qui le demande. Avec une loi comme ça on respecte la volonté de la personne et donc on respecte même ceux qui sont contre, je pense aux Christine Boutin et compagnie, s’ils veulent mourir dans la douleur parce que c’est leur religion ma foi ils ont le droit et ils peuvent mais ils ne sont pas respectés aujourd’hui, notre loi elle serait… Et en même temps c’est pour dénoncer quoi ! Je trouve que l’on est aujourd’hui dans une société qui ne dit pas ce qui se passe notamment au parlement il y a des lobbys qui jouent un rôle incroyable, je pense notamment aux lobbys religieux, les gens ont le droit d’avoir des croyances, vaut mieux en avoir d’ailleurs ou poser en tout cas des questions, en tout cas dans une république laïque ce n’est pas les religieux qui doivent faire la loi, ils doivent contribuer au débat mais pas faire la loi et on se rend compte qu’il y a un nombre de parlementaires organisés, qui travaillent beaucoup avec un secrétariat à l’attention des élus, qui est dirigé par une petite église à côté de l’assemblée, et moi ça me choque un peu tout ca, ca me choque d’autant plus que jamais les commendataires politiques etc. parlent de tout ça, et je voulais un peu que les gens sachent ce qui se passaient réellement et pourquoi justement un débat aussi important n’arrive pas à percer dans le pays.
B.L : Vous citez Aristide Briand page 107, vous dites : gouvernez, c’est lui qui le dit, vous reprenez ses dires, gouverner c’est parler aux gens. C’est ce que vous aviez envie de faire parler aux gens et dire bah voila ce qui se passe aujourd’hui ? Mais concrètement ça change quoi ?
J-L.R : De quoi, de parler aux gens ? Bah parler aux gens c’est les entendre et faire avancer la société en tenant compte un peu des gens c’est la moindre des choses !
B.L : Mais ça marche ou pas ?
J-L.R : Non ça ne marche pas suffisamment, moi vous savez que ce soit pour la lutte contre le sida ou pour ce combat pour une loi légalisant l’euthanasie, je suis beaucoup sur le terrain, je crois être une des rares personnes, j’ai fais 15 tours de France, quasiment tous les vendredis je suis en province dans une grande ville, dans une petite ville, je fais ça depuis 15 ans. Donc j’en ai vu des gens, je crois qu’il y a peu de gens qui font ça, moi je fais ça pas pendant des périodes électorales ou particulières. Et je crois que justement si aujourd’hui il y a tant de gens frustrés dans notre pays et si les choses n’avancent pas aussi bien, si les gens ont une si mauvaise idée de la politique, c’est justement parce qu’on ne les écoute pas assez ! Et qu’il y a des choses très simple dans la vie que l’on peut changer et que le politique a le pouvoir de changer, mais pour pouvoir le changer, il faut qu’ils entendent les gens ! Dans un livre on peut s’exprimer, et c’était montrer justement ce qui bloque aujourd’hui. C’est à la fois dénoncer ces lobbys dont je, dont je vous parlais tout à l’heure, je crois que c’est important. Les gens n’ont pas conscience qu’aujourd’hui en France sur les questions de société on est en retard sur les pays autour, on est en retard sur pleins de petites monarchies ! La Belgique, la Hollande, le Luxembourg et l’Espagne aussi ! On va finir par se demander s’il ne faudrait pas que l’on ait un roi pour avoir des lois républicaines ! C’est quand même un monde ! Et tout ça c’est vrai qu’il faut l’exprimer parce que les gens n’ont en pas forcément conscience, et puis un certain nombre de politique jouent justement sur l’ignorance qu’ont les gens, les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont aussi nombreux à penser la même chose et à ne pas être entendu, il fallait le dénoncer, et montrer pourquoi ça ne marche pas aujourd’hui. Et puis essayer de donner des solutions pour que ça arrive, justement c’est ce que j’essaye de faire.
B.L : Ils jouent sur l’ignorance, c’est intéressant ce que vous dites, ce qui veut dire que le gouvernement est tout à fait capable d’entendre, il l’entend très bien ce que dit le peuple, et ensuite ils vont l’interpréter différemment ?
J-L.R : Oui. Mais ils font semblant de dire : écoutez on vous entend mais c’est vous qui ne savez pas. C'est-à-dire ce que dit celui qui travaille pour le gouvernement, sur ces questions là, qui est un parlementaire qui a longueur de temps nous dit : bien sûr j’entends ce que vous dites mais parce que vous ne savez pas qu’elle est la réalité donc c’est normal que vous ayez cette réaction de vouloir légaliser l’euthanasie, mais si vous saviez comment ça se passe vous n’auriez pas cette demande. Donc on voit qu’on ment au gens, qu’on essaye de les bluffer un peu et c’est vrai qu’à un moment il faut dire la vérité.
B.L : Est c’est quoi le but de mentir ? L’objectif, c’est quoi, c’est de se dire
J-L.R : C’est parce que ces gens là ils défendent plus une opinion personnelle, voir religieuse que la division de l’intérêt général. Ils sont… voilà on a une classe politique qui sur les questions de société en France, ne veut pas entendre, ne veut pas voir les nouvelles adaptations, ne veut pas entendre les français, vous pourriez faire ça aussi sur l’homosexualité, sur bien d’autres questions.
B.L : Et dans ces conditions là on décide du jour de notre mort. Pour quelqu’un qui est très souffrant on peut l’entendre, on peut le comprendre et encore ça peut se discuter, mais pour quelqu’un qui aurait envie de disparaitre et qui est en bonne santé comment ça marche ?
J-L.R : ah bah là ca n’a rien à voir ! Si vous êtes notamment un petit jeune et que vous avez un chagrin d’amour, le but de la société c’est plutôt de lui dire, attendez d’autres histoires d’amour vous en aurez là ce n’est pas la fin de votre vie ! Si vous êtes en dépression il n’est pas question de vous aider, c’est évidemment pour des gens qui ont des pathologies longues, ou des gens qui sont vraiment à la fin de leur vie, ou qui sont dans des situations comme par exemple Vincent Humbert. Donc ils peuvent bien survivre encore 20 ou 30 ans mais où leur corps est devenu une prison, et où pour eux la vie n’a plus aucun intérêt ! Donc il y a bien sûr toujours et dans les lois qui existent aux Pays Bas, en Belgique, au Luxembourg récemment, il y a bien sûr des conditions. Et on n’aide pas comme ça des gens qui se lèvent le matin et qui dit voilà aujourd’hui j’en ai marre, la société doit m’aider. Le suicide est légal dans ce pays, bien sûr, il n’est pas en tout cas interdit, mais ce n’est pas la société qui doit aider quelqu’un qui a simplement envie de mourir pour des raisons de dépression tout simplement !
B.L : Et après vous parliez également des membres de la famille qui ont, qui n’ont absolument pas le droit de décider pour la personne qui est malade.
J-L.R : Ah bah pour moi ça me parait important, d’abord parce que ça évite les dérives, il peut y avoir comme ça parfois une vielle grand-mère, ou une vieille arrière grand-mère qui a un bel héritage, et on aimerait pouvoir l’avoir ! Là ce n’est pas de l’euthanasie c’est de l’assassinat !
B.L : Mais comment on fait la différence entre les deux ?
