Alexis Grüss

Very Fan (son enchère)

"Je suis l'homme qui sait murmurer à l'oreille des chevaux… aux femmes c'est pas mal non plus !"

  • Alexis Grüss souhaite mettre aux enchères une journée dans les coulisses avec l'équipe du cirque Alexis Grüss, pour son spectacle Pampa à la pelouse de Saint Cloud jusqu'au 7 Mars 2010. L'enchère commence à 50 euros. Pour cette enchère, il a choisi l'association Mécénat Chirurgie Cardiaque enfants du monde. L'association permet à des enfants atteints de graves maladies cardiaques et venant de pays défavorisés de se faire opérer en France, lorsque c'est impossible chez eux faute de moyens techniques ou financiers.

En bref

Alexis Grüss Alexis Grüss
  • Nom, Prénom : Grüss, Alexis
  • Date de naissance : 23/04/1944
  • Lieu : Bart
  • Signe : Taureau
  • Profession : Artiste Et Directeur De Cirque
  • Site internet : Accéder à son site

Son enchère

Une journée entière, spectacle dans le carré...

Au profit de l'association :

Cette enchère s'est terminée à 320€.

Interview scriptée

VERY FAN (SON ENCHERE) : 6min37

B.L: Alexis Grüss en 74 vous êtes le créateur et directeur du cirque à l’ancienne devenu en 83 le cirque national Alexis Grüss.

A.G: Oui !

B.L: C’était une fierté ça ?

A.G: Oui c’est une fierté, d’abord parce que je pense que c’est la reconnaissance aussi des pouvoirs publics. Il faut dire qu’en 74, on ne vous dit pas que le cirque dépendait du ministère de l’agriculture ! Et que donc grâce à cette grande dame de théâtre qui s’appelle Sylvia Montfort on est passé de l’agriculture à la culture. Alors bien sûr il n’y a pas que Sylvia Montfort, il y a eu tout un tas de gens, mais celle qui a été le détonateur de tout ca s’appelle Sylvia Montfort, pour qui j’ai énormément d’admiration !

B.L: Aujourd’hui en 2009, qu’elle est votre fonction, quel est votre titre ?

A.G: Oh bah je n’ai pas de titre ! Ce n’est pas une chose qui

B.L: On dit quoi ? L’homme qui sait murmurer à l’oreille des chevaux ?

A.G: Euh oui ! et aux femmes ce n’est pas mal non plus ! (rires) Ca j’aime bien !

B.L: Il est l’heure à présent

A.G: je leur parle aux chevaux ! Pardon ?

B.L: Il est l’heure à présent de nous dévoiler l’enchère que vous voulez proposer à nos internautes.

A.G: Bah l’enchère, moi je pense que ce qui est quand même intéressant pour comprendre et mieux savoir c’est de vivre une journée avec nous ! Mais pas une journée organisée pour la personne qui nous accompagne ! Une journée telle que nous nous la vivons ! avec les questions que l’on peut poser, les réponses que l’on peut y apporter, de voir comment on manie les fourches à fumier, comment on rempli les bennes à fumier de mes 60 chevaux qui sont dans l’écurie !

B.L: Vous nous faites rêver là ! (rires)

A.G: Comment on vit ! Parce qu’encore une fois ça ne se raconte pas ! et quand vous allez ressortir de là, si vous avez bien sûr les moyens de vous offrir ce luxe, parce qu’il va falloir donner de l’argent, parce que c’est pour les gens qui eux n’ont pas cette possibilité là de se lever le matin, comme moi je le fais tous les matins, il faut me donner un coup de main, pour leur rendre la vie beaucoup plus accessible, beaucoup plus accessible, je pense que le mot est juste.

B.L: On va bien sûr parler du Mécénat Chirurgie Cardiaque enfant du monde, c’est l’association que vous avez choisis, mais avant cela, j’aimerais revenir sur cette journée. La journée elle commence à quelle heure pour l’internaute qui va gagner son enchère avec vous ?

A.G: Bah ca commence à partir, là on est en plein hivers, ca commence à partir de 8h le matin voilà.

B.L: Donc l’internaute se retrouve où à 8h du matin ?

A.G: Et bien il va se retrouver dans le bois de Boulogne, c’est très facile, c’est à la porte de Passy, c’est juste en face du Lac Supérieur et l’adresse exacte si on veut y aller en voiture par exemple, il faut mettre ceinture du lac Supérieur. Et là même le sms vous amène euh le

B.L: le gps !

A.G: Le Gps vous emmène là !

B.L: Donc alors à 8h du matin on arrive sur place, on découvre qui, quoi ? Comment ça se passe ?

A.G: Bah suivant la température extérieure, faut vous habiller en conséquence parce qu’entre ce qui se passe à l’extérieur, et ce qui se passe à l’intérieur il y a peu de différence de température ! Parce que l’on vit sur une place ! Ca aussi c’est un sacré mystère ! Et le 7 mars quand on repartira sur la place il ne restera rien ! Donc là vous allez vivre un moment et vous allez voir comment ça fonctionne, comment on s’occupe des chevaux le matin, parce que ça aussi, même si vous voulez donner un coup de main vous pouvez le faire, pour vous montrer un peu comme on manie la fourche, et comment on manie le râteau pour ratisser la piste, pour préparer les chevaux, pour les garnir, on leur donne à boire d’abord , on leur donne à manger, enfin il y a tous les soins du matin. Et puis ensuite c’est les répétitions.

B.L: Alors on pourra assister aux répétitions.

A.G: Alors les répétitions en ce moment on est dans une phase intéressante, parce que c’est le moment de ma vie où j’entame la troisième génération de chevaux. Les chevaux durent à peu près 20 à 25 ans chez nous, alors vous faites les comptes, c’est ma troisième génération, il y a eu 25 et 25, vous voyez comme j’ai commencé à une vingtaine d’année ! On a déjà fait le tour ! Et maintenant on est dans la troisième génération de ces chevaux lusitaniens, portugais, lusitaniens et portugais vous savez que c’est le même cheval, c’est comme la morue et le cabillaud, ça se ressemble étrangement. Et beaucoup de chevaux espagnols, de pure race espagnole comme le disent les espagnols, quand on sait qu’ils ont été quand même occupé 8 siècles par les arabes on peut quand même se poser quelques questions sur la pureté de la race ! Ce qui est quand même une chose formidable ! Alors vous voyez tout ça vivre.

B.L: Vous avez choisis comme association le Mécénat Chirurgie Cardiaque enfants du monde, pour quelle raison ?

A.G: Parce qu’encore une fois c’est le mouvement, quand ce mouvement là s’arrête c’est la fin, quand ce mouvement là commence c’est la vie !

B.L: C’est vous qui allez déterminez le montant de base de votre enchère, je rappelle que c’est une journée au cirque Grüss.

A.G: Oui mais ce n’est pas une journée au cirque particulière, c’est une journée particulière, ce n’est pas une journée toute simple ! Et je voudrais simplement… je vais raconter un petit peu l’histoire de Picasso. A une époque quand il était dans les Alpes de Haute Provence, les alpes maritimes, il dessinait toujours souvent sur une nappe de papier dans le restaurant dans lequel il était. Et un jour le patron du restaurant lui dit « vous pourriez me donner votre dessin que vous avez fait sur la nappe ? Et je vous offre le repas ! » et Picasso lui il est d’accord ! Il déchire le coin de la nappe et lui donne le dessin ! Et bon la conversation continue avec ses amis, et le patron du restaurant revient et lui dit « vous pourriez me le signer ? » et Picasso lui dit « non ! je vous ai donné mon dessin pour payer ma note de restaurant, ce n’est pas pour acheter le restaurant ! ». Ce qui veut dire que quand on passe un moment comme ça, je crois que les gens soient généreux, on va partir du prix de base d’une place, on va parler d’une place de loge parce que si on veut faire du bien à ces enfants là ce n’est pas en achetant une place de gradin qui est à 12 euros ! Faut acheter au moins une place dans le carré d’or, on va partir à 50 euros la place, et puis si… il va falloir faire monter tout ça c’est tout ! Mais le point de départ c’est 50 euros !

B.L: Le point de départ 50 euros. Ca inclut une journée entière avec vous dès 8h le matin, jusqu’à quelle heure le soir ?

A.G: Bah ça dépend si il y a spectacle, en principe le spectacle se termine aux alentours de 17h.

B.L: Merci beaucoup !

A.G : Voilà !

VERY LIFE (SON ENFANCE,SES PASSIONS, SES ENVIES) : 9min59

B.L: Alexis Grüss bonjour

A.G: Bonjour.

B.L: Je vais commencer cette interview en vous remettant votre journal de naissance.

A.G: Ah !

B.L: C’est tout ce qui s’est passé l’année de votre naissance, le jour et jusqu’à vos 20 ans !

A.G: Dites donc ! Ca c’est formidable ! Et comment vous avez eu ma date de naissance ?

