Annie Girardot Selon Léo Bardon

Very Fan (son enchère)

"Quand Annie a vu ce tableau elle a crié : j'en veux un !"

  • Léo Bardon souhaite mettre aux enchères un des tableaux préféré d'Annie Girardot, l'enchère commence à 10 euros. Par cette enchère, il a choisi de mettre en avant la Fondation IFRAD. Cette fondation est dédiée à la recherche sur la maladie d'Alzheimer, elle a été créée en 2004 pour promouvoir un projet ambitieux destiné aux chercheurs du monde entier : constituer une Banque Tissulaire Nationale, comprenant une Banque des Cerveaux.

En bref

Annie Girardot Selon Léo Bardon Annie Girardot Selon Léo Bardon
  • Nom, Prénom : Annie Girardot Selon Léo Bardon
  • Date de naissance : 25/10/1931
  • Lieu : Paris
  • Signe : Scorpion
  • Profession : Comedienne
  • Site internet : Accéder à son site

Son enchère

Son tableau préféré

Au profit de l'association :

Cette enchère s'est terminée à 65€.

Interview scriptée

VERY FAN (SON ENCHERE) : 2M26

B .L : Léo Bardon, vous avez été pendant de nombreuses années l’assistant personnel d’Annie Girardot, vous le savez, il est maintenant l’heure de nous offrir un objet aux enchères. Alors vous allez nous expliquer pourquoi vous avez choisis cet objet. Et puis surtout vous allez pouvoir aider une association. Moi j’ai une petite idée de l’association que vous avez choisie !

L.B. : C’est une fondation !

B.L : Je rappelle que votre livre est Annie te souviens tu, paru aux éditions Michel Laffont, en hommage à cette grande comédienne française qui est Annie Girardot, qui a aujourd’hui la maladie d’Alzheimer. Alors on va peut-être commencer par découvrir l’objet que vous avez choisis.

L.B : Alors je vous ai amené ce petit tableau. On le voit bien la ?

B.L : Donc là on se dit : ah tient c’est Annie qui a peint ce tableau !

L .B: Et bah non ! C’est Annick, mais pas Annie ! C’est Annick ! Enfaite ce tableau a une petite histoire parce que d’abord ça rappelle il y a 4, 5 ans, de vacances passées à la maison chez mes parents, parce que moi je suis de la région de Bretagne. On est pas bigoudens nous, on est plus dans le sud. Et c’est vrai que quand Annie la première fois qu’elle a vu ces tableaux là elle s’est écriée : « j’en veux un ! », et donc on lui en a pris quelques uns ! Voilà, et enfaite la personne qui les fait, c’est une de mes relations, une de mes amie et ça me rappelle vraiment, ça me rappelle… il y a pleins de choses que ça me rappelle, ca me rappelle la Bretagne, ça me rappelle la maison, ça me rappelle comment ça se passait avec mes parents. Les bords de mer etc etc…

B.L : Mais qu’est ce qui lui plaisait à Annie Girardot dans ce, dans cette œuvre ?

L.B : Bah je pense que ce sont les bigoudènes qui sont sur un vélo solex et qui arpentaient les plages ! Enfaite elle trouvait ça un peu fou ! Les bigoudènes à solex c’est monstrueux ! 

B.L : Alors vous le savez, c’est vous qui allez déterminer le montant de base de l’enchère.

L.B : bah enfaite, une minute pour la fondation, c’est 10 euros. Donc voilà on va commencer à 10 euros.

B.L : a 10 euros. Alors quelle est cette fondation ?

L.B: la fondation c’est l’IFRAD. Donc la fondation qui s’occupe de la recherche pour les maladies neurologiques et c’est beaucoup d’argent.

B.L : Chaque minute compte avec Alzheimer.

L .B: Bah oui, et ça coûte très cher ! la recherche coûte très cher !

B.L : à combien pour la fondation ?

L.B: A non 10 000 c’est bien ! 10 000 c’est bien !

B.L: Adjugé vendu, je vous le souhaite en tout cas ! Merci beaucoup Léo Bardon !

L.B: Bah j’espère !