J-L.R : Bah on fait la différence, c’est tout simple, c’est la personne qui décide, si la personne décide volontairement, et vous savez tout ça c’est vérifié par exemple aux Pays Bas, un médecin vérifie que la personne est dans de bonnes conditions, et il y a un autre médecin, un deuxième médecin qui vérifie tout, si la personne a toute sa raison, si elle n’est pas influencée par qui que ce soit ! Donc à partir de ce moment là oui on évite toutes les dérives, et on respecte évidemment la seule chose qui est a respecter qui est la volonté de la personne. Si vous voulez moi ce que je conseille, c’est que dans les familles on parle. Vous savez parler de la mort c’est, c’est la fin de la vie, c’est un épisode important, ca reste un des tabou incroyable. Quand vous avez parlé de ca avec vos familles, comme quand vous avez parlé de sexualité, croyez moi après vous pouvez aborder tous les sujets ! Et moi je conseille déjà aux gens de parler. De parler avec les siens. Vous savez moi le jour où j’ai dis à ma mère ce que je souhaitais pour ma propre mort, je ne savais pas ce qu’elle pensait, et après écrire les choses, oui ce n’est pas sordide du tout au contraire c’est bien, et c’est aussi bien pour les autres ! C’est bien de dire ce que vous souhaitez pour vous. Donc oui je pense qu’il faut en parler beaucoup et c’est bien pour pleins d’autres raisons, et puis il faut écrire ce que l’on souhaite pour éviter que malheureusement le jour où vous êtes dans cette situation, vous n’avez plus les moyens de le dire et que l’on vous laisse voilà vivre artificiellement pendant des années alors que ça aurait été contre votre volonté. Oui donc parler et écrire ! Nous si on veut une loi, c’est d’avoir le choix jusqu’au bout, moi je ne sais pas ce que je voudrais à la dernière minute ! Peut être que justement à la dernière minute j’accepterais de souffrir, d’avoir des souffrances physiques, voir des souffrances morales parce qu’à ce moment là je vivrais une belle histoire d’amour et que bah j’aurais envie d’aller jusqu’au bout ! Avec cette personne là, peut être ! J’en sais rien ! Mais peut être aussi que ce ne sera pas ça et que j’aurais dit au revoir aux miens, et que toutes ces souffrances elles seront insupportables et je veux pouvoir dire stop. Et c’est pour ça qu’une loi c’est une garantie pour tout le monde de choisir ce qu’on veut, aller jusqu’au bout du bout si on le souhaite, ou arrêter quand on estime que l’on est au bout du chemin. Vous savez il n’y a pas de honte, quand on a eu une belle vie, on est pleins de cheveux blancs, on a eu une vie fantastique, on sait que malheureusement ce qui doit arriver est terrible, bah dire au revoir aux siens et partir bah oui pourquoi pas.
VERY PLUS : 23MIN14
B.L : L’année de votre naissance en 59, savez vous qui sont les stars de la musique ?
J-L.R: En 59 ? Elvis peut être ?
B.L : très bien ! Exactement ! Il y a Jacques Brel aussi avec Ne me quitte pas, Gainsbourg arrive à ce moment là, vous quel genre de musique a bercé votre enfance ?
J-L.R : C’était un peu le grand conflit avec mes amis à l’adolescence, qui étaient tous très Rolling Stones très tout ça… moi j’étais très chanson française ! J’étais un peu atypique et c’est vrai que j’étais très Sheila, Sylvie Vartan, donc c’est vrai que voilà, par rapport aux autres j’étais un peu particulier mais voilà c’était comme ça ! J’étais depuis la naissance un fan de Sheila et la vie après a fait que l’on est devenu des amis c’est quand même assez incroyable ! Mais voilà quoi ! Rien d’extraordinaire en matière de goûts musicaux !
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B.L : Vous commencez très tôt à vous instruire, à vous cultiver, j’imagine qu’au travers de certains ouvrages, de certains livres vous avez pu découvrir aussi votre différence à travers ces ouvrages. Ca vous a aidé a mieux comprendre ce que vous recherchiez ou à trouver votre voie ?
J-L.R : Oui et non parce que vous vous dites que d’abord tous ces dires ou tous ces gens, ce sont d’abord des gens morts ! Et vous savez ce qui est important c’est quand même ce que vous voyez autour de vous, les gens que vous connaissez et puis maintenant, mais ça peut être que si j’avais vécu en 2009 mon adolescence à Béthune ça serait bien plus facile bien que… j’étais à Béthune tout récemment, les choses ne sont pas, et j’ai des témoignages de gays dans cette région là, qui ne sont pas très toujours très joyeux et très et comment dire, et très facile.
B.L : Comme en banlieue d’ailleurs
J-L.R : comme en banlieue tout à fait ! Non mais je pense si vous voulez, quand vous avez à la télévision des personnalités contemporaines, qui se dévoilent, qui parlent de leur homosexualité comme par exemple Bertrand Delanoë la fait, je pense que pour un jeune gay, c’est quelque chose d’important, parce que quand vous voyez qu’un type comme Delanoë a réussi a être le maire de Paris et un potentiel candidat à la présidence de la République, et régulièrement le plus populaire des hommes politiques, je pense que quelque part quand vous vous sentez mal et que vous n’arrivez pas à en parler à votre entourage et que vous avez du mal à vivre ce que vous êtes, je pense que ça ça aide quand même beaucoup. Moi la seule référence c’était la chanson de Charles Aznavour des choses comme ça, et ça ce n’était pas…
B.L : Parce que vous aimiez la chanson française ! il fallait allez voir l’international !
J-L.R : Oui mais quand j’entendais Charles Aznavour ça me foutait le bourdon pendant une semaine !
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B.L : Jean-Luc Romero, pour vous présenter souvent les sites internet ou les journalistes mettent en avant le fait que vous avez été le premier homme politique a dévoiler votre homosexualité, ca vous agace, ça vous flatte ?
J-L.R : Flatté, enfin on ne peut pas se flatter malheureusement de vivre avec un virus mortel ! Non c’est flatteur, mais ca ne me gène pas non plus, parce que je crois c’est vrai qu’à un moment où le sida est devenu une maladie totalement invisible c'est-à-dire qu’aujourd’hui il n’y a jamais eu autant de gens avec le sida, c'est-à-dire qu’il y en a quand même 33 millions dans le monde, 150 mille en France, mais on a l’impression que ça n’existe pas, personne ne connait de personne séropositive, donc moi ça ne me gène pas, ca reste, et c’est devenu même pire qu’au début de l’épidémie une maladie honteuse, une maladie taboue, donc non ce qualificatif ne me gène pas, parce que j’espère qu’un jour il deviendra facile, en tout cas plus facile de pouvoir parler de cette séropositivité et qu’on arrivera peu à peu à faire comme les gens qui vivent avec le cancer et qui arrivent à le dire heureusement sans avoir honte de leur maladie.
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J-L : J’aimerais bien aujourd’hui qu’il y ait d’autres femmes, d’autres hommes connus qui arrivent à en parler, parce que je ne pense que si on veut banaliser, si on veut
B.L : Parce que vous en connaissez vous des personnalités connues ?