B.L: (rires) c’est un secret ou pas ?

A.G: Non non !

B.L: On peut la dévoiler ?

A.G: Oh si vous voulez oui !

B.L: Le 23 avril 1944

A.G: Oui !

B.L: c’est juste ?

A.G: Pendant l’occupation !

B.L: Vous avez des souvenirs précis de votre enfance ?

A.G: Oui forcement puisque tous les souvenirs que j’ai jusqu’à aujourd’hui sont cela qui restent gravés à vie !

B.L: C’est un choix ?

A.G: Ce n’est pas un choix c’est parce que c’est comme ça ! Et pas que pour moi je pense que c’est pour tout le monde !

B.L: Oh non je vous assure il y en a qui souhaite effacer des choses

A.G: les souvenirs d’enfance. Oh enfin on les efface volontairement mais, l’être humain est quelque chose qui s’imprègne dès le départ ! Et tout ce qui s’est passé dès le départ, je crois reste imprimé à  vie, c’est parce que l’on n’a pas le même âge que vous dites ça, quand vous aurez mon âge vous verrez ce que l’on dit !

B.L: On pourra en reparler alors !

A.G: Très volontiers ! Rendez vous dans une soixantaine d’année !

B.L: Je n’y manquerais pas ! Vous serez encore là j’espère !

A.G: Oui ! Bien sur !

B.L: C’est une enfance riche, animée ? ou c’était une enfance obligée ?

A.G: Il n’y a rien d’obligé chez nous ! C’est une enfance comme je souhaiterais que tous les enfants aient la même enfance que moi ! Avec une vraie vie, avec des vrais parents, avec une vrai famille, dans un vrai métier, avec un entourage authentique.

B.L: Vous êtes le descendant de la dynastie Grüss

A.G: Je ne suis pas le descendant.

B.L: Vous dites quoi alors, comment on dit ?

A.G: Parce que depuis le temps que l’on parle de descendance, comme disait Charles Pasqua en parlant de Jupé l’autre jour à la télévision qu’il descend tellement dans les sondages qu’il va finir par trouver du pétrole. Moi je trouve ca admirable comme réflexion, donc je pense que l’on est une suite, une continuité  mais on ne descend pas, on monte.

B.L: Une suite logique ou pas ?

A.G: Logique, parce que, parce que le maillon de la chaine, c’est logique. Mais les rencontres donnent les naissances, un et un ça fait trois. Donc on ne descend pas.

B.L: Donc on peut dire que vous êtes la suite de la dynastie Grüss

A.G: oui !

B.L: Ca vous convient mieux ?

A.G: La ?

B.L: La suite de la dynastie Grüss ça vous convient mieux ?

A.G: La continuité, la suite encore, ça fait trop penser à un grand hôtel ! Donc je pense que la suite ça me convient !

B.L: C’est pas mal c’est un 4 étoile minimum (rires) ! Est-ce que vous avez une idée des personnalités qui sont nées la même année que vous ? En 1944 ?

A.G: Euh aucune !

B.L : Je vais vous donner des noms vous allez me dire si vous les connaissez, si ils ont bercés ou pas votre enfance et votre adolescence.

A.G : On a le même âge dans tous les cas !

B.L : Exactement ! Pierre Bachelet ?

A.G : Ah oui bien sûr ! Ah oui j’aime bien ! Ah oui en plus les enfants, en plus de ca il a fait pas mal d’émission sous mon chapiteau, surtout à une époque où on avait des émissions pour la trois, qui s’appelait les petits papiers de Noël et je me souviens. J’ai eu un diner il n’y a pas très longtemps, c’était peu de temps avant qu’il nous quitte,  chez un monsieur qui a écrit pas mal de musique et de chansons pour les chanteurs célèbres de notre génération qui s’appelait monsieur Delanoë. Et on a eu un diner, je crois il y a 4 ans, non 4, 5 ans chez Delanoë. Et je me souviens de l’endroit parce que j’étais très ami avec, d’abord parce que j’avais beaucoup d’admiration pour lui, j’aime, j’aime les compositeurs, les arrangeurs, les gens qui font des orchestrations, j’aime ça.

B .L: Est-ce qu’on peut dire que c’est ce que vous faite également au quotidien ? Vous orchestrez, vous créez ?

A.G : C’est ce que tout le monde fait !  En principe tout le monde devrait au moins avoir envie de le faire !

B .L: Robert Charlebois également est né en 1944.

A .G: Bien sûr ! Bien sûr, un vrai canadien !

B.L: Oui, vous aimez bien ce pays là ?

A.G: Bah oui bien sûr ! C’est cette bonne génération là ! Après bon il y en a eu d’autre, mais Charlebois c’était un des premiers !

B.L: Quelles musiques ont bercé votre enfance ?

A.G : Quelles musiques ont bercé mon enfance ? D’abord c’est toutes ces musiques d’après guerre, ca a certainement un rapport avec ma collection de disque où j’ai plus de 7000 vinyles qui sont composés de musiques de films, de comédies musicales, de jazz, de bigband beaucoup beaucoup de bigband ! Et puis bien sûr un étage de classique parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et mes musiciens, Armstrong, Beckett, forcément parce que ca c’est le jazz, la naissance du jazz et puis les grands orchestres comme Benny Goodman Tommy Dorsay, Glenn Mille, voilà ca c’est … et puis les grands films, comédies musicales, je trouve que c’était une époque de naissance de tout ! C’était une époque de richesse, parce qu’on pouvait encore espérer, créer, inventer et on avait une vision de l’avenir qui était beaucoup plus lointaine que celle d’aujourd’hui.

B.L : Vous trouvez ?

A.G : Ah oui ! Ca j’en suis convaincu.

B.L : Quand vous étiez enfant, vous rêviez de quoi ?

A.G : Je rêvais d’un petit chalet dans la montagne, une femme des enfants, et des étalons et des juments pour faire ce que j’ai fais, et ce que je fais aujourd’hui !

B.L : Finalement vous ne rêvez pas votre vie, vous la vivez.

A.G : Oui ! Mais c’est formidable d’avoir rêvé une vie et de l’avoir accomplie telle que je l’ai rêvé. Avec, bah c’était un peu le sujet ce matin avec Monseigneur Lamiasse, je pense qu’il n’y a pas de hasard, il n’y a pas de… c’est les rencontres, c’est le fait d’avoir choisi et eu envie de faire… alors comme vous choisissez la famille, quand vous choisissez votre ligne de vie, moi je fais souvent allusion, dans le cirque on a des symboles extraordinaires, alors bien sûr après on va partir sur la philosophie, mais le symbole du fil, suivant la hauteur à laquelle vous placez le fil, ca c’est quand même un symbole extraordinaire. Vous avez la plateforme, la première sur laquelle vous arrivez, un fil d’une longueur indéfini, et à l’autre extrémité, une autre plateforme. La naissance, la mort, et entre les deux c’est la vie. Et quand vous avez choisis de tirer une ligne droite, suivant la hauteur où vous avez décidé de placer le fil, vous n’avez pas intérêt à mettre le pied à côté ! Et pour trouver son équilibre, il faut quand même, il faut faire quelques efforts. Mais quand vous arrivez à retrouver votre équilibre, et passant à côté de toutes les catastrophes que l’on peut passer et tout en en subissant quelques unes, vous arrivez petit à petit vers cette dernière plateforme qui est le commencement, parce que les deux plateformes se rejoignent au bout d’un moment, et bah ça vous fait réfléchir.

B.L : Et vous vous en êtes où ?

A.G: Bah je crois qu’en plus le fil est oblique, moi je suis parti d’en bas et puis je monte vers l’autre plateforme.

B.L : C’est plus risqué ?

A.G : Pardon ?

B.L : C’est plus risqué ?

A.G : Bah ce n’est pas plus risqué, c’est plus dur physiquement, c’est plus dur !

B .L: Et c’est un choix ?

A.G : C’est un choix, c'est-à-dire que vous êtes toujours obligé d’avancer ! Et si vous n’avancez plus vous repartez en marche arrière et ça c’est pas bien !

B.L : Mais pour aller où ?

A.G : Dieu seul le sait !

B.L: Vous êtes croyant ?

A.G: Oui, mais j’ai fais le ménage entre la croyance et la foi. Pour moi ce sont deux choses différentes, et j’ai remarqué que la foi était le point commun entre toutes les croyances, comme dans la musique. C’est drôle parce que l’on revient à la conversation de ce matin. Et vous repartez exactement avec les mêmes questions que Monseigneur Lamiasse qui me posait ces questions là. Et je fais allusion à la musique, je fais allusion à un grand orchestre philarmonique dirigé par Herbet von Karajan, la philharmonie de Berlin en 78, parce que j’ai assisté à sa répétition et j’ai compris ce que voulait dire le mot harmonie.

B.L : Qu’est ce qu’il veut dire ?