VERY LIFE (SON ENFANCE, SES PASSIONS, SES ENVIES) : 15MIN31

B.L : Léo Bardon bonjour,

L.B : Bonjour

B.L : vous avez été pendant de nombreuses années l’assistant personnel d’Annie Girardot , vous avez écrit un livre sur ce sujet et c’est aussi un hommage à sa mémoire qui s’envole, parce que l’actrice est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Votre ouvrage s’apelle Annie te souviens-tu … ? aux éditions Michel Laffont. Je vais commencer cette interview en  vous remettant votre journal de naissance.

L.B : Merci

B.L : Ca c’est pour vous ! Mais également celui d’Annie Girardot

L.B: Ah formidable merci !

B.L: Donc à l’intérieur vous y découvrez les événements qui ont marqués les années de la naissance d’Annie, et la votre également. Alors vous vous êtes né le 13 octobre 1965 à Asnières. Et cette année là Annie Girardot a 34 ans, et déjà une grande carrière à son actif. Après son interprétation de la machine à écrire en 56, est ce que vous vous souvenez ce que Jean Cocteau a dit, à déclaré sur Annie Girardot ?

L.B: Non mais je pense qu’il a du dire que c’était déjà une grande.

B.L : C’est ça ! il voit en elle enfaite le « plus beau tempérament dramatique de l’après guerre ».

L.B : Ah oui exact !

B.L : vous qui l’avez côtoyez, est ce que vous voyez et vous avez vu ca tout de suite, ou est ce que c’est au fil des ans des années des mois passés avec elle que vous vous êtes dit : mais cette femme là !

L.B : Non parce que quand j’étais petit je regardais beaucoup la télévision, parce que j’ai la chance d’avoir des parents qui acceptaient que je regarde la télévision. Donc à l’époque c’était en noir et blanc, et il y avait beaucoup de films d’Annie qui passaient. Et moi j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait sans savoir exactement, parce que je ne comprenais pas très bien j’étais vraiment tout petit, sans savoir exactement ce qu’il se passait dans ce film. La seule chose que je savais c’est que c’était drôle ! Donc je rigolais, j’aimais ça. Mais j’aimais bien, je pense son caractère déjà. Parce qu’elle avait déjà un caractère bien trempé !

B.L : Bien trempé ! On va en reparler bien évidemment ! Alors Annie Girardot est née à Paris en 1931 le 25 octobre, précisément. Alors elle suit d’abord des études d’infirmière à Caen. Est-ce qu’elle vous soignait, est ce quelle avait comme ça des restes de cette période d’infirmière ?

L.B: Non mais par contre elle avait quelque chose de très drôle c’est que si on se faisait mal, elle disait « attends je vais tout de suite à la pharmacie te chercher quelque chose ! »

B.L: Et elle le faisait ?

L.B: Bah non, parce que ça ne se servait à rien, c’est une petite coupure, ce n’est pas grave ! Mais c’était un reflexe c’est vrai !

B.L : Elle maternait un peu les gens qui l’entourait ?

L.B : Oh oui complètement !

B.L : Elle a été élève au conservatoire, elle apparaît certains soir dans des cabarets, sous un pseudo. Vous vous souvenez de ce pseudo ou pas ?

L.B : Euh … non !

B.L : Alors il y a eu Annie Girard ou encore Lapin Agile !

L.B: Ah non le lapin agile oui ! Parce qu’elle était au lapin agile ! Parce que c’est un cabaret le lapin agile !

B.L: Exact !

L.B:  Oui oui c’est vrai ! Mais je ne savais pas que c’était un pseudo !

B.L : Et est ce qu’elle était un peu filou, est ce qu’elle était… est ce qu’elle était un peu rigolote à chaque instant, avant justement d’être malade, on parlera bien évidement de sa maladie bien évidement et de votre ouvrage.

L .B: Enfin elle l’était, même en étant malade elle rigolait.

B.L : Oui..

L.B : Oui

B.L : Elle avait un caractère joyeux ? Elle était…

L.B: Toujours !

B.L: Alors elle tournera avec les plus grands Jean Gabin, ou encore Jean Marais. Euh est ce qu’elle vous confiait justement, quand vous l’avez rencontré, ses histoires, son enfance, sa vie passée ? Ou alors elle était vraiment ancrée dans le présent ?