J-L.R : Bah attendez vous imaginez qu’avec le nombre de personnes qui vivent avec le sida il y en a forcement d’autres, des gens connus qui vivent avec ce virus, mais ils sont terrorisés de le dire, ils ont peur que sa puisse briser leur carrière Charlotte Valandrey la très bien expliqué en disant sa séropositivité avec beaucoup de courage. Voilà et ceux qui font de la politique, il faut surtout pas parler de maladie, parce qu’il faut toujours donner l’impression d’être fort, les politiques n’ont pas du tout compris
B.L : du coup ça vous renforce justement, vous n’avez pas ce sentiment là ?
J-L.R : Ca me renforce pas en terme de, pas dans certains milieux en politique dire une maladie c’est la pire des choses que vous puissiez faire !
B.L : Oui mais en l’occurrence vous l’avez fait, est ce que ça a changé quelque chose pour vous ?
J-L.R : Oui politiquement oui, mais en même temps je pense que j’aurais fais certainement une autre carrière si je n’étais pas séropositif ! Pour pleins de raisons d’ailleurs, pas que pour le faite de l’avoir dit ! Mais par contre c’est une vrai force. Vous savez quand vous avez tout dit, vous avez dit l’essentiel de ce qui vous concerne, quand on sait que notamment dans un milieu politique on essaye toujours de trouver des choses un peu terribles, de faire courir des rumeurs sur vous, bah aujourd’hui la pire rumeur que l’on puisse faire courir, c’est que je suis hétérosexuel, que ça fera rigoler tout le monde et voilà ! Non je pense que c’est une vrai force pour soi, c’est une vrai force pour soi, surtout quand vous vous rendez compte quand vous vivez avec un virus qui vous oblige a aller souvent à l’hôpital, qui vous donne pleins d’effets secondaires, pleins de problèmes, même si vous montrez toujours, si les gens s’imaginent, me voient toujours, je cours partout, mais ils ne savent pas quel est l’envers, comment dire quel est l’envers du décor, et je crois que voilà, en parler à un moment ça fait quand même un bien fou et ça serait bien qu’il y en ai d’autres qui y arrivent, parce que ça aiderait tous ceux qui sont dans des endroits plus difficiles, parce que moi c’est quand même plus facile faut être honnête maintenant je vis à Paris, je me suis sauvé de ma province et je ne le regrette pas parce que c’est beaucoup plus facile de vivre certaines choses à Paris.
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B.L : Parfois on interview des humoristes, des chanteurs, et chacun a une vrai casquette. Le chanteur il a quand même envie, ça dépent après ce qu’il chante mais d’être vraiment fluide face à la caméra et l’homme politique on a toujours l’impression qu’il est taillé dans un costar et qu’il ne doit pas bouger, ca ne vous agace pas ça ?
J-L.R : Si mais je ne crois pas que je suis fais dans ce moule la donc je crois qu’on ma vu dans des tas d’endroit où on devait pas me voir et voilà, je ne me pose pas de questions par rapport à ca parce que je n’ai pas de plan de carrière par rapport aux autres, vous savez quand vous avez eu très jeune une épée de Damoclès au dessus de la tête avec un virus, et moi je croyais que je ne connaitrais jamais mes 30 ans. Donc vous imaginez je réagis, quand quelque chose me choque je le dis, et même si ça peut avoir des conséquences sur ma carrière politique et bien sûr que ça en a eu, si vous voulez faire une vrai carrière il faut bien sûr un béni-oui-oui et puis défendre des convictions ce n’est pas possible, on le voit très bien dans ce domaine là, bah oui je n’ai fais aucune concession à mes convictions, c’est peut être une connerie, parce que je ne pensais pas que je vieillirais avec le sida et maintenant je vieillis, et pour le confort matériel et tout ça j’aurais peut être dû plus y penser, mais en même temps c’est aussi très riche pour soi parce que bah j’ai défendu les combats que je voulais défendre quelques soient les conséquences que ça pouvait avoir parce que je les trouvais juste et donc quelque part au fond de moi-même je suis plutôt bien avec moi.
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B.L : Vous êtes impulsif, vous êtes caractériel vous êtes exigent ?
J-L.R : Ah je peux être très impulsif, ouai je peux être très impulsif, mais je pense que tout n’est pas forcement, je le suis de plus en plus, mais malheureusement je pense que c’est aussi beaucoup lié à des traitements que j’ai pu subir depuis des années et qui font qu’au niveau de l’humeur ça peut poser des problèmes et ca c’est quelque chose qui m’inquiète. Parce que l’on voit, personne n’a réfléchi au vieillissement des personnes séropositives et on se rend compte aujourd’hui qu’avec les traitements bah que malheureusement il y en a qui terminent mal skyzophrénie etc. qu’il peut y avoir un certain nombre de problème, et moi je me rends compte de plus en plus que je peux avoir des pulsions comme ça, être très énervé d’un coup et ça me fait très peur.
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B.L : Il y a des gens qui hésitent à vous serrer la main aujourd’hui ?
J-L.R : Il y a parfois des choses surprenantes qui arrivent encore, du style un type dans une réunion qui arrive à côté de moi qui prend mon micro, qui dit : vous voyez je lui sers la main je lui prends son micro. Il y a des choses comme ça qui arrive donc c’est toujours un peu violent, et maintenant un peu, autant avant je le tolérais, autant maintenant je trouve ça comme même inacceptable, vous savez on est revenu en arrière sur les connaissances autour du VIH. Donc les gens ont encore, ont encore des idées absolument dingues ! Et il y a des gens, il y a des gens qui oui, quand on va diner chez eux vont tous de suite foutre plein de javel sur votre assiette, si ils voient que leurs gosses vont s’approcher de votre verre ils sont terrorisé, bon maintenant je comprends, maintenant je n’y attache plus d’importance même si des fois je me permets de dire à certaines personnes, tu sais c’est pas parce que ton enfant va boire dans mon verre, que je ne le tripote pas, je ne fais rien pour autant, mais t’inquiète pas il ne va pas attraper le sida en buvant, il a plus de chance d’attraper ma grippe saisonnière ou ma grippe A que d’attraper le VIH !
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J-L.R : C’est difficile de se livrer complètement, ce n’est pas naturelle comme exercice, on serait simplement tous les deux chez moi, et puis en plus il n’y a que moi qui me livre là, on serait tous les deux vous vous livreriez aussi, je pense que les choses seraient plus faciles.
B.L : On y va ! Vous voulez ?
J-L .R: Oui ! (rires)
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B.L : J’ai découvert que vous avez été de nombreuses fois honoré, c’était quelque chose qui était important pour vous ça ?
J-L.R : Enfin autant je ne me suis pas battu pour avoir des places, c’était peut être plus intéressant au niveau financier au moins confortable, et ne pas se retrouver à la retraite sans rien, autant ces distinctions là je reconnais que oui ça, que ça peut me toucher peut être tout ça, ça remonte jusqu’à mes origines, quand vous venez d’un milieu aussi modeste, quand vous êtes arrivé aussi à Paris, c’est pas simple non plus quand vous arrivez à Paris vous avez pas de parent connu, vous venez d’un milieu ouvrier, vous n’avez pas d’argent etc. je suis arrivé à Assas dans une faculté entre guillemets un peu élitiste vous avez vraiment l’impression de venir d’un autre monde. Donc quelque part ces décorations c’est un moyen de dire : bah vous voyez je viens de rien, personne ne m’a aidé au contraire même ! Et puis bah on récompense quand même le travail que j’ai fais ! Donc oui ça serait faux de dire que je ne suis pas sensible à ces décorations.