A.G : Bah ca veut dire qu’il ne peut pas y avoir d’harmonie sans accord. Et il y a une note qui est la règle d’or de la musique c’est le la 440, qui est une valeur. Et que tous les instruments doivent s’accorder sur cette note. Ca c’est le commencement. Et il ne peut pas y avoir d’harmonie sans accord et il ne peut pas y avoir d’harmonie sans mouvement. Et c’est le mouvement qui donne l’harmonie. Et si un se décale sur l’ensemble des musiciens d’un quart de ton, il désharmonise tout le monde.

B.L : Et quelle est votre note à vous alors ?

A.G : Bah la note c’est le La 440

B.L : Non mais pour vous dans votre vie, votre moteur ce qui vous permet d’avancer, et qui permet justement aux autres de vous suivre sur le même chemin.

A.G : Mes enfants, mes petits enfants, ma femme, ma famille. Dans l’ordre ma femme, ma famille, l’équipe, les chevaux, ca c’est ce qui me fait me lever le matin, je vous l’ai dit tout à l’heure en arrivant, je me lève très tôt, parce que j’ai envie de me lever très tôt et que quand j’ai un peu de difficulté à me lever, je pense à ceux qui n’ont pas la possibilité de le faire et ça me donne un coup de pied au cul et je me lève tout de suite.

VERY LIFE PARTIE 2 : 9min46

B.L: Est-ce que vous étiez conscient déjà tout petit que vous aviez une vie hors norme ?

A.G: Non je ne me rends pas compte.

B .L: A quel moment vous vous en êtes rendu compte ?

A.G : Vous voulez que je vous donne un exemple ? Mes petits enfants Charles et Alexandre, la première fois qu’on les a mis à l’école c’était à Serinant du Conta, c’est un petit village dans le sud de la France à côté du château dans lequel on a installé notre cirque, et je me souviens les avoir accompagné avec ma belle fille, avec Nathalie et on les met dans la cours de l’école et ils posaient des questions aux autres enfants de leur âge, et Charles et Alexandre demandaient aux autres enfants comment s’appelait le cirque de leur père.  Parce que pour mes petits enfants, ils pensaient que tous les enfants de l’école leurs pères avaient un cirque. Je trouve ça bien, et moi c’était un peu la même chose. Je pensais… après bien sûr on était un peu étonné de voir que les autres n’étaient pas branchés, ah bon toi tu sais pas faire de fil, toi tu ne sais pas faire tourner le lasso, non. Bah je vais te montrer alors !

B.L : Et si vous n’aviez pas aimé cela ? Quel chemin vous auriez pris ?

A.G : Bah si je n’avais pas aimé cela, je ne sais pas ce que j’aurais aimé. C’est souvent la question que l’on me pose pour mes enfants, mes petits enfants, et ma famille, mes belles filles et autre. Si vous n’avez pas envie de vous retrouvez debout sur un cheval au galop devant 3000 personnes qui vous acclament qu’est ce que vous avez envie ? Vous avez envie de quoi ? Demandez à n’importe quel artiste de se retrouver sur un scène ou sur une piste, sur n’importe quel accessoire, ou sur une piste de ski comme on peut le voir en ce moment, quand vous arrivez dans le bas de la descente et que vous avez tout le monde qui vous applaudit, c’est la plus belle récompense que vous pouvez avoir !

B.L : Oui vous parlez de récompense, mais il y a un travail énorme en amont !

A.G : Bah c’est la définition de l’art, ça rejoint la répétition de Karajan avec l’harmonie. Non seulement j’ai compris ce que voulait dire le mot harmonie parce que si je dois le résumer ce mot c’est vie, si je dois enlever des lettres sur le mot harmonie, c’est vie.

B.L : Oui mais ce que je veux dire par là c’est que vous auriez pu aimer la reconnaissance, monter sur scène vous faire voir

A.G : ca tout le monde !

B.L: Mais pas le travail à effectuer en amont, il faut se lever tôt, il faut répéter, il faut travailler, ça ne s’apprend pas comme ça de tenir debout sur un cheval !

A.G: ah bon ? je ne savais pas (rires) ca c’est la définition de l’art. C’est le travail effacé par le travail.

B.L : Vous l’avez déclaré déjà.

A.G : Oui il n’y a pas d’autre manière de définir l’art. Comment voulez vous définir quelque chose, comment voulez vous faire rêver les autres, si ce n’est pas justement, de donner énormément, d’offrir énormément avant de recevoir. Ca pour moi c’est le principe même de la vie. Que ce soit à une plante, à un animal ou à un humain c’est pareil.

B.L : Mais alors la vrai question encore une fois c’est, oui vous aimez votre travail, oui vous aimez le résultat

A.G : oui mais ça s’apprend, ca fait parti de l’éducation, c’est par l’éducation que vous découvrez le plaisir de faire les choses. C’est pas seulement une éducation intellectuelle, c’est une éducation qui est liée avec le corps et avec l’esprit ! Moi j’ai eu cette chance là, d’être entouré chez nous on disait, de père d’élèves ou mère d’élèves, c’est celui qui retransmet son savoir à un élève, que ce soit son fils, sa fille ou n’importe qui d’autre. Et la différence entre un père d’élève ou autre, ou un maitre chez vous vous appelez ça un maitre, nous… j’aime mieux la définition père ou mère d’élève, je trouve que c’est joli ! Et bien la différence entre un professeur et un maitre c’est que l’un vous explique avec des mots et l’autre il vous montre comment il faut faire.

B.L : Vous vous préférez la deuxième manière ?

A.G : Bah moi je préfère des gens qui m’expliquent, qui me montrent en même temps, plutôt que des bavards ! Moi j’aime mieux les gens qui font, plutôt que les gens qui disent. Ceux qui disent commencent à me fatiguer un peu ! Sérieusement !

B .L: En même temps vous avez su conjuguer l’art du cirque et l’apprentissage de l’orthographe jusqu’au certificat d’étude.

A.G : Oui bah vous savez tout vous !

B.L: Donc vous avez appris finalement !

A.G: Quand j’arrive à un aéroport et que l’on me demande qu’est ce que vous avez comme bagage je réponds toujours un certificat d’étude !

B .L: Mais ce qui sous entend malgré tout que vous avez

A.G : Par contre j’ai passé mon bac !

B.L : ah oui

A.G : mais à Quilleboeuf c’était à l’époque où il n’y avait pas le pont de Tancarville et pour passer d’une ville à l’autre on passait le bac ! (rires) et je l’ai passé dans les deux sens !

B.L : Evidemment tant qu’à faire !

A.G : Il y avait aussi celui de Noirmoutier ou de l’île d’Oléron pardon, parce que Noirmoutier c’est le gouat.

B.L : Mais alors ça sous entend que vous avez réalisez, moi quand je lis ça, quand je comprends que vous avez passé, que vous avez été jusqu’au certificat d’étude, je me dis, c’est peut être aussi pour se dire si un jour je n’aime plus ce métier je peux faire autre chose. C’est vrai ou pas ?

A.G : Bah c’était une petite longe de sécurité pour rentrer dans la vie. Ca c’est maman, c’est ma mère qui avait ce soucis là, du reste je pense que l’on a été le premier cirque en Europe à avoir une voiture scolaire. Parce que j’avais des cousins aussi, on était une grande famille, la famille Grüss. Et on se retrouvait avec un enseignant, qui avait été envoyé par l’éducation nationale ! Et on était une quinzaine d’élève dans une école ambulante.

B.L: Ca c’est bien, c’est des bons souvenirs ?

A.G: Oui oui ! Ah oui bah ça c’est des souvenirs formidables ! Parce qu’en même temps au niveau de la culture je ne pense pas qu’on puisse faire mieux, que de se déplacer tous les jours d’une ville à l’autre. Ne serait ce que je connais toutes les spécialités de toutes les villes de France ! L’autre jour on avait un diner avec Michel Creton, et il parlait aussi un peu comme ça, même de ce que l’on vient de dire, de mon enfance, et tout. « mais toi tu es né où ? », il me dit « moi je suis né à Vassy », c’est dans l’est de la France « ah bah je connais Vassy, parce que la spécialité de Vassy c’est les caisses ». Il me dit « comment tu sais ça ? » je lui dis, « ma mère quand on arrivait à Vassy, elle achetait des caisses de Vassy comme les berlingots de Carpentras et les bergamotes de Nancy et puis voilà on s’avait tout ça ! Les madeleines de Commercy, on mangeait les pieds de cochon à Sainte Ménéoul, on allait manger du cassoulet à Castelnaudary et voilà, moi j’ai été élevé dans ce milieu là et je mangeais des fruits, des légumes que les petits parisiens ne connaissaient pas ! Parce qu’à cette époque là, les fruits et les légumes il fallait les manger sur place pour les connaitre ! Et maman connaissait toutes les sortes de poisson, c’était une passionnée de la mer, donc elle adorait les crustacés, elle adorait les poissons, et maman savait que dans tel endroit on mangeait ça, quand on se rapprochait des côtes, on avait des gardes manger à l’époque, il n’y avait pas de frigidaire, et on avait une glacière, mais ça c’est venu bien après, c’était une caisse en bois dans laquelle on mettait des pains de glace. Et quand la glace était fondue, je ne vous dis pas les bactéries et les trucs qu’il devait y avoir là dedans. Ca vous donne des anticorps, c’est peut-être pour ça que je n’ai pas attrapé la grippe A !