L.B: Euh bah elle nous parlait bien sur de ce qui la traumatisait, je pense c’est la guerre. Parce que ca c’est quand même un traumatisme important ! Euh Ensuite par rapport à sa carrière, j’entendais souvent parler de Cocteau, de Jean Marais, Gabin, Louis de Funès, Alain Delon…

B.L : Et elle vous racontait des scènes croustillantes de cette époque là, ou alors elle, elle …

L.B : Alors De Funès, dès qu’elle le voyait elle se marrait déjà avant de le voir. Alors nous on se disait mais pourquoi ! Et elle nous disait « ah bah tu ne sais pas tout ce qu’il ma fait ! qu’est ce que j’ai rigolé pendant le tournage ! ». Il parait que ça a été quand même un tournage où ils n’ont pas arrêtés de reprendre des scènes tellement ils étaient écroulés de rire quoi ! Donc c’es tout enfaite. Parce qu’elle avait quand même une certaine intimité. Quand elle parlait de Cocteau ou Jean Marais, elle en parlait mais c’était avec intimité, c’était vraiment très intime ! Ca n’allait jamais très loin, elle disait « Cocteau, c’est quelqu’un de formidable, d’extraordinaire, de grand, c’est lui qui ma découverte » voilà. Justement on parlait de la machine à écrire. Donc c’est important de parler de ça, mais ca n’allait pas très très loin.

B.L : Elle ne développait pas forcément…

L.B : Non parce que c’était ses petits secrets à elle, et puis tant mieux ! Quand elle me parlait de son époux Renato Salvatori, c’est pareil, elle disait que c’était un beau gosse, que c’était un mec bien, mais après on ne rentrait pas dans l’intimité. Je crois qu’on avait pas très envie non plus de savoir. C’est pas très intéressant quoi.

B .L: Quand vous dites on, c’est qui, c’est vous et ceux qui l’entourait ?

L.B: Bah enfaite quand on était à la maison, des fois on était Valéra et moi, Valéra étant la personne qui s’occupait d’Annie aussi. C’ est vrai qu’on essayait pas non plus de chercher quoi. On la laissait. Je crois que c’était une part de rêve, donc on la laissait nous expliquer, si elle avait envie de dire quelque chose elle le disait, et puis si elle ne voulait pas on la laissait faire.

B.L: Alors elle connait son premier triomphe en 74, vous souvenez vous du titre de ce premier triomphe ? Pour vous mettre sur la voie, elle reprendra régulièrement ce rôle là, c’est même son rôle fétiche

L.B: Madame Marguerite

B.L : Oui et préféré jusqu’en 2002. Alors au cinéma

L .B: Elle avait fait entre temps la Machine à Ecrire aussi !

B.L : Oui oui je vous en ai parlé de la machine à écrire tout à l’heure, et c’est à ce moment là justement que Cocteau a trouvé que c’était le plus beau tempérament dramatique de l’après guerre !

L.B : Ah oui !

B.L : Alors au cinéma elle est l’actrice française la plus populaire des années 70. Vous vous ne l’avez pas connu à cette période là.

L.B: Non je la regardais !

B.L: (rires) oui oui en effet ! Alors elle alternait comédies, mélodrames. Et grâce à elle et à Philippe Noiret, surgit l’une des comédies les plus réussies de cette époque, là nous sommes en 71 et le film s’appelle ?

L.B: La vieille fille !

B .L: Les vieilles filles oui !

L.B: LA vieille fille !

B.L : la vieille fille pardon, exactement ! Vous l’avez vu celui là ?

L.B : Oui ! Et puis l’histoire est assez étrange parce que Jean Pierre Blanc… On était invités à une soirée et un jour Jean-Pierre Blanc vient me voir, et il me dit « excusez moi, est ce qu’il serait possible que je puisse parler à Madame Girardot ? ». Je dis « oui vous vous appelez comment ? ». Il me dit « Jean-Pierre Blanc ». je lui dis « Monsieur Blanc, vous n’allez tout de même pas me demander à moi si vous pouvez parler à Annie ! Allez s’y je vous en prie ! » Et ils se sont retrouvés tout les deux Annie lui a dit, enfin Jean-Pierre lui a dit « je suis Jean-Pierre Blanc ». Annie alors là grand sourire !