B.L : Donc vous avez été chevalier dans l’ordre de la confrérie du vin !
J-L.R : Ah oui ça c’est autre chose !
B.L : C’est très drôle ! Vous en êtes fier aussi ?
J-L.R : Moi qui ne boit pas !
B .L: Ca se passe comment, on vous appelle on vous dit qu’on a besoin de quelqu’un pour donner une médaille, tiens vous passez par là !
J-L.R : Oui oui on vous fait venir, on vous fait dégustez, alors moi qui n’aime pas le vin, moi qui ne boit quasiment pas d’alcool vous imaginez ! Ca c’est assez drôle !
B.L : Vous avez été également médaille de bronze de la jeunesse et des sports en 96
J-L.R : ouai
B.L : Vous qui être très sportif ! Est-ce que vous les méritez vraiment vos médailles ?
J-L .R: Enfin il y a la jeunesse, j’ai fais beaucoup de choses pour les jeunes !
B.L : C’est pas faux chevalier de l’ordre
J-L.R : et puis je fais du sport maintenant
B.L : oui ? Vous faites quoi maintenant ?
J-L.R : Je suis dans une salle de sport, enfin quand j’ai le temps mais pas souvent, pas autant que je le souhaiterais mais je suis inscrit dans une salle de sport depuis dix ans. Vous voyez comme quoi on change !
B.L : Dix ans, depuis que vous avez réappris à faire l’amour.
J-L.R : et oui en plus, et oui je n’avais jamais fais le lien c’est vrai, non mais c’est vrai en plus je n’avais jamais fais le lien, vous voyez vous m’apprenez quelque chose sur moi-même !
B.L : vous avez été également chevalier de l’ordre et des lettres en 97, chevalier de l’ordre national du mérite, qu’avez-vous mérité en 98 ?
J-L.R : bah qu’avez-vous… bah mes combats contre le sida etc.
B.L : Chevalier de l’ordre national de la légion d’honneur en 2004 et élu VSD d’or catégorie homme politique de l’année en 2001 ça ca flatte l’égo quand même !
J-L.R : Oui ca ça m’a vachement flatté, oui parce qu’il y avait Bernadette Chirac, il y avait je sais plus qui, Chevènement qui a l’époque et ça a été la grande surprise de ce magazine, d’ailleurs ils ont reporté d’une semaine la publication tellement ils étaient étonnés du résultats, qui malheureusement a été confirmé, il y avait eu un vote massif, c’était une année où l’on m’avait beaucoup entendu beaucoup vu, et je pense que voilà, ma façon de parler de politique avait dû plaire et ca avait beaucoup étonné VSD et ça m’avait beaucoup étonné aussi, en tout cas surpris, donc oui c’était flatteur évidement, mais ca ne sert à rien mais ça fait bien sûr parfois plaisir, comme la légion d’honneur ça tombait quand même comment dire à un moment où je me battais pour que le Sida soit grande cause nationale et voilà, au-delà de moi c’était aussi la reconnaissance de ce combat qui est quand même difficile qui n’intéresse pas grand monde et moi je l’ai quand même pris aussi, enfin la légion d’honneur très clairement comme aussi un honneur aux combattants du sida. Mais au-delà de moi. Donc voilà, bien sûr que ça flatte mais en même temps la légion d’honneur avait quand même un goût tout à fait particulier par rapport aux autres décorations.
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B.L : Pour revenir sur la maladie, vous avez découvert justement les effets secondaires au fil des années ?
J-L.R : Oui bien sûr.
B.L : C’est, vous le découvrez tout seul où on vous aide, on vous prévient ?
J-L.R : Non on ne vous prévient pas beaucoup ! Mais on ne vous prévient pas beaucoup mais en même temps ce n’est pas forcement la faute des médecins, à partir du moment où vous avez des médicaments dont on ne connait pas les effets à long terme, donc comment voulez vous pouvoir avoir du recul sur des médicaments qu’on vous donne au fur et à mesure ? Personne n’a ce recul, donc on ne peut pas forcement leur reprocher.
B.L : vous avez l’impression d’être un cobaye parfois ?
J-LR : Ah bah je l’ai été moi clairement, j’ai d’ailleurs eu beaucoup de chance, j’ai été un cobaye et j’ai même failli y partir donc, oui oui bien sûr c’est normal, parce qu’on a voulu tester sur moi un médicament que j’ai testé une fois, et heureusement que j’ai arrêté parce que les gens qui ont continués ils sont morts. Donc j’ai eu beaucoup de chance de vouloir arrêter ce médicament parce que je pense que là, preuve que j’ai beaucoup de chance dans ma vie, j’ai eu beaucoup de chance.
B.L : Mais c’est vous qui décidez d’arrêter un traitement ?
J-L.R : Ca se décide avec le médecin. Mais vous savez c’est très compliqué, moi j’ai vécu au fur et à mesure de l’évolution de cette maladie, c'est-à-dire l’arrivée des traitements donc je n’avais pas tellement le choix, est arrivé un nouveau traitement, a priori il était efficace, donc on me le donnait, voilà. On peut dire que je n’ai pas la chance entre guillemets de ceux qui ont été contaminés récemment qui eux ont une palette de combinaison de médicaments, moi il n’y avait rien, il y avait l’AZT nom un peu barbare, mais c’était le seul médicament que vous aviez en 1987 qui m’a quelque part aidé à tenir pendant ces années là et voilà donc j’ai pas tellement choisis les médicaments, je peux choisir par contre d’arrêter ce que j’ai déjà fait. De dire que je n’en peux plus, les effets secondaires sont trop violents j’en ai marre.
B.L : Et ca ressemble à quoi les effets secondaires ?
J-L.R : Ca dépend, enfin il y en a un que j’ai arrêté qui était terrible c’est que là j’aurais plus de vie du tout, je pouvais à peine me lever et je vivais entre les toilettes et mon lit, donc je n’ai pas souhaité continuer ce médicament expérimentale et heureusement j’ai bien été inspiré ! Et puis voilà des médicaments qui vous provoque des tas de choses, des nausées des trucs, enfin, des choses pas drôles à dire quoi, je ne vais pas
B.L : et chaque jour compte aujourd’hui pour vous ?
J-L.R : Chaque jour, je ne vois plus, c'est-à-dire que j’ai tellement cru que je n’aurais pas d’avenir que voilà aujourd’hui les choses sont un petit peu différentes que quand j’avais 28 ans où je pensais que je ne dépasserais pas les 30 ans, et pour ca d’ailleurs que j’ai une ligne de vie, je mets toujours à la fin de mes livres depuis 3 ou 4 livres qui s’appelle l’avenir dure toujours, parce que c’est vrai que je pensais n’avoir aucun avenir. Et puis vous voyez vous arrivez, j’ai fêté cette année mes 50 ans, on a fait une fête énorme d’ailleurs, parce que c’était tellement quelque chose d’incroyable, que ça puisse arriver que voilà donc
B.L : et quand je dis chaque jour compte, c’est que chaque jour vous vous dites je suis là et cette journée là je veux la vivre pleinement ?