B .L: Vous avez aujourd’hui des enfants

A.G : oui

B.L : Vous transmettez également ces valeurs là, cette richesse là, et cette culture là ?

A.G : Mais on essaye de les rappeler, mais c’est toujours pareil, le vécu c’est irremplaçable ! Donc ça donne une notion des choses mais vous pouvez tout retransmettre, sauf votre expérience. Ca c’est une chose que je ne comprends pas, ça ne marche pas. Pourtant ce serait un gain de temps considérable mais je vous donne une réplique de mon père qui était des fois assez cru et à chaque fois il nous disait : ne mettez pas le nez dans le caca parce que ca sent mauvais. Et puis un jour on mettait le nez dedans, et papa nous disait vous voyez je vous l’avais dit que ça sentait mauvais, il ne faut pas mettre le nez dedans. Ca c’était sa manière de parler. Et bah il fallait mettre le nez dedans pour s’en apercevoir. Sinon on ne se rend pas compte. C’est comme les enfants, ne touche pas à ça c’est chaud et c’est là où ils ont des doutes. Ils ont un doute donc ils veulent se rendre compte par eux même et c’est ça l’expérience, il faut te bruler pour savoir ce que c’est.

B.L : Finalement c’est aussi ça qui nous permet de découvrir la vie, de se faire un avis sur les choses

A.G : oui

B.L : puisque vous parlez de gain de temps, je pense qu’on en gagnerait pas finalement.

A.G : Attendez le gain de temps c’est que nous on passe dans le temps, faut pas mélanger les choses non plus. Le temps c’est pas lui qui passe, c’est nous qui passons. Ca moi j’en suis convaincu.

B .L : Qu’est ce que vous voulez en faire ce temps Alexis Grüss ?

A.G: Ce que je veux faire du temps ? Je me demande plutôt ce que lui veut faire de moi. Non je veux le partager avec les autres, et je veux que ça, je n’ai pas d’ambition particulière. Je veux dire le moment que je passe avec  vous me convient parfaitement, vos questions m’intéressent beaucoup.

B .L: Vous essayez

A .G: pardon ?

B .L: Non allez s’y allez s’y

A.G : non parce que j’aime ca, c’est les échanges, et plus vous m’en posez, plus ça me fait gamberger, comme on disait à Paris dans le temps, la gamberge, ca c’est dans les dialogues d’Audiard !


VERY OFF : 4min10

A.G: Ne me demandez jamais de chanter, ne me demandez jamais de dessiner, je vais vous dire non, parce que je me connais bien ! Je n’ai pas envie de vous faire rire, c’est une catastrophe ! Et ça alors si on peut parler… mais je sais pourquoi je ne suis pas perfectionné dans ce truc là, c’est parce qu’on a des dispositions naturelles les uns et les autres qui font que c’est pour ça qu’on est tous différents, et n’essayez pas de faire de comparaisons l’un et l’autre, entre un cirque et un autre cirque, on est tous différents, c’est pour ça que le monde est merveilleux et extraordinaire.

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A.G: Ce qui a le plus de valeur, c’est ça. Moi j’ai un dessin de Picasso

B.L: ah oui ?

A.G: oui ! Qui est le dessin qui illustre tout ce que je viens de vous raconter sur le cirque. C’est un dessin !

B.L : C’est quoi ?

A.G: Le cirque ça s’appelle.

B.L : Oui mais on y voit quoi ?

A.G: On y voit un trait qui définit le rond de la piste qui est le manche de la chambrière, qui est le bout de la chambrière, qui est l’écuyer qui se trouve au centre de la piste, qui est le cheval qui est debout devant lui. C’est un seul trait ! Infini ! Vous ne voyez pas où ça commence, vous ne voyez pas où ça finit.

B.L: Et pour vous c’est ça le cirque ?

A.G: C’est comme dans la vie. Arrêtez de penser que d’où on vient d’où on va. Est-ce que c’est pas un sacré mystère ça ? Si vous me demandez le mot de la fin, je vous dirais qu’il n’y en a pas. Il n’y a pas de fin. Le monde c’est comme une montgolfière.

B.L: ah moi je crois qu’il y a une fin quand même.

A.G:  comment ?

B.L: Moi je pense qu’il y a une fin !

A.G: Oui tant mieux ! Mais j’ai une petite faim parce que c’est l’heure de se mettre à table, mais je ne déjeune pas le midi alors rassurez vous !

B.L: Ah bon ? Vous ne déjeunez pas le midi ?

A.G: Non ! Jamais !

B.L: Mais vous déjeuner le matin, le petit déjeuner ?

A.G: Un petit déjeuner très copieux le matin !

B.L: Et le soir ?

A.G: Hier soir c’était un festin hier soir ! J’aime bien ! j’aime pas grignoter moi !

B.L: Vous arrivez à dormir paisiblement après ? Vous ne sentez pas que vous avez trop mangé ?

A.G: Non non, c’est bien ! L’organisme c’est un drôle de truc ! La nourriture c’est un carburant. Et le corps humain est fait pour dépenser le carburant que vous lui donnez. Si vous avez un décalage… J’ai un anecdote encore avec ça, avec l’écran à Piolenc, c’est une femme qui avait posé son enfant de trois ans dans une poussette, attachée, la sucette dans la bouche, et un écran d’ordinateur comme ça posé sur la table. Et le gosse en face avec le truc, il restait 1h30 comme ça ! Et je dis à la dame quand elle revient, ce n’est pas très bien ce que vous faites et elle me dit « mais occupez vous de ce qui vous regarde ». Et je lui dis « justement ça me regarde ! ».

B.L: pourquoi ?

A.G: Parce que ce n’est pas bien pour votre petit. Et elle me rajoute à ca « mais il ne lui manque rien » et je lui dis « si il lui manque quelque chose » « qu’est ce qu’il lui manque ? » elle me dit, il lui manque un bon petit mac do et une bonne boite de coca ! Entre le mac Do, la boite de Coca et l’écran d’ordinateur vous allez l’habiller pour un moment. Voilà ! Je crois que quand même Mac Donald, comme couturier pour le prêt à porter, il vous transforme un collant lycra en culotte de cheval !

B.L: (rires)

A.G: Ca vous fait rire ?

B: Ah oui c’est  très drôle !

VERY PLUS : 12min40

A .G: L’autre jour on me posait la question, on me demandait ce que ça faisait d’avoir des confrères qui soient partis dans l’espace, parce que le directeur du cirque du soleil qui est un de mes amis en plus, parce que j’ai beaucoup d’admiration pour lui-même si je ne partage pas ses… je lui ai dit ce qu’il a fait du cirque c’est quelque chose d’assez paradoxal, ça nous a donné un coup de nerf extraordinaire, et en même temps il a dénaturé le lieu. Pour moi le cirque c’est un lieu, ce n’est pas un spectacle. Et quand je suis dans un espace où il n’y a plus la sciure et les 13 mètres de diamètre pour moi c’est autre chose. Quand je vais voir Holiday on ice, c’est une patinoire avec de la glace, quand c’est dans un cirque c’est de la terre et de la sciure et quand je vais au théâtre ça devrait être un plateau, et non pas comment… une scène ! C’est curieux, on rentre dans un bâtiment de télévision, et on vous conduit vers le plateau de télévision, vous entrez dans un théâtre on vous emmène vers une scène. Moi je pense que c’est le contraire. On va vers un plateau en théâtre et une scène à la télévision. Alors mon ami qui est parti dans l’espace on me dit qu’est ce que ça vous fait. Je dis « ça me rappelle une réplique de Gabin qui disait à… je ne me rappelle jamais du nom de ce comédien qui est pourtant une merveille, je l’adore et j’ai du mal à me souvenir de son nom, il a un gros nez comme ça, il joue toujours dans les films de gangster, et il lui dit Gabin, quand on mettra les cons sur orbite t’as pas fini de tourner, je trouve ça génial ». Et le journaliste me dit « oui mais depuis il est redescendu », je dis « oui parce qu’il a payé, autrement (rires )