B.L : Elle était malade là déjà ?

L.B: Euh non mais elle ne commençait quand même à ne plus reconnaître les gens, certaines personnes. Et alors là elle le regarde et elle dit « Qu’est ce que je suis heureuse de te revoir ! » Et ils s’assoient tous les deux, on les a laissé vraiment, et ils se sont racontés des trucs mais pendant des heures et des heures ! Je ne sais pas ce qu’ils se sont racontés, en tout cas ce qui est sûr, c’est qu’ils se sont bien marrés ! Ca c’est vrai ! Et Jean-Pierre Blanc me racontait une anecdote, il me dit « c’est quand même grâce à Annie Girardot que j’ai pu faire ce film ! » et il me dit « parce que je suis arrivé avec mon scénario ». elle la lu, le lendemain elle l’appelle et elle dit : je suis partante ! Et c’était ça Annie ! Vous lui ameniez un scénario, elle regardait, elle le lisait, elle vous disait oui ou non mais c’était illico presto !

B.L: Et si c’était non, c’était un nom définitif ?

L.B: Euh oui généralement oui ! Si elle devait revenir c’est qu’il fallait changer des scènes, c’est qu’il  y avait des choses qui ne lui plaisaient pas, là je sais que pour ce film là La vieille fille, elle a dit oui tout de suite ! Il m’a dit Jean-Pierre « c’est grâce à elle que j’ai fait ce film, c’est grâce à elle aussi que j’ai pu continuer ma carrière ».

B.L : Elle décidait toute seule de ce qu’elle avait envie de faire ou elle s’entourait, elle consultait justement vous par exemple ou sa fille ?

L.B: A l’époque il y avait eu, je crois que c’était l’époque d’Olgar Stieg, c’était son ancien agent très très ancien, ensuite il y a eu José Tarigoni, puis moi dans les dernières années. Euh, c’est vrai qu’elle marchait beaucoup aux coups de cœur, ca c’est sur ! C’est vrai qu’elle avait beaucoup de scénarios ca c’est certain ! Parce que je les lisais presque tous ! Et après il y avait aussi beaucoup de rencontres avec des réalisateurs, des auteurs. Et elle marchait au coup de cœur quoi ! Suffisait que vous lui racontiez l’histoire et que ça lui plaisait, elle était capable de vous dire oui sur ce que vous veniez de dire ! Après le scénario en lui-même c’était autre chose ! Fallait le lire, et puis si ça n’allait pas elle le disait ! Il y avait Dominique Baron qui avait écrit un jour un téléfilm pour elle qui s’appelait L’hôtel des cœurs brisés, rien que le titre ! Elle était folle déjà du film ! Et elle le lit ! et là je la vois, elle tape sur la table et elle dit « Merde ! Ca fait longtemps qu’on ne ma pas écrit un truc comme ça ! ». Donc voilà c’était ça ! Ca c’était Annie !

B.L : Alors vous parliez des scénarios, ça c’est intéressant, parce qu’elle a beaucoup tourné avec Lelouch, et on en reparlera bien évidement ! Parce que c’était une deuxième consécration pour elle, et même une renaissance, mais ça on l’évoquera aussi ! Euh Lelouch on connait ses habitudes, il nous dicte le scénario, on ne le connait pas avant. Qu’est ce qu’il la emmené vers le terrain de Claude Lelouch est ce que vous le savez ça ?

L.B: Non, non mais je pense que c’est une rencontre après aussi, c’est pareil. Je pense que Lelouch a su lui parler etc, et qu’elle a aimé et qu’elle a dit oui et qu’elle a tourné avec. Claude Lelouch c’est quand même un grand cinéaste, il faut… il faut être honnête ! Il ne faut pas dire le contraire !

B.L : Qui compte !

L.B: Comment ?

B.L: Qui compte !

L.B: Oui oui bien sur absolument, qui compte beaucoup dans le cinéma ! La scène qui était la plus importante grâce à ce haut prix qu’elle a eu, donc vous allez surement me parler, c’est effectivement cette improvisation, qui en même temps en dit beaucoup ! Beaucoup sur son tempérament du jour et sur sa façon d’être ce jour là ! Parce que là elle s’est donnée, et en plus elle le dit ! « je vous ai tout donné moi », et c’est énorme cette scène parce que c’était une journée, ou franchement elle ne savait pas trop pourquoi elle était là, qu’est ce qu’elle faisait, elle disait « je veux partir, je m’ennuie » et ca c’est très bien !