J-L.R : Je le disais plus, moins maintenant parce qu’à force comme tout le monde, on s’habitue aux choses mais en même temps comme je vais souvent à l’hôpital que j’ai parfois des mauvaises nouvelles dans mes résultats à ce moment là oui c’est l’occasion de se reposer des questions et puis de se dire, mais tout ça ca peut s’arrêter tout à l’heure. Et ca peut être c’est aussi une super force !
B.L : Oui j’allais vous le dire !
J-L.R : Enfin il ne faut pas que les gens attrapent de graves maladies et tout ça, vaut mieux vivre sans maladie, mais je ne pense pas que j’aurais eu la vie que j’ai eu et que j’ai aujourd’hui si je n’avais pas de maladie. Parce que c’est vrai que régulièrement vous êtes obligé de vous poser la question et puis de vous dire, voilà, et puis sur l’argent, les gens font tout pour garder de l’argent toute leur vie, moi je n’ai même pas un appartement ! Voilà j’ai dépensé au fur et à mesure mon argent alors vous me direz si j’arrive vraiment un jour à la retraite ca va être ennuyeux, je n’ai pas d’économie mais en même temps j’ai profité
B.L : Donc vous ne profitez pas ?
J-L.R : ah ça c’est le seul truc que je n’arrive pas à faire, c’est pour ça d’ailleurs aussi que je ne peux pas faire une carrière ! Parce que quand vous vivez avec un virus mortel ou avec une maladie dont logiquement vous ne pouvez pas guérir vous avez beaucoup de mal à vous projeter, et ça c’est la seule chose sur laquelle je n’ai pas encore réussi à avancer. C'est-à-dire que j’ai du mal, j’ai toujours des projets moi à trois mois, j’ai du mal à imaginer très loin, voyez moi tous les ans, depuis quelques années j’emmène ma mère quelque part à Noël. Je lui fais une surprise, je ne lui dis pas où, mais je ne décide jamais avant fin septembre, début octobre, parce que vous voyez déjà Noël pour moi c’est loin ! Un livre si c’est pas dans les trois mois pour moi c’est… et j’ai beaucoup de projet comme ça à court terme, et j’ai du mal à faire des projets sur un an, sur deux ans, c’est
B.L : Finalement c’est même être encore plus ambitieux parce que vous avancez tout le temps !
J-L.R : Oui d’ailleurs j’arrête jamais, d’ailleurs la conséquence c’est je peux vous le dire, chaque fois que je pars en vacance, chaque fois je suis malade ! Donc c’est très clair dès que j’arrête une activité, c’est un peu aussi terrible, si je veux prendre des vacances, alors si c’est des vacances où je visite ca va à peu près parce que je suis dans l’activité, si je décide de m’arrêter c’est un peu terrible parce que j’ai aussi besoin un peu de me reposer ! Et je réfléchissais ces derniers temps quasiment à chaque fois que j’ai voulu prendre des vacances au bord de la mer pour me reposer il m’arrive une merde de santé.
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B.L : Vous dédicacez votre livre à Florence Cassez, jeune française innocente qui croupie dans les prisons mexicaines, c’est ce que vous dites quand on ouvre le livre et je ne comprenais pas au départ le rapport, pour lui dire quoi, qu’elle va mourir qu’elle périt ? C’était quoi le lien entre les voleurs de liberté, vous qui choisissez de mourir dans la liberté et Florence Cassez ?
J-L.R : Bah il y a quand même un lien, il y a quand même un lien, si on arrête de parler de Florence, oui elle mourra. Elle mourra. Parce que cette fille, s’il n’y a pas un bruit de fond autour d’elle, je parlais de bruit de fond pour le sida, pour elle s’est la même chose si il n’y a pas de bruit de fond, je suis sûre qu’elle ne tiendra plus dans sa prison. Ca fait maintenant trop longtemps qu’elle y est, c’est vrai que le lien est là, et en même temps c’est vrai que c’est un clin d’œil que je voulais lui donner, pour lui montrer que quoi que je fasse aujourd’hui j’ai toujours une pensée pour elle ! J’ai la chance de l’avoir souvent au téléphone, je sais à quel point pour elle, penser à elle, parler d’elle combien est important et je ne pouvais pas faire ce livre, sans forcement le lui dédicacer.
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B.L : Vous proposez également, dans votre ouvrage une proposition de loi relative, page 191 à qui vous voulez la proposer cette loi là ?
J-L.R : bah aux parlementaires et je peux vous dire que normalement le 19 novembre, puisque je viens d’en avoir la confirmation le parti socialiste va déposer à l’assemblée nationale, une proposition de loi, il va pas seulement la déposer, parce que vous savez quand vous déposez un texte dans l’opposition c’est bien mais ça ne sert pas à grand-chose ! Sauf qu’ils ont choisis de prendre une niche parlementaire, c'est-à-dire qu’ils peuvent de temps en temps même en étant dans l’opposition, mettre à l’ordre du jour un texte. Et donc les socialistes se sont engagés, j’espère qu’ils vont tenir leur paroles a déposer un texte le 19 novembre et il sera discuté à l’assemblée et nous tout notre rôle et le mien notamment à l’association pour le droit de mourir dans la dignité, c’est de convaincre des parlementaires de droite aussi de voter avec les socialistes ce texte là pour montrer à ces voleurs de liberté qu’au-delà des clivages bah il y a beaucoup de parlementaires qui ont entendu le message des français, et qui cette fois ci ont envie enfin de voter une loi de liberté.
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J-L.R : Ah c’est pas aussi simple que ça quand vous vous battez pour le droit de mourir dans la dignité ce n’est pas parce que vous avez envie de mourir ! C’est en général parce que vous aimez la vie ! Le combat contre le sida qui est un vrai combat contre la vie et pour moi le combat pour mourir dans la dignité c’est aussi parce que j’aime la vie ! Mais j’ai pas envie non plus de mourir n’importe comment ! C'est-à-dire qu’à un moment quand je saurais que ma vie ne pourra plus être que souffrance et douleur et que je n’ai donc plus rien à espérer, pour certains qui sont par exemple très croyants, ca peut être oui le moment pour passer dans l’au-delà pourquoi pas, pour moi tout ça n’a pas de sens, donc je veux pouvoir dire stop.
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B.L : Et vous vous en avez parlé avec votre mère ?
J-L.R : oui bien sûr
B.L : qu’est ce que vous lui avez dit ?
J-L.R : Je lui ai dit ce que je pensais, ça m’a permis d’imaginer, de comprendre ce qu’elle voulait, d’abord savoir ce qu’elle voulait pour elle, je ne savais même pas si elle voulait la crémation, être enterrée etc. Ca vous permet je vous dis, de parler de pleins de choses. Et puis elle sait ce que je souhaite, je ne l’ai pas choisis en tout cas comme personne de confiance parce que comme je n’ai pas souhaité qu’elle me choisisse, je crois que c’est très difficile à un moment de dire quand vous avez votre mère qui est dans le comas de dire allez on débranche on arrête. C’est difficile.