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A.G: Bah l’école du cirque, il n’y en a eu qu’une qui a existé, une vrai, c’est la mienne. Celle que j’ai créée avec Sylvia Montfort justement pour fêter le bicentenaire du cirque. Ca c’est fait pas très loin d’ici. Sylvia organise une exposition sur le cirque contre toute attente, parce qu’à cette époque là dans les années 70, 74 puisque c’était en 74, tout le monde disait que le cirque était mort. Le cirque est mort, le cirque est mort. Quand il y avait un article sur le cirque, c’était un dompteur qui s’était fait bouffé ou un trapéziste qui était tombé, toujours une catastrophe mais jamais pour venter les mérites artistiques de cette merveilleuse profession. Et Sylvia monte cette exposition, mais qui a un succès impensable ! Et à la suite de ça elle demande, j’aimerais bien poursuivre cette exposition avec un vrai cirque ! Et là le hasard fait qu’elle tombe sur un monsieur qui lui conseille de prendre contact avec nous, qui s’appelait Louis Merlin, et Louis Merlin, c’était pour moi l’homme de géni qui a après l’occupation, dans les années 45, inventé la radio, inventé tout ! Louis Merlin c’était le grand patron de Radio Luxembourg à l’époque, qui avait déniché une société qui commençait à se développer, parce qu’ils apprenaient aux gens à se laver la tête avec un shampoing et non pas avec du savon de Marseille comme ils l’ont fait depuis des siècles, et cette maison là s’appelait L’Oréal. Ca s’appelait Dop et après l’Oréal. Et Merlin avec mon père et mon oncle ont créé un cirque en 48, 49 qui s’est appelé le Radio Circus, et le radio circus a été toute mon enfance ! Les souvenirs de la mère, c’était à l’époque du radio circus. Et nous on a été bercé par les ondes, sur les ondes, par des jeux comme le quitte ou double, le crochet radiophonique, emportez le avec vous etc. etc. Et la radio à l’époque c’était un moyen extraordinaire de communication, et le cirque a été un véhicule pour faire découvrir la radio à tous les français. Et on est le seul pays au monde a avoir exploité cette voie là radiophonique ce qui était curieux, parce que l’on annonçait des… enfin vous écoutiez à la radio, et au cirque vous pouviez voir les émissions en vrai ! Donc les stars de l’époque comme Zappy Max, par exemple, après il y a eu Marcel Fort, il y a eu Lucien Jeunesse qui a fait ses débuts dans le cirque de mon père et de mon oncle en 59. Et bien les gens se ruaient sur les places pour aller voir justement ces animateurs qu’ils entendaient. Ils mettaient enfin un visage sur les voix qu’ils entendaient à la radio. Et donc Merlin arrête… il a aussi créé Europe n°1, et il est toujours resté en relation amicale avec mon oncle et avec mon père. Et quand Sylvia Montfort demande quel cirque elle pouvait faire venir à Paris, Merlin lui a dit appelez les Grüss. C’est à la suite aussi que mon beau père Firmin Bouglione qui avait son cirque juste à côté du carré Sylvia Montfort, qui s’appelait le carré Torrini à l’époque avait fait une démarche avec un de ses amis pour proposer notre cirque à Sylvia Montfort. Il y a eu deux choses en même temps. Et le 25 mai 1974, dans la cour de l’hôtel Célé qui est aujourd’hui le musée Picasso, on donnait notre première représentation de cirque à l’ancienne.

B .L: Vous aviez 30 ans à l’époque.

A.G : Oui 74, vous savez tout vous !

B.L : Quand je parlais de l’école du cirque, je voulais dire que c’était une école de vie, où l’on apprend vraiment les choses.

A.G : Oui mais à condition que ce soit l’école du cirque. Aujourd’hui on a des écoles de théâtre acrobatique, alors encore une fois ce n’est pas pour dire du mal ou quoi que ce soit, il n’y a pas de comparaison à faire, mais le cirque c’est un lieu magique, je l’ai expliqué ou je n’ai pas fini de donner l’explication plutôt, tout à l’heure quand j’ai parlé D’Asthée et de Franck Honi, comme les saltimbanques n’avaient pas le droit de s’exprimer ailleurs que sur les planches, celui qui a eu l’idée de génie de rassembler les deux c’est Franck Honi, détourner la loi en mettant une planche sur le dos d’un cheval. Et si vous prenez notre logo, depuis toujours, ca a toujours été l’écuyère à plateau, parce que c’est la fusion entre les nobles et les gens de la rue. Les nobles c’étaient les écuyers qui avaient appris à monter à cheval pour faire la guerre et qui se donnaient au spectacle dans des lieux réservés aux nobles, et les saltimbanques c’étaient les gens de théâtre. Ca c’étaient les gens de la rue, la fusion aujourd’hui c’est l’inverse. On serait plutôt nous considéré comme des gens de la rue, et les gens de théâtre comme des nobles. L’effet s’est inversé.

B.L : Et pourquoi ?

A.G : Bah parce que l’évolution des choses fait que c’est comme ça.

B.L : Vous croyez vous ?

A.G : Oui parce que je pense que dans un siècle ça sera le contraire. A Paris à cette époque là il y avait beaucoup plus de cirques que de théâtres, il y avait une quantité de cirques à Paris monstrueuse, surtout dans ce, dans cet arrondissement, et vous en avez encore un à deux pas d’ici, où j’étais hier soir pour fêter les 99 ans de ma tante, parce que c’était une grande fête de famille au cirque d’hivers Bouglione à côté.

__________________________________________________________________________________

B .L: Il y a toujours le mérite chez vous, je travaille et je sais pourquoi je travaille.

A.G : Quelle référence vous avez d’autre que celle de donner avant de recevoir. Est-ce qu’on n’est pas dans un monde où aujourd’hui, quand je vois ça, ca ça m’inquiète.

B .L: L’ordinateur ?

A .G: Ce n’est pas l’ordinateur par lui-même qui m’inquiète, c’est l’utilisation qu’on en fait.

BL : Qu’est ce qu’on en fait ?

A.G : Bah il y a eu la muraille de Chine, ca n’a pas marché, je vais abréger parce qu’il y en a eu des murs de construits entre les êtres vivants. Tout ça pour essayer de déraciner les uns et les autres, passons. Enfin, la muraille de Chine ça n’a pas marché, la ligne Maginot, bah on connait le résultat, le mur de Berlin, aujourd’hui on voit ce qui se passe, mais celui là on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Les autres on avait une notion de ce qu’il y avait derrière. Et on pouvait encore se hisser sur un mirador pour voir ce qu’il y avait de l’autre côté. Ca je me souviens de ça à Berlin en 78, quand j’ai vu le concert de Karajan. Et où on avait notre cirque installé à côté de la National Gallery qui est à deux pas du mur de Berlin.

B.L : Vous voulez dire que les nouvelles technologiques coupent du monde, et qu’on ne prend plus la peine de

A.G : Si vous les mettez les uns à côté des autres, vous allez voir la circonférence et dans quel mur on s’est enfermé ! Et ca ce n’est même pas les autres qui l’ont construit, c’est vous-mêmes qui le mettez en place le mur. Parce que toutes les informations que vous avez, c’est digéré, filtré et c’est le passé. Il n’y a rien qui vous explique la seconde qui suit. Tout vous explique les minutes passées. Et le côté pervers de cet écran, c’est un jeu. Et le jeu est une drogue redoutable.

B.L : C’est vous qui dites ça ?

A.G : Oui

B .L: Vous jouez avec le feu tous les jours !

A.G : Non ce n’est pas un jeu moi, ce n’est pas un jeu, je ne suis pas joueur du tout. C’est par mon éducation, et justement mon travail et le travail qui m’a été retransmit, ce n’est pas moi , moi je n’ai rien inventé, je n’ai fais que me servir de ce que mon père, mon oncle, les uns et les autres, et encore ce que j’ai vu l’autre jour quand j’ai été voir ce spectacle là de comédie tout ça vous apprend.

B .L.: En étant debout sur un cheval, en étant sur un fil, en faisant du trapèze, on prend des risques.

A .G: Non c’est un défi. Un jeu pour moi ce n’est pas un défi. Je vous raconte une anecdote : Dans les années 80, j’ai un ami qui travaillait chez Disney, et qui faisait régulièrement les voyages de Disney Land à Disney World, et quand il revenait il me rapportait toujours un tas de gadget, de jeux, de trucs qui venaient de sortir aux Etats-Unis, que nous même on ne connaissait pas ici, d’abord pour une bonne raison, c’est que Disney Paris n’existait pas. Et moi j’étais un inconditionnel du dessin animé, mon maitre mais là on est tous d’accord là-dessus, c’est Tex Avery, et après bien sur Walt Disney pour le côté un peu… sauf Fantasia qui est pour moi le chef d’œuvre de Walt Disney. Il m’apporte comme ça une petite console dont on se servait avec les pouces, il y avait trois niveaux de jeux, il y avait un Mickey qui ramassait des balles dans un panier, alors le premier niveau c’était assez lent, deuxième niveau c’était un peu plus compliqué, troisième niveau c’était très compliqué. Et je jouais avec ça, et à chaque fois bien sur on faisait des nombres de résultat. Et à chaque fois le but était de se battre soi même, le but était de faire mieux que la fois précédente, dans le premier niveau, après on passait au deuxième niveau et ainsi de suite. Donc il y a une escalade redoutable. Et un jour j’étais en train de jouer avec ce truc là, il me prend un mal aux fesses comme vous ne pouvez pas l’imaginer, j’étais sur les toilettes. J’étais en train de jouer sur les toilettes et je ne me suis pas rendu compte du temps. J’ai pris la petite boite, et je l’ai mis dans la poubelle. Et jamais plus je n’ai retouché un bouton. Parce que mon temps c’est autre chose que de m’acharner avec mes pouces sur un objet sur lequel j’appuie comme un dingue. Et pour mon cerveau et pour tout ça c’est pas une bonne chose. Parce que ça immobilise, et toute immobilisation du corps ou de l’esprit est négatif. Pour moi il n’y a que le mouvement, et quand je viens vous voir. J’ai une discussion avec vous, là je vais repartir ca m’aura fait un bon moment, parce que c’est rare quand on a le temps de s’expliquer, de répondre à des questions et je suis sûr et certain qu’il va me rester des traces du moment qu’on a passé ensemble.