B.L : L’ennuie était récurrent chez elle, elle en parle souvent, et elle avait peur de ça ! 

L.B : Oui parce que je pense que elle aimait  que les choses aillent vite, et en même temps il ne fallait pas être pressé. Donc c’est assez bizarre mais c’était comme ça ! Faut que ça aille vite, mais pas être pressé !

B.L : En 77 là c’est la consécration, elle obtient le césar de la meilleure actrice pour Docteur Françoise Gailland. Vous l’avez vu ?

L .B: Oui !

B.L : Qu’en avez-vous pensé ?

L.B: Bah j’ai aimé !

B.L: (rires)

L.B: Ce que j’ai aimé, c’est ce petit bout de jeune femme les cheveux courts, qui jouait le rôle d’un médecin et là elle est énorme dans ce film là parce que… elle est extrêmement émouvante ! En plus c’est une histoire vrai et Annie me disait toujours « j’ai fait ce film parce que, on m’aurait dit qu’elle était morte à la fin, je ne l’aurais jamais fait ».

B.L : Oui donc la lecture du scénario était primordiale pour elle, et surtout une happy end, une fin joyeuse ca ça l’importait !

L.B : Oui, bah elle disait toujours «  moi je ne tuerais jamais personne, je ne veux pas tuer moi, je ne veux pas tuer ». Et je me rappelle un court métrage qu’on nous avait proposé, un long métrage pardon qu’on nous avait proposé, où elle devait avoir un revolver et tuer. Elle a fait changer la fin, « où elle meurt d’une crise cardiaque ou quelque chose, mais c’est hors de question que je la tue ! »

B.L : Et ils l’ont changé ?

L .B: Et ils ont changé ! Bah oui ! Annie Girardot quand même !

B.L : Alors vous l’avez dit, ce qui vous avait fasciné vous, c’est ses cheveux courts, à l’époque c’est sa gouaille et surtout le faite qu’elle représente assez bien les femmes, et le féminisme qui permettent à Annie Girardot et bien d’exploser, de justement la découvrir comme représentante de la gente féminine à travers le cinéma. Vous avez vu ça, même après ?

L.B: Oui. Déjà les femmes dans la rue quand elles s’arrêtent et qu’elles la voient, elles lui disent « vous savez, je vous adore parce que c’est quand même grâce à vous que ça a évolué, que beaucoup de choses ont évoluées. » et ce qui est vrai grâce à elle ! Les cheveux courts par exemple, c’est vrai que, c’était pas commun de voir une femme avec les cheveux courts ! là elle déclenche quelque chose ! Euh quelqu’un qui a du répondre non, là c’est pareil elle déclenche quelque chose ! Elle avait un respect de la femme de toute façon !


B.L: Et elle avait un vrai répondant, une vrai répartie, elle était assez naturelle et spontanée comme femme !

L.B: Oui ça oui ! (rires) ça oui ! Ce que j’aimais !

B.L : A vos dépends ?

L.B : Parce que moi c’est ce que j’aimais, c’est ça que j’aimais chez elle enfaite ! C’est le faite que l’on pouvait rigoler et puis tout d’un coup il se passait un truc et là elle pouvait pêter trois secondes ! trois secondes pas plus ! Mais c’était drôle, parce que j’aimais bien la voir comme ça quand elle se prenait… j’adorais ça !

B.L : Et alors Annie Girardot elle a aussi assumé des métiers d’ordinaires réservés aux hommes, les médecins, les chauffeurs, les taxis, les reporters, les photographes. Ca aussi peut-être que ça a changé la donne. Elle aimait comme ça interpréter des rôles qui ne lui collaient pas forcement à la peau, ou alors dans la vrai vie elle était également comme ça, c'est-à-dire qu’elle pouvait avoir un côté très masculin dans sa manière d’être ?

L.B: Non, ça dépend si masculin ça veut dire je vais te foutre un coup de bourre pif par exemple, oui elle pouvait, parce que des fois elle pouvait le dire !