B.L : La personne de confiance, c’est celle qui peut autoriser ou non
J-L.R : C’est celle qui peut, alors aujourd’hui étant donné qu’on a pas une loi qui permette en tout cas de bénéficier de l’euthanasie, elle permet en tout cas quand vous êtes dans un coma et qu’il n’y a aucune chance que vous vous en sortiez qu’on puisse dire au médecin, écoutez voila qu’elle était sa volonté, s’il vous plaît débrancher le. Le problème c’est que malheureusement aujourd’hui ce n’est pas la personne de confiance qui décide c’est le médecin qui va décider au final. Et nous on estime que l’on doit respecter la volonté de la personne. Voilà mais c’est pour ça que c’est important de choisir quelqu’un qui va pouvoir parler en votre nom et cette personne faut bien la choisir, faut que ce soit une personne avec qui vous ayez beaucoup, beaucoup, beaucoup discuté.
B.L : On peut la changer ?
J-L .R: Bien sûr vous changez quand vous voulez, c’est comme un testament vous pouvez le changer tous les matins, tous les soirs 10 fois dans la journée !
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B.L : La dernière question c’est dans un monde idéal, comment imaginez-vous le futur en France ?
J-L .R : Le futur en France ? Bah peut être pas celui que l’on a aujourd’hui, c'est-à-dire que l’on a été quand même un pays extrêmement, extrêmement solidaire qui a été un exemple sur pleins de chose, je pense notamment à la sécurité sociale, c’est quand même une invention extraordinaire qui fait que l’on soit riche ou que l’on soit pauvre ici on peut se faire soigner, et moi l’exemple que je voudrais c’est que justement ce soit toujours possible et j’ai peur que malheureusement aujourd’hui avec les réformes qu’on nous promet on arrive plus à l’Amérique des années 60, qu’à la France généreuse des années 60.
VERY NET ( VOS QUESTIONS-SES REPONSES ) : 6MIN56
B.L : Nous on va vous demander maintenant de répondre aux questions des internautes
J-L.R : oui
B.L : vous allez nous lire les questions, en même temps le nom et la ville de la personne qui vous pose cette question, et répondre comme vous savez le faire maintenant le plus franchement et le plus sincèrement possible.
J-L.R : Alors Raphaël de Lyon : « vous vous occupez énormément des autres, le Sida, l’euthanasie avec le droit de mourir dans la dignité, l’égalité homo-hétéro, Florence Cassez, mais que faites vous pour vous ? ». Vous savez travaillez pour, enfin faire des choses pour les autres, c’est aussi faire un peu des choses pour vous. Je pense qu’il y a toujours un peu une part d’égoïsme, dans ce que vous faites pour les autres, parce que c’est peut être aussi ce que vous aimeriez que l’on fasse pour vous. Donc je pense que ça m’apporte aussi quelque chose clairement à titre personnel, ca fait beaucoup de bien de s’occuper des autres. Sur le sida aujourd’hui ça devient quand même pesant. Parce que je me rends compte qu’il n’y a pas beaucoup de relève. Et je me dis voilà je ne vais pas passer toute ma vie jusqu’à la dernière minute, apporter le même message parce que par moment vous avez l’impression de tourner en rond parce que le message est le même, on ne va pas inventer des choses autour de ça. Parce qu’en même temps vous voyez un combat, autant le combat pour mourir dans la dignité, j’ai l’impression que c’est un combat qui est, enfin où j’ai l’impression de vraiment convaincre, où les choses avancent. Dans ce combat là j’ai l’impression que rien n’avance, qu’on recule même et ça c’est désespérant de voir que vous avez donné toute une partie de votre vie pour ce combat là, et qu’aujourd’hui tout le monde s’en fiche quoi.
B.L : La transition va se faire tout naturellement avec la question suivante.
J-L.R : Andréa de Poitier : « N’avez-vous jamais regretté d’avoir dévoilé votre séropositivité ? ». Jamais !
B.L : malgré tout même si vous trouvez qu’aujourd’hui c’est pesant ou vous dites j’ai bien fait de le faire ?
J-L.R : Oh non vous imaginez ! Je suis libéré d’un poids extraordinaire ! Je me suis libéré d’un poids, je vous dis en terme de carrière c’est clair que ce n’est pas la meilleure chose que j’ai faite, je n’ai aucun regret.
B.L : Et vous aviez un plan de carrière déjà à la base ?
J-L.R : Oui bien sûr.
B.L : Qui ressemblait à quoi ? A être à la place de Nicolas Sarkozy aujourd’hui ?
J-L.R : Non je n’ai jamais eu, vous savez quand on arrive de Béthune on a pas ce genre d’ambition ! Mais être parlementaire, ministre oui pourquoi pas ! Quand j’avais 17, 18 ans quand j’ai commencé la politique et que ça marchait très fort j’étais très actif. Oui ca a été des choses auxquelles j’ai pensé, et puis tout ça c’est effondré le jour où j’ai appris que j’étais séropositif, où je me suis dis, on ne va pas se battre voilà pour faire comme tout le monde parce qu’il y a des codes ! On n’arrive pas comme ça pour rien ! Et si vous n’êtes pas dans un certain moule vous n’avez aucune chance d’y arriver, moi je n’ai plus du tout envie d’être dans ce, dans ces codes et dans ces moules là.
B.L : mais vous êtes toujours aujourd’hui conseiller régional d’île de France et ce depuis 98, vous avez été réélu en 2004 à Paris, ce qui sous entend que vous travaillez quand même activement pour la politique, vous n’êtes pas complètement à l’écart. Vous avez aussi un regard
J-L.R : oui mais je ne fais pas la même, vous savez pour moi faire de la politique ce n’est pas forcément être dans un parti etc. c’est plus pour faire avancer les choses par exemple pour la région île de France je travaille beaucoup sur la question du VIH. La région île de France a le triste privilège d’avoir la moitié des cas de sida de tout le pays, et donc il y a un CRIPS centre régional d’information et de prévention du sida dont je suis le vice président, je m’y intéresse beaucoup, j’ai fais voter par l’assemblée régionale, un amendement qui fait que dans tous nos accords de coopération il y a un volet sida, donc j’apporte ma pierre mais sans que ce soit des choses extrêmement visibles, et sans que ce soit voilà, les jeux d’appareils, les jeux tout ça c’est… je suis à part, donc comme les gens ont l’image de la politique dans plutôt ces jeux là, il est clair que je ne fais plus de la politique comme, comment dire comme on l’a fait habituellement.
B.L : Et c’est une façon aussi de toucher plus de monde vous ne croyez pas ?
J-L.R : Bah c'est-à-dire que les causes que je porte aujourd’hui sont quand même des choses qui dépassent les clivages politiques et vous savez, que ce soit le sida, ça touche autant les gens de droites et de gauche et puis la fin de vie ça touche 100% des gens, donc quelque soit l’opinion politique. Donc je crois qu’à un moment ne pas être complètement lié à un parti politique, à un camp politique, c’est peut être aussi une force pour faire avancer, pour faire avancer les choses.
B .L: On va passer à la troisième et dernière question.