B.L :  C’est ce que j’allais vous demander, est ce qu’après ça vous apporte quelque chose, est ce que vous grandissez ?

A .G: Mais obligatoirement, ca me fait rebondir ! C’est peut-être pour ça qu’on nous appelle les enfants de la balle !

B.L : Vous croyez ?

A.G : Parce que ça n’a aucun rapport avec le cirque, ca a un rapport avec le jeu de paume. Parce qu’à l’époque les jeux de paumes il n’y avait pas de filet, il n’y avait pas de grillage, ça n’existait pas, et il y avait une bande de mômes chez les riches, les rois, qui couraient après les balles quand les autres les envoyaient dans la nature, et c’est les mômes qui ramenaient les balles que vous retrouvez encore aujourd’hui à Roland Garros, les ramasseurs de balles. Ce sont eux les enfants de la balle, ce ne sont pas les gens de cirque.



VERY NET (VOS QUESTIONS-SES REPONSES): 9min30

B.L : Alexis Grüss en 1999 dans Libération vous avez déclaré : Le cheval est l’âme du cirque. Vous confirmez aujourd’hui cette information ?

A .G: Oui parce que le cirque tel que je le connais tel qu’il existe aujourd’hui a été inventé par le cheval, pour le cheval. Le rond de 13 mètres de diamètre, la matière qui compose le sol, la forme et la matière a été inventée par le cheval.

B.L : C’est une grande famille le cirque, c’est comme ça qu’on l’entend depuis des années.

A.G : Ce que l’on essaye de garder c’est un état d’esprit. Pour moi la famille ce n’est pas ceux qui portent mon nom, ni le nom de ma femme, parce que là si on devait faire le ménage il y a des gens qui ne feraient plus partie de ma famille ! Hors il y en a d’autres qui ne portent pas le même nom et qui en font parti.

B .L: Et c’est quoi qui fait la différence ? Qu’est ce qui fait la différence ?

A.G : La différence c’est ce qui fait qu’une famille existe, c’est une question qui m’a été posée par une journaliste l’autre jour pour… vous savez les questions réponses. « Qu’est ce que ça vous fait de posséder une famille comme la votre ? » je lui ai répondu « ça me fait ce que l’homme le plus riche du monde ne peut pas s’offrir, c’est de posséder une famille que je ne possède pas ! », il ne faut pas confondre Grüss et Al Capone ! Ce n’est pas pareil, Al Capone possède sa famille, moi je ne la possède pas ! C’est un état d’esprit, c’est quelque chose qui se cultive chaque jours, et où on a nous des lignes, vous savez comme des allusions au fil de tout à l’heure, il y a un fil qui est tracé, on essaye de se tenir dessus. Et toute déviation, suivant la hauteur où est le fil, la chute peut être catastrophique, et irréversible. Et il y a des choses qui sont irréversibles.

B.L : Comment on fait justement pour maintenir comme ça cet état d’esprit ?

A .G: C’est du quotidien parce qu’on y trouve son compte. Quand vous aimez quelque chose vous n’avez pas envie de vous en défaire. Quand vous avez été bien éduqué… il y a plusieurs choses dans l’être humain, il ne faut pas confondre, il faut faire le ménage toujours ! L’instinct c’est une chose, l’intelligence s’en est une autre, la mémoire en est une autre, l’éducation en est une autre, l’instruction en est une autre. Moi je n’ai jamais mélangé tout ça. Moi je connais des gens qui sont très instruits et très cons.

B .L: Ca ressemble à quoi ?

A.G : Bah c’est à ça qu’on les reconnait ! Comme disait l’autre ! Parce que, parce que bien souvent le fait d’être instruit on pense qu’on est supérieur aux autres. Et c’est là où on se plante complètement.

B.L : Alexis Grüss vous êtes maintenant face à ce que la rue pense du cirque ou en l’occurrence d’Alexis Grüss, ou de la dynastie Grüss. Je vais vous demander de presser le bouton pour que l’on puisse entendre ce que les gens pensent de vous.

( sons de la vidéo ) :
- bah je sais que le cirque peut prendre du père au fils, du grand père même, et c’est tout une génération qui est imprégnée par ce travail et qu’il est tourné pendant des années et des années. Et ca leur apporte quelque chose quand même.
- Et alors vous est ce que vous êtes une spectatrice de cirque ?
- Non sincèrement non, pourquoi, parce que en Tunisie nous n’avons pas beaucoup de cirques, nous voyons le cirque une fois tous les deux ans. Quand ça arrive c’est surtout pour faire profiter les enfants, parce qu’avec l’âge, quand j’étais petite oui, maintenant ce sont mes petits enfants qui en profitent le plus.


B.L : Qu’est ce que vous pensez de ce qu’elle dit ?

A.G : Bah ça rejoint ce qu’on se disait tout au début de l’émission, c'est-à-dire que l’adulte a presque un peu honte de dire qu’au cirque il y retrouve ses émotions d’enfance. Il n’y a pas une forme artistique aussi complète et aussi extraordinaire que celle du cirque parce que tous les ingrédients de l’art y sont présents. La danse, la comédie, le mime, la musique, la performance, le défi aux lois de l’apesanteur, le défi aux lois de l’équilibre, les relations entre l’homme et l’animal, c’est un monde extraordinaire.

B .L: Mais c’est aussi parce que le cirque ne sait plus attirer son public.

A.G : Non parce que le cirque a été complètement dénaturé que ça a été un moyen lucratif extraordinaire pendant des décennies et des décennies. Comme tout ce qui est lié à l’argent, l’argent ne favorise pas tout. Maman disait que c’était bien pratique pour faire les commissions et je suis tout à fait d’accord avec elle ! L’argent est un élément qui est indispensable dans notre société d’aujourd’hui, je ne vais pas vous dire que je n’aime pas le pognon, comme tout le monde, on en a besoin ne serait-se que pour payer les 300 tonnes de pailles et de foin pour nourrir mes chevaux toute l’année !

B.L : Oui mais ce que j’ai pu voir, moi je suis une grande fan de cirque, j’ai pu voir des

A.G : bah pas moi, moi je ne suis pas un fan de cirque.

B .L: Et alors ?

A.G : Je vais voir tous les cirques et à chaque fois ça se résume sur un produit de consommation qui ne correspond plus du tout au milieu dans lequel j’ai été élevé !  

B .L: C’est là où je voulais en venir. Qu’est ce qui s’est passé ?

A.G : Bah qu’est ce qui s’est passé ? Ca a été dénaturé par ce que je viens de vous dire.

B.L : Oui mais alors comment on fait la différence ?

A.G : Il y a eu cette grande époque d’occupation d’avant guerre et d’après guerre, ca a été un moyen de propagande quand même extraordinaire ! Encore aujourd’hui ! Prenez l’histoire du cirque telle qu’elle a été faite, je ne vais pas parler de Franck Honni ou de Asnier, mais je vais parler du début du siècle, le cirque en Europe a été un moyen de propagande extraordinaire.

B .L: Quand vous parlez de propagande qu’est ce qui s’est passé concrètement ?

A.G : La condition physique d’un être humain est un moyen de propagande pour valoriser le pays dans lequel il est. Pourquoi quand vous regardez aujourd’hui le match Om-Paris Saint germain, les gens s’entretuent ? Vous trouvez que c’est normal ?

B .L: Comment on peut maintenant faire la différence entre le cirque Bouglione, le cirque Grüss, le cirque du soleil, le cirque qui vient en bas de chez nous et qui pose son petit chapiteau, comment on fait la différence ?