B.L : Non ça pouvait dire, masculin ça peut dire avoir plusieurs amants par exemple, masculin ca peut dire…

L.B: Je n’ai pas connu ses amants !

B.L: Mince alors on voulait savoir !

L.B: Et bah non vous ne saurez pas, parce que je ne les ai pas connus ! Euh non je pense qu’elle a été une actrice qui a incarné beaucoup beaucoup beaucoup de personnages qui effectivement qui étaient plutôt attribués aux hommes et que d’un seul coup ça a changé la donne et que ce sont les femmes qui sont arrivées et c’est très important, parce que comme vous dites ca a effectivement changé la donne. Je pense que c’est important qu’elle ai fait ça parce qu’elle voulait le faire, elle a, elle avait un respect énorme sur la femme, et un respect aussi énorme sur l’homme, mais si elle disait je vais faire taxi, c’est qu’elle savait qu’elle allait faire taxi ça lui plaisait. C’est le côté se faire taxi, parce qu’elle adorait les taxis !

B.L : Elle répétait longtemps un rôle ? Est-ce qu’elle voulait rentrer dans la peau du personnage, en justement prenant le taxi, en observant comment les hommes étaient, ou alors vraiment elle puisait ça au fond d’elle ?

L.B: Non, c’était une actrice née quand même ! Je crois qu’elle n’avait pas besoin de

B.L : Ce n’est pas vous qui allez dire le contraire en même temps !

L.B: Non, mais je veux dire, je crois qu’elle n’avait pas besoin de jour de répétition ! Vous lui donniez une phrase, elle disait la phrase, vous étiez comme ça ! même ne serait-ce qu’un merci vous étiez capable d’en pleurer ! C’est ça qui était fort chez elle aussi.

B.L : Et est ce qu’elle avait des passions pendant que vous étiez avec elle, en dehors du cinéma et de sa vie professionnelle  et du théâtre ? Elle sortait, elle dansait ?

L.B: Oui elle aimait ça de toute façon ! Si un jour on allait avec elle, et qu’on lui disait : « bon bah écoute on va à tel endroit, c’est une soirée pour ça etc etc ». Il y avait de la musique, bah elle se levait et puis elle dansait, alors ça scotchait tout le monde

B.L: Pourquoi ça scotchait tout le monde c’est son âge qui scotchait les gens ?

L.B: parce que les gens ne s’attendaient pas à voir Annie Girardot danser ! Au milieu d’une piste ! Et puis j’ai une anecdote à Monaco, on est à Monaco, on était invité pour les 50 ans de Télé Monte-Carlo et Bernard Montiel me dit « bon nous alors à une fête à coté est ce que tu veux venir ? » je dis oui oui ! Et Annie entend ! Elle me dit « ah bon mais on va faire la fête où ? »Et Bernard me regarde, et il me dit, et je dis si on va l’emmener avec nous ! Donc du coup je lui explique quand même que l’on va dans une discothèque. On arrive dans la discothèque. Vous avez Isabelle Adjani qui est jusque là, il y a Anne l’assistante de Bernard et il y a… je ne me souviens plus de son prénom Benguigui . Ca va me revenir qui était assis là. Et à un moment je dis comme ça « mais tu vas voir dans 5 minutes elle se lève et elle va danser ! » et puis comme la musique devenait par être de plus en plus forte et euh… C’était même très fort ! Je la vois qui se lève qui va au milieu, et qui va danser. Je vois Adjani, je vois tout le monde qui me regarde comme ça ! je dis « je vous avais prévenu ! »Ca c’était évident !

B.L : Elle avait quel âge à ce moment là ?

L.B: Et bah c’était en 2004

B.L : Elle était déjà malade

L.B: Oui.

B .L: Et pourtant elle avait quand même envie de faire la fête, elle avait quand même envie d’exister, d’être entourée, d’être aimée.

L.B: Ah oui ! Oui complètement ! Non et puis c’était important pour elle je crois de montrer que tout allait bien aussi.

B.L: Et tout allait bien ?