J-L.R : Alors c’est Soraya de Reims : « Vous consacrez une section de votre site officiel à certains propos homophobes dont vous avez été la cible, en exposant ne leur offrez vous pas une visibilité qu’ils ne méritent pas ? ». Alors c’est tout à fait vrai sur mon site et sur mon blog j’ai mis des propos qui ne sont pas du tout à jour d’ailleurs, parce que je ne les tiens plus à jour depuis longtemps. Moi je trouvais que c’était important de montrer la violence que pouvait avoir les gens, je pense qu’au contraire ce n’est pas de leur donner de l’importance, c’est montrer aussi à quel point aujourd’hui des gens se sentent si mal qu’ils ont besoin à ce point là d’humilier les autres de les insulter, de les mépriser, et de les menacer. Je crois qu’il faut montrer les choses, on peut être voilà… c’est bien de parler de l’homophobie ou de la séro-phobie, mais il faut montrer ce que c’est. Et c’est pour ça que moi j’ai tenu, et je garde ces propos sur mon site, parce que quand vous dites ça, les gens ne se rendent pas compte de la violence qu’il peut y avoir, et toujours aujourd’hui ! Vous savez moi je reçois très régulièrement, des messages très violents
B.L : Mais qui dit quoi ?
J-L.R : Ca va de sale pd, de menace de mort de tas de chose quoi. Il y a des gens qui sont dans une telle haine de l’autre, de la différence, qu’ils à mon avis
B.L : vous ne pensez pas que c’est la peur ? L’inconnu ?
J-L.R : Si je les plains plus qu’autre chose, en même temps quand vous les recevez les, parfois on a beau dire qu’on se blinde etc. c’est pas vrai, vous recevez quelque chose, c’est parfois très difficile à, très difficile à vivre.
B.L : Quel recours vous avez face à ça ?
J-L.R : Vous avez soit vous êtes procédurier et vous passez votre temps derrière les tribunaux, vous essayez de rechercher, pour l’instant moi je ne l’ai jamais fait. Je ne l’ai jamais fait, peut être qu’un jour quand ça ira trop loin, parce que parfois il y a des gens qui continuent, qui continuent jusqu’à présent ils se sont épuisés. Donc je n’ai pas eu besoin d’aller jusqu’à la justice pour ca, mais si un jour il le faut, si mon équilibre peut être vraiment en danger, parce que quand vous recevez tous les jours, j’ai eu comme ça des gens qui pendant des mois et des mois m’ont envoyé comme ça des trucs, il y a un moment c’est quand même, c’est dur quoi. Et c’est pour ça que moi je crois que c’est important de le montrer vous savez parler de l’homophobie c’est bien mais ca veut dire quoi ? Faut voir ce que c’est. Les gens ils lisent. Ils voient ce que c’est. Et je pense que ça peut en faire réfléchir, vous savez des gens qui sont à la marche, qui se posent des questions, quand ils lisent ça, ça emporte plutôt globalement, les gens quand ils lisent ça, il se disent non ça on a pas le droit de traiter quelqu’un comme ça.
VERY INDISCRET : 8MIN33
J-L.R : Et c’est pour ça que je crois que plus de personnalités finiront par le dire un jour et bah plus on avancera aussi dans cette maladie parce que le dire, quelque part d’une certaine manière c’est mieux combattre la maladie.
B.L : Vous êtes donc homosexuel, séropositif, j’ai l’impression que vous n’avez pas trop de tabou.
J-L.R : Oh si on a forcement tous des tabous, mais c’est vrai dans tous les cas que tous les tabous qu’a la société je ne les ai pas. Vous savez que les grands tabous c’est la sexualité, la mort etc et c’est des sujets dans lesquels
B.L : l’argent
J-L.R : oui j’en ai pas je peux en parler d’autant plus ! Non je n’ai pas… j’ai certainement des tabous, mais pas ceux qu’ont habituellement la plupart des gens.
B.L : Vous êtes aussi un homme politique, alors je vais vous demander de répondre aux questions, vous avez des petites languettes devant vous, il y en a 6, enfin il y en a 5 en réalité, et une question invisible. Et j’ai fais ce préambule là parce que je voulais bien expliquer que vous étiez bien un homme politique, on l’a compris. Mais pas trop langue de bois ! Alors on va vous demander pendant toute l’interview d’être le plus sincère possible. Alors vous pouvez piocher n’importe quelle question.
J-L.R : Alors : A qu’elle question n’avez-vous jamais trouvé de réponse ? Une question politique ou une question générale ?
B.L : C’est à vous de nous dire !
J-L.R : bah moi c’est plus une question liée à ce que moi je réfléchie beaucoup à la mort à ce qu’il se passe après, est ce qu’il se passe quelque chose ? Ca c’est une des questions qui hante beaucoup de gens, vous savez moi j’ai quand même une éducation religieuse, j’ai été enfant de cœur jusqu’au moins 14 ans et j’ai encore au fond de moi une espèce de foi, mais en même temps aujourd’hui évidemment et après avoir eu la vie que j’ai eu, je me pose beaucoup de question et donc s’il y a bien une question où je n’ai pas de réponse c’est celle là est ce qu’il y a quelque chose après la mort ? Et c’est vrai que c’est une question auquel je pense souvent.
B.L : Alors on peut passer à la question suivante.
J-L.R : Etes vous pour ou contre la fessé ? Franchement ce n’est pas une question à laquelle, moi j’ai eu beaucoup de fessées quand j’étais petit, j’ai eu beaucoup de coups de martinet etc. Je pense que c’est vrai il faut faire attention et en même temps, avoir de temps en temps une bonne fessée par sa mère, ou par son père je pense que ce n’est quand même pas mauvais quand on a un enfant complètement turbulent voilà moi ça ne me choque pas, mais je vous dis moi je n’ai pas travaillé sur ces questions là je n’en sais rien. Je sais que j’en ai eu beaucoup étant petit, franchement ça ne m’a pas beaucoup traumatisé et il y a des moments, où je comprends ma pauvre mère ou ma pauvre tatie qui n’en pouvaient plus d’avoir un gamin qui sautait partout, qui ne voulait rien écouter, et que le moment de me calmer c’est sûr quand j’avais une bonne fessée après j’étais calme.
B.L : Et la fessée dans un couple ?
J-L.R : Ah la fessée dans un couple, hormis si c’est un jeu sexuel je n’entre pas là dedans ! Bah je pense qu’il faut faire très attention, il n’y a rien qui justifie de taper
B.L : ah vous l’entendez le mot fessée, vous l’entendez comme une correction ?
J-L.R : Bah oui parce qu’en tout cas moi c’est comme ça que je l’ai eu ! Mais je vous dis après il y a le mot fessée dans un jeu sexuel pourquoi pas, ca chacun ça peut, ca peut stimuler si ça plait à l’un ou à l’autre du couple pourquoi pas, mais en tout cas, je dis qu’il faut faire très attention, quand dans un couple on commence à se taper, il y a quand même des vrais questions à se poser.
B.L : donc ca veut dire que vous n’aimez pas forcement ces jeux là vous.
J-L.R : Bah en tout cas je pense qu’à chaque fois qu’on en arrive à la violence que ça vienne de moi ou de l’autre, c’est que je pense que le couple a vraiment des vraies questions à se poser.
B.L : Et ca vous est déjà arrivé ?
J-L.R : Oui.
B.L : de vous poser des questions dans votre couple parce que vous arrivez justement
J-L.R : à en avoir envie, ou avoir, oui bien sûr.
B.L : Et à ce moment là vous dites stop j’arrête merci au revoir ?