A.G : Vous avez deux cirques au monde dans lesquels je peux faire mon spectacle d’aujourd’hui, et eux peuvent faire leurs spectacles dans le mien. C’est Knie en Suisse qui est une famille, une dynastie en faite et Krone en Allemagne. Ce sont les deux seuls cirques au monde dans lesquels je prends mon spectacle que je fais aujourd’hui et que je peux présenter chez eux, du reste je l’ai fait. Et il n’y a pas un autre cirque dans lequel je peux produire mon spectacle, parce qu’on a dénaturé la forme et on a dénaturé la matière. La terre et la sciure c’est un espace infini. Vous pouvez tout y faire, parce que c’est prévu pour l’homme et aussi pour l’animal, et il y a ces deux espaces extraordinaire sous un cirque comme son nom l’indique qui est de forme circulaire. L’espace aérien, et l’espace au sol. Et si vous faites, je ne vais pas faire de la philosophie ou… Mais si vous regardez bien les deux espaces, c’est un lieu extraordinaire, magique.

B.L : Ca on l’entend, mais qu’est ce qu’il y a de plus dans votre spectacle ?

A .G: Parce qu’ils le vendent, eux il disent que c’est magique, moi quand je vais au cirque du soleil, je trouve une machinerie somptueuse, avec une parfaite organisation, une parfaite… pour nous, mais ça c’est l’homme, l’humain qui est au service du spectacle, c'est-à-dire que la technique à pris le pas sur l’humain.

B.L : Alors chez vous ?

A.G : Alors que chez Knie ou chez Krone c’est encore la technique qui est au service de l’homme. Mais la technique peut être au service de l’homme que si l’homme sait faire des choses. Comment voulez vous aujourd’hui retransmettre des choses, on parlait de l’école du cirque, comment vous pouvez retransmettre une chose que vous n’avez pas apprise ? Dans notre métier c’est impossible.

B.L : Oui mais les gens aujourd’hui

A.G : L’autre jour, excusez moi de vous interrompre, l’autre jour j’ai un musicien qui est venu remplacer un autre musicien, et vous savez ce que je lui ai dit parce qu’il a tellement mal joué, parce qu’on ne peut pas s’improviser même si on est un très bon musicien. Demandez à Monsieur Maurice André ce que s’est 86 partitions qu’il faut tourner pendant un spectacle de deux heures et demies. En passant du classique au jazz à la musique latino et etc. etc. C’est impossible de le faire si vous ne l’avez pas appris, même le meilleur des musiciens. Et j’ai dis au musicien écoute je suis désolé mais si tu avais été trapéziste tu serais mort aujourd’hui.

B .L: Qu’est ce qu’il a dit ?

A.G : Il a ricané, parce qu’il croit qu’il est musicien, il n’est pas musicien, il y a des gens qui font de la musique, il y en a d’autres qui le sont ! Il y a des gens qui font le clown, il y en a d’autres qui le sont. Vous remarquerez qu’il y en a beaucoup plus qui le font que ceux qui le sont ! Dans tous les domaines que ce soit !

VERY NET PARTIE 2 : 14min03

B.L : Qu’est ce qu’il apporte de plus votre spectacle que l’on peut découvrir jusqu’au 7 mars 2010 ?

A.G : Je crois que c’est le fruit d’un travail collectif et d’un ensemble d’ingrédients, d’un arrangement musical absolument incroyable, qui a été faite aussi collectivement par tout l’orchestre, il y a des créations musicales. Les arrangements sont sublimes, la formation tourne admirablement bien, et les couleurs que l’on retrouve à travers ce spectacle, c’est tout ce que nous nous aimons. Et quand vous faites quelque chose que vous aimez, forcement vous arrivez à le retransmettre aux autres. Et je crois que la musique latino américaine, tout le monde est sensible à ce type de musique parce que c’est des musiques qui viennent de la souffrance. C’est curieux parce que l’art

B.L : Comment on créé ? Comment on créé un nouveau spectacle ? On se reveille un matin on se dit j’ai envie d’écrire ça, ca va ressembler à ca

A.G : Comment on fait pour avoir des idées, c’est le 36ème parce que le premier est né en 74 dans la cours de l’hôtel Calé, comment vous faites pour avoir une idée à chaque… bah suffit d’y penser c’est tout ! Ce n’est pas compliqué ! Et d’avoir une expérience, d’aller voir les autres, de s’inspirer de tout. On invente rien aujourd’hui rien, il y a longtemps que tout a été fait. Mais la manière d’accommoder les choses, de les assembler, la manière de… le temps qu’on choisit, après il y a les costumes, il y a les ingrédients de base. Il y a les animaux, il y a les rythmes, il y a tout un tas de…

B.L : Quels genres d’animaux on peut trouver chez vous ?

A.G : bah chez nous c’est des chevaux.

B.L : exclusivement ?

A.G : exclusivement, bah il y a un éléphant, parce que je trouve que l’éléphant asiatique, je ne parle pas de l’Africain, est comme le cheval, c’est un animal qui a été domestiqué en Inde depuis 5000 ans aussi et qu’il a tout à fait sa place dans un espace comme le notre. Et on s’aperçoit que l’éléphant, le travail qu’il fait cette année c’est une merveille. Alors là aussi on est dans une société où les gens se rassemblent contre. Moi je pense que l’on devrait se rassembler pour. Pour l’éducation, pour la formation, pour la découverte, pour faire les choses ensembles, pour se serrer les coudes.

B .L: Mais à quoi vous pensez quand vous dites qu’on se rassemble contre ?

A .G: Bah toutes les associations, les fondations qui se dressent contre quelque chose, comme la fondation Bardot ou la SPA, alors que quand on gratte un peu derrière on sait ce qu’il y a.

B.L : Qu’est ce qu’il y a ?

A.G : Bah il y a que c’est des associations à but non lucratif qui sont soit disant au service des animaux et depuis le temps qu’ils touchent de l’argent moi je n’ai pas vu d’amélioration dans le, dans l’accueil des chiens abandonnés et autres ! Ils sont toujours derrière des barreaux en fer et toujours de la même couleur.

B.L : Alors que vous ce que  vous dites c’est finalement

A .G: pardon ?

B .L: Ce que vous dites vous c’est que chez vous vos animaux sont

A .G: bah je m’en occupe en tous les cas moi je m’en occupe ! Et toute l’équipe encore à l’heure où je vous parle, c’est un travail énorme, énorme quotidien, tous les jours, tous les jours, tous les jours !

B .L: Combien de personnes travaillent pour vous ?

A .G: là aujourd’hui on doit être, les jours de spectacles comme aujourd’hui on est 80 à peu près. 80 et le noyau permanant c’est un peu plus de 50 personnes.

B .L: Quand je dis on travaille pour vous, on travaille pour vous ou avec vous ? C’est vous le chef ?

A .G: Non on travaille tous ensemble.

B .L: Il y a un chef ?

A.G : Oui faut un chef d’orchestre pour donner le mouvement, l’harmonie de l’ensemble, mais aujourd’hui il y a des relais aussi parce que Stéphane lui c’est le chef de toute l’organisation spectacle musique lumières etc. et il travaille avec d’autres chefs, comme la chorégraphe ou l’éclairagiste qui fait les éclairages pour tel ou tel morceau, ou alors le chef d’orchestre qui doit avoir des conventions très strictes sur tel et tel moment, les volumes sonores, les rythmes, tout ça. Et à chaque fois on trouve quelqu’un qui est responsable de sa partie. Du reste un spectacle ce n’est jamais l’œuvre d’une seule personne. Ceux qui se ventent d’être le chef d’orchestre de tout un spectacle se trompent, il y a toujours quelqu’un à côté.

B.L : vous avez des regrets aujourd’hui ?

A.G : Jamais, vraiment je n’ai jamais regardé derrière et pour moi le passé est un trampoline, et je ne m’en sers pas comme sofa.

B .L: Et vous utilisez parfois le sofa ? On a du mal à vous imaginer sur un sofa Alexis Grüss.

A.G : Bah parce que c’est l’immobilisme, je suis pour le mouvement. Je vous l’ai dit tout à l’heure. On a vécu des moments, quand on peut plus se lever c’est dramatique. Et les gens qui n’ont pas la force de se lever mettraient tout ce qu’ils ont pour pouvoir se mettre debout. Alors que ceux qui sont debout n’ont qu’une idée en tête c’est se coucher. Moi je trouve ça complètement…  Pour moi les choses c’est qu’est ce qui vous donne la vrai valeur des choses c’est là où je dirais que la chose la plus importante que l’humanité a vécu au début du siècle dernier c’est la disparition du cheval à la fin de 1900. Parce que le cheval était le vrai moyen de référence sur l’effort, sur la communication sur les relations humaines, sur la solidarité, sur le temps, sur tout ça !

B.L : On a compris que vous avez une vraie passion pour le cheval et les chevaux en règle générale.

A .G: La passion, vous savez que la passion, vous connaissez le mot

B .L: dites nous ?

A .G: La passion du christ c’est la mort.

B .L: Vous aimez les chevaux jusqu’à en mourir ?