L.B: Oui, oui non faut être honnête. Par contre parce que je crois qu’on a fait en sorte que ça aille bien…  Après les autres problèmes, les problèmes, je pense qu’on essayait de pas trop lui expliquer, de lui dire. Ca ne servait à rien d’en rajouter quoi je veux dire…

VERY INSPIRE (SON IMAGE EN DESSIN) : 1MIN33

B.L : Léo Bardon vous qui avez bien connu Annie Girardot, puisque vous avez été son assistant personnel pendant de nombreuses années, vous avez dû partager des moments avec elle. Est-ce quelle savait dessiner, est ce qu’elle aimait l’art ? Est-ce qu’elle crayonnait un peu ?

L.B : Non, elle écrivait oui.

B.L : Et vous ?

L.B: Moi je ne sais pas dessiner !

B.L : Et bah ça tombe bien parce que c’est ce qu’on va vous demander de faire !

L.B : Chouette !

B.L: Ca vous mets à l’aise, vous êtes content ?

L .B: Je cache ma joie !

B.L : Enfaite l’idée c’est que vous puissiez nous dessiner Annie comme vous l’imaginez, comme vous la rêvez, comme vous la connaissez… Peut importe si vous avez envie de dessiner autre chose que un visage, vous faite comme vous voulez je me tais. Par contre vous vous pouvez parler !

L.B : je ne sais pas si on va très bien comprendre ce que c’est ! Je ne crois pas enfaite ! Un soleil !

B.L : Alors maintenant je vais vous demander de signer votre œuvre, qu’on ne vendra pas aux enchères parce que là ça ne nous rapportera rien, non je plaisante ! je plaisante (rires) !

L.B : Merci ! je savais que j’avais des amis !

B.L : Je vais vous demander, de vous décaler, de vous reculer et là on va voir votre œuvre, encore, encore et là on la voit très bien à l’image. Donc ça pour vous c’est Annie Girardot ?

L.B: Ce n’est pas Annie Girardot, c’est un rayon de soleil !

B.L: c’est la manière dont vous l’imaginez, merci en tout cas !


VERY OFF : 2MIN30

B.L : Alors par contre, on va démarré quand je vous le dirais parce que

voix off : par contre je vais te mettre là Bérengère !

B.L : Là ?

( Un verre se casse )

B.L :  c’est pas grave !

L.B : Je croyais que ça allait jusqu’au bout ! Merde ! parce que je voulais cacher le verre, pour pas

B.L : Non mais il n’y a pas de soucis !

L.B: C’est du verre blanc ? Ah bah non c’est du verre

B.L: Non mais ils nous détestent déjà ici alors !

L.B: C’est vrai ?

B .L: Non non je plaisante !

L.B : La honte !

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L.B: Moi ce qui me manque, c’est qu’elle ne fasse plus rien enfaite. C’est ça, ça me manque le fait qu’elle ne soit plus dans son élément

B.L : Ce qui est horrible c’est que l’on parle d’elle au passé et qu’elle est encore là quoi, oui mais d’un certaine façon en même temps elle n’est plus là quoi !

L.B: Le problème c’est qu’elle nous a quitté, mais à sa façon !

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L.B: Ca va vous couter cher hein Monsieur !

voix off : vous regardez l’objectif

L.B: Mes chers compatriotes ! Je voulais vous dire ! ( il imite Chirac )

B.L : C’est ça qu’il faut faire !

L.B: qu’à compté de ce jour, Maman et moi ! Moi j’adore Chirac, Chirac ma toujours fait rire ! c’était pas un mauvais président. Mais c’était une bonne pate. Bon il a pas fait grand-chose pour tout vous dire, faut le reconnaître !

B.L : Là il faut développer alors il a pas fait grand-chose pour ! on veut entendre !

L.B: Non mais c’est vrai que… c’était un bon président ! D’abord je pense que les idées qu’il avait, il les faisaient passer très très bien, et lorsqu’il avait commencé à se battre contre les américains pour qu’ils voulaient rentrer en guerre, il a dit « bah non nous on ira pas. » Ce qui est formidable, c’est qu’il a quand même tenu le petit pays qu’on est, France bien qu’on soit grand, je veux dire qu’il a dit non. Il savait très bien qu’on se mettrait tout le monde à dos ! Mais il ne s’est pas planté ! Il s’est mit tout le monde à dos, et finalement tout le monde avait raison, et s’est mit avec nous ! Non mais ça je pense que c’est très bien, qu’il a fait quelque chose de très bien. Et puis il a inventé l’ANPE et puis il a inventé pleins de trucs ! ( il imite Chirac ) Cela dit je suis parti tout seul ! Il y avait juste un nain de jardin, c’est comment déjà ? Ah oui Nicolas !