J-L.R : Bah j’essaye de … si, non j’essaye de me dire à ce moment là pourquoi en est-on arriver là et puis qu’est ce qu’il faut faire pour essayer d’y remédier. Et puis si malheureusement cette pulsion revient régulièrement je pense que c’est peut être parce que l’histoire est terminée et qu’il faut passer à autre chose, parce que rien ne justifiera à mes yeux que l’on puisse se battre dans un couple.
B.L : On peut passer à la question suivante.
J-L.R : Qu’elle est votre plus vilaine qualité ? Vilaine qualité ! Bah je ne sais pas si on peut dire que la gourmandise est une qualité quand même !
B.L : Alors certains pensent que c’est un joli défaut !
J-L.R : Oui mais ça peut être aussi une vilaine qualité !
B.L : Le jour où l’on apprend que l’on est séropositif, on est où, on est comment, on fait quoi ?
J-L.R : C’était à côté d’ici, c’était… je ne sais pas si on peut dire où on est.
B.L : mais bien sûr
J-L.R : Bastille, c’est à 200 m d’ici, mon médecin a son cabinet rue Castex, et donc j’y suis allé avec mon copain de l’époque avec mes résultats. J’étais un des seuls à l’avoir fait parce que tout le monde était terrorisé dans mon entourage à l’idée de faire le test pour le VIH parce qu’à l’époque ça sonnait comme une annonce de mort quoi ! Et je suis allé le voir, je lui donne ces résultats qui étaient codés à l’époque, donc moi je ne pouvais pas savoir ce que ça voulait dire, et puis bah il m’a annoncé ça tout simplement, sans avoir forcement de mot pour me rassurer parce qu’il savait que je connaissais aussi bien que lui cette pathologie et les conséquences. Voilà et je me souviens je suis sorti, j’avais mon copain qui m’attendait dans un bistrot pas loin d’ici, et moi je lui ai dis tout simplement et c’est lui qui s’est mit à pleurer. Voilà et puis je suis reparti à mon bureau. Je suis parti à mon bureau et j’ai appelé quasiment tous les gens auxquels je tenais pour leur dire. Ce n’était pas Hubert, on était plus ensemble mais on a toujours été jusqu’à sa mort, on a toujours été
B.L : en 94
J-L.R : On a été dans une relation là comment dire, amoureuse platonique, fusionnelle, c'est-à-dire que l’on s’appelait 30 fois par jour jusqu’à sa mort c’était comme ça. Mais on était plus ensemble et j’étais avec quelqu’un d’autre et il avait lui aussi à ce moment là un autre ami. Mais c’est évidement après ca lui le premier à qui j’ai parlé, celui a qui j’ai parlé jusqu’au bout même si ça a été très compliqué avec lui parce que lui n’assumait, ne savait pas pour lui et ne voulait pas savoir. Je ne le savais pas à ce moment là.
B.L : Mais après, comment on refait l’amour ?
J-L.R : Ah bah pendant 10 ans je n’ai pas beaucoup fait l’amour, j’ai fais l’amour mais pas comme on l’entend, c'est-à-dire que voilà, c’était beaucoup de la tendresse, mais c’est sûr que j’ai eu une dizaine d’année un vrai blocage autour de la sexualité. Oui une dizaine d’année. Et un jour un déclic, il y a un déclic et puis il y a quelqu’un. Voilà c’était, je me rappelle c’est le jour où la France a gagné la coupe du monde ! C’est le premier jour où j’ai vraiment refait, refait l’amour. Je me rappelle parce que c’est un évènement particulier parce que j’allais juste après justement au stade de France donc je m’en souviens très bien.
B.L : en 98
J-L .R: Oui, donc ça doit être au mois de juillet non ?
B.L : c’est ça.
J-L.R : Je devrais noter la date, parce que c’est quand même une date importante !
B.L : Et là il se passe quoi, vous vous dites ça y est je revis ? Ma vie va changer ?
J-L.R : Oui d’une certaine manière oui, et puis vous vous dites merde j’ai quand même perdu 10 ans et pas n’importe lesquels, j’ai perdu 10 ans mais en même temps voilà ! C’était peut être aussi les dix ans pour apprendre à être quelqu’un d’autre, vous savez la maladie ça vous apprend beaucoup et pas que des choses négatives !
B.L : Et vous culpabilisez d’être là alors qu’Hubert n’est plus là ?
J-L.R : Non. Je ne culpabilise pas, je suis un peu terrorisé à l’idée quand même qu’il ne soit plus là et que beaucoup de gens de mon âge ne soient plus là, vous savez je suis arrivé à Paris je ne connaissais pas beaucoup d’homosexuels du coup je suis allé dans une radio qui s’appelait fréquence gay à l’époque, qui était la première radio gay et j’ai d’un seul coup eu pleins d’amis gays ! Alors que je n’en avais pas quoi ! Et beaucoup de ces gens là sont morts aujourd’hui et c’est ça qui par contre est extrêmement difficile de penser que tous ces gens que j’ai connu à un moment qui pour moi a quand même été un moment de libération, vous imaginez j’étais terrorisé à l’idée de ce que j’étais, d’un seul coup je me rends compte qu’il y a pleins de gens comme moi différents, heureux de vivre et je me rends compte que l’homosexualité ce n’était pas l’image de ce que je m’en faisais au fin fond de Béthune. Et puis penser que tous ces gens avec qui j’ai passé tant de moments de bonheur, aujourd’hui ne sont plus là et qu’on ne vieillira pas ensemble ca c’est quelque chose de difficile.
VERY PENSEE : 1MIN21
B.L : Jean-Luc Roméro, qu’avez-vous pensé de cette interview ?
J-L.R : C’était long ! (rires), non mais c’était intéressant, le seul moyen d’aller loin, c’est peut-être en s’exprimant longuement et on a un peu tout vu, c’est un peu, je veux dire c’est parfois un peu impudique, on dit des choses que l’on ne dit pas forcément habituellement, mais je crois que le côté un peu intimiste de l’interview et le ton que vous donnez permet peut-être de faire passer d’autres messages et puis montrer que derrière l’image que l’on peut avoir de quelqu’un, bah il y a peut-être quelqu’un d’autre !
B.L : Après vous pensez que l’on va se revoir ?
J-L.R : Bah pourquoi pas !
B.L: On va chez vous ?
J-L.R : Je vous inviterais volontiers à boire un pot.
B.L : on va manger chez vous ou pas ?
J-L.R : Manger je ne suis pas sûr, euh dès que vous vous invitez à manger des gâteaux que j’achèterais, parce que chez moi je pense que vous seriez un peu déçu, vous auriez une mauvaise soirée !
B.L : Mais pourtant vous qui êtes si gourmand !
J-L.R : Oui mais je ne sais pas cuisiner ! Donc à part faire des raclettes, et je fais beaucoup de raclettes l’hiver, ca c’est assez simple, et je fais beaucoup de raclettes avec mes amis, et parfois ils en ont un peu marre, mais ou je vous fais une raclette, ou vous venez manger des gâteaux, parce que j’ai une super pâtisserie à côté de chez moi, et croyez moi dans ce domaine vous aurez des bons gâteaux.
B.L : Et pour le prouver, on viendra avec une caméra ou pas ?
J-L.R : Si vous voulez venir avec une caméra vous venez avec une caméra, si vous voulez venir sans il n’y a pas de soucis !
B.L : Mais on vous croit !
J-L.R : Mais vous verrez je suis un homme de parole !