A.G : j’aime ma famille jusqu’à en mourir. Les chevaux ça vient après. Parce que ça c’est dans l’ordre, je ne vous raconte pas d’histoire. Quand on a perdu notre chapiteau en 99, il y avait 1 ma famille, 2 mon personnel toute mon équipe, et 3 mes chevaux. Même si sentimentalement comme disait l’autre, la reconnaissance est une maladie des chiens qui n’est pas transmissible à l’homme. Ca je ne m’en occupe pas. Et en plus de ça j’ai des chiens à moi qui ne sont même pas reconnaissant du tout alors comme ça c’est clair ! J’en ai un c’est un Jack Russel vous lui donnez un morceau de, une récompense, et une fois qu’il a pris la récompense il peut vous mordre le doigt, il le fait ! Il y a des hommes qui font ça aussi ! Et des femmes aussi, parce que de ce côté-là vaut mieux mettre les deux. Vous avez un sacré rôle dans notre vie !

B.L : Vous trouvez ?

A.G : Oh ce n’est pas que je trouve.

B.L : C'est-à-dire ?

A .G: Bah la femme a toujours eu un rôle déterminant, pour une bonne raison, c'est-à-dire que c’est elle qui donne la naissance et elle sait très bien s’en servir jusqu’au bout ! J’ai découvert ça en plus ça s’est vraiment concrétisé à mon retour d’Argentine. Quand j’ai assisté à des soirées dans des endroits un peu… très tango voyez ! Si vous voyez les relations hommes femmes dans une boite où l’on danse le tango fait par des argentins vous comprenez pleins de choses.

B.L : Qu’est ce que vous avez compris ?

A .G: Bah j’ai compris qu’elle nous donne l’impression  que c’est nous qui menons la danse, mais c’est tout à fait le contraire.

B .L: Et ca ça vous fascine ou ça vous fait peur ?

A.G : Non ça me fascine. Ca me fascine. J’avais répondu aussi dans ces questions réponses, elle me dit « vous seriez une femme vous seriez qu’elle femme ? », j’ai répondu « Amélie Mauresmo », et elle me dit « pourquoi ? », je lui ai dit « parce qu’on a un point commun, j’aime les femmes aussi. » (rires)

B.L : Vous risquez sans conviction, c’est ce que j’ai pu lire dans votre cv, vous vous risquez sans conviction dans la cage aux fauves, et vous vous faites manger le cœur par Gipsy Bouglione après une longue traque. « elle était dans son cirque et moi dans le mien, elle m’a fait courir pendant plus de 8 ans ! »

A.G : oui !

B.L : et la suite après

A.G : Parce que, je l’ai dit dans thé ou café l’autre jour, dans la question dos à dos, elle me dit « pour vous le plus beau jour de votre vie ? », j’ai dis « c’est le jour où elle m’a dit oui »

B.L : Vous avez célébré votre mariage sur la piste du cirque d’hivers.

A.G : oui le 9 février 70.

B.L : Là c’était le plus beau jour de votre vie ?

A.G : J’en ai eu pleins d’autre mais c’est celui que j’ai mérité le plus dans tous les cas ! (rires) parce que chez nous 8 ans de fiançailles, c’était 8 ans de fiançailles, et ça ca faisait partie de mon éducation et de la sienne.

B .L: Quand vous parlez de votre travail de votre passion, de votre famille, vous êtes animé. Il y a une flamme en vous. Vous vous en rendez compte de ça ou ?

A .G: Non, non parce que j’aimerais que les autres partagent ces moments là, mais le partage, il faut toujours… On ne sait pas pourquoi c’est comme ça

B .L: Si on peut savoir, on peut avoir une soif de reconnaissance par exemple. On peut avoir une soif d’envie de donner aux autres. On a toujours une motivation.

A.G : Oui mais c’est toujours une partie de tennis, ca vous revient tout le temps. Il faut toujours donner, c’est une règle dans le cirque. La définition de l’art, le travail effacé par le travail ce n’est pas un hasard. Ca c’est une chose qui m’est venue très vite, surtout après la répétition de Karajan.

B.L : Quel est votre plus joli défaut ?

A.G : Comme tout le monde

B .L: Ah non ne dites pas ça, vous n’êtes pas comme tout le monde vous le savez très bien.

A.G : J’ai un peu tendance à m’emballer, j’ai peut être tendance à être peut être un peu trop coléreux, j’aime le plaisir et ça j’ai aussi du mal à me maîtriser un peu, je suis comme tout le monde. Il y a… quand on parle des animaux, quand on parle des hommes, quand on parle de la nature, pour moi tout passe par l’éducation.

B.L : Là vous me parlez des autres encore, parlez moi de vous !

A.G : C’est compliqué de parler de moi ! Je n’ai pas très envie moi !

B .L: C’est bien justement ! (rires)

A.G : je n’ai pas très envie, je ne suis pas une référence particulière.

B .L: Et alors la dernière question qui va vous concerner quand même un peu ! Quel est le mot que vous adorez entendre à votre sujet ?

A.G : L’homme des chevaux. Une fois on m’avait dit Centaure, mais j’ai dit 99 peut être mais pas cent. (rires) En plus c’est un personnage le centaure.

B.L : Est-ce que le fait que l’on reconnaisse que vous êtes un professionnel et que vous allez au bout des choses et que le travail est bien fait parce que justement

A.G : vous voyez vous dite encore que c’est vous qui décidez alors à l’instant !  Le fait que l’on reconnaisse, c'est-à-dire que vous pouvez faire ce que vous voulez, tant que les autres n’ont pas reconnus vous n’êtes rien ! C’est les autres qui décident tout !

B.L : Je suis votre logique finalement.

A .G: Oui parce que si je suis là c’est grâce à vous et si on échange quelque chose c’est encore grâce à vous. Et c’est vous qui me mettez dans cette situation là, ce n’est pas moi.

B.L : Mais vous l’avez accepté ceci dit.

A.G : Je l’ai accepté parce que vous êtes très sympathique.

B.L : (rires) c’est une douce manière de me dire que

A .G: Non, non, non, sinon moi je n’ai pas l’habitude de perdre du temps. Et vous l’avez remarqué ça, pour moi le temps est fondamentale. Et j’ai un petit parcours de combattant là, depuis le 23 avril 1944, vous savez quand même que c’est la Saint Georges ? En 44, le 23 avril. Et vous savez qui est né le même jour que moi, vous ne l’avez pas dit !

B .L: Non dites moi ?

A.G : Shakespeare !

B.L : ah oui ?

A.G : oui !

B.L : Et ca c’est flatteur ?

A.G: Oui j’aime bien ! Ca m’embête qu’il soit anglais ! (rires)

B.L : pourquoi ?

A.G : parce que j’aurais préféré qu’il soit français. Parce qu’il a dit une chose extraordinaire, c’est être ou ne pas être là est la question. Et ca c’est une vraie question et quand vous vous regardez dans la glace le matin vous ne pouvez pas vous mentir. Et j’ai remarqué qu’on ne pouvait pas se regarder dans les yeux, on se voit toujours qu’un œil à la fois, on ne peut pas voir les deux et ça ca m’emmerde !

B .L: Donc vous croyez que finalement il y a une part de mensonge quand on se regarde dans la glace ?

A.G : Mon père avait une phrase formidable, la première fois que j’ai discuté avec quelqu’un d’affaires. Alors il me laisse discuter, j’abrège parce que c’était un spectacle de magie il venait de l’Olympia et nous on venait de démarrer avec le premier cirque Grüss, parce que celui qui a mit l’enseigne Grüss sur une caravane et sur des affiches, c’est mon père et moi, les autres s’appelaient Grüss et Janet il y a eu une association merveilleuse qui a donné le Radio Circus qui a donné tout ça, mais la première étiquette Grüss seule c’est moi qui l’ai mis. Et un peu contre l’avis de mon père qui avait l’habitude de louer des enseignes, comme Radio Circus, Medrano, Jean Richard, Achille Zavatta, le Grand Cirque de France, Sixty Circus etc. etc. Et donc ce type me propose une affaire, et le type s’en va. On se sert la main, et mon père me dit « qu’est ce que tu en penses ? » je dis « ça me parait intéressant. » et il me dit comme ça « tu as vu sa tronche ? » « oui » « tu as bien regardé sa tronche ? » « oui papa » « regarde le bien parce qu’il est tellement faux cul que sur sa gueule sa devient de la franchise. ». Quand vous avez été élevé par un père qui devait être issu des Audiard et tout ça, un vrai un authentique ! Il n’y a pas de boniment là ! Le mot de ma mère après la tempête de décembre 99, il y avait eu le pétrolier qui s’était échoué sur les côtes, nous plus de chapiteau, une catastrophe nationale, même voir internationale. Et un jour je suis un peu abattu, je rentre dans la caravane je voyais ma mère, elle me dit « tiens je vais te montrer un truc que j’ai dans mon portefeuille depuis des années », elle sort un bout de papier écrit de sa main, je ne sais pas où elle a trouvé ça, il y avait marqué : si tu cueilles une fleur sur la terre tu déranges les étoiles. Voilà dans quel monde j’ai été élevé.

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