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L.B: Un jour elle lui dit « Tiens Annie ( parce que mon ex copain était russe), Annie assis toi sur la chaise euh assis toi sur le chaise » et Annie elle lui dit «  Non LA chaise » « Oui bah c’est pas grave tu mets ton cul quand même ! » (rires)

VERY PROMO : 3MIN52

B.L : Ca y est c’est le grand moment Léo Bardon, vous allez enfin pouvoir nous parler de votre livre. Celui que vous avez écrit en hommage de la mémoire de la femme que vous bien connu, l’actrice qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui est Annie Girardot. Vous avez publié Annie te souviens-tu aux éditions Michel Laffont, pourquoi avoir écrit ce livre ? Ne prenez pas cette question à la légère parce que je veux vraiment avoir de vous un… une réponse profonde. Qu’est ce qui vous a réellement motivé pour écrire cet ouvrage ?

L.B: Je crois que c’est parce que j’avais envie de partager avec d’autre, des moments forts que j’ai eu dans ma vie avec elle, tout simplement. Et en même temps j’avais envie de faire comprendre aux gens qu’est ce que… Ce qui s’est passé réellement parce que j’avais le sentiment qu’en même qu’on a pas été très sincères sur tout, et honnêtes sur tout ce qui s’était passé. Et je sais que certains ne m’en voudront pas, les réalisateurs, par exemple, d’avoir caché la réalité puisqu’ils ont eu tout ce qu’ils voulaient, et tout ce qu’ils aimaient d’elle, et des films qu’elle a fait. Et j’avais aussi envie de parler du manque. Et puis comme je vous le disais il n’y a pas une journée où je n’y pense pas… Soit le soir, soit le matin, ou même ne serait-ce que dans la rue.

B .L: Alors moi je vous interromps, je vais vraiment me faire l’avocat du diable maintenant les détracteurs, les mauvaises langues peuvent dire « bah il a plus de boulot, c’était son assistant »

L.B: C’est déjà fait

B.L : « C’était son assistant, il n’a plus de boulot maintenant, il est comédien aussi, il a peut-être envie de vivre à travers Annie Girardot pour rebondir justement, et faire lui-même sa place dans le milieu du show biz et du spectacle ».

L.B: Bah si j’avais écrit un bouquin sur moi peut-être, ce n’est pas le cas j’ai écrit un bouquin sur Annie. Donc si j’avais voulu écrire un bouquin et que j’avais écrit sur moi, je comprendrais que je voudrais… Non ce n’est pas du tout le cas ! J’ai écrit un livre sur ce que j’ai vécu, sur mes souffrances aussi et sur les souffrances aussi que nous avons tous eu. Et les détracteurs, je dirais personnellement, je les expertori !

B.L: Alors moi je vais défendre votre ouvrage, parce que l’avantage qu’il a en plus de découvrir la carrière de l’actrice, son comportement, sa vie, on découvre la maladie. Vous précisez, quand tout cela commence et puis surtout quel genre de personne la maladie peut toucher.

L.B: Bah ça peut toucher tout le monde, ça peut toucher aussi bien des gens qui sont beaucoup plus jeunes d’abord, parce que moi j’ai dans mon entourage quelqu’un qui a 50 ans et qui est déjà atteint de la maladie d’Alzheimer, qui a la maladie d’Alzheimer. Et effectivement ça peut toucher tout le monde. Ce qui est important, c’est de se dire que sur les 850 mille connus et qui vont avancer dans le temps  parce qu’on annonce un chiffre de plus de 20% d’ici 2013. Ce qui est important c’est que maintenant les gens entendent parler de cette maladie, savent que ce n’est pas quelque chose qu’il faut cacher, dont il faut avoir peur, bien au contraire je crois qu’il faut être solidaire parce que ça peut arriver à n’importe qui et même à nous même.

B.L : Comment ça arrive justement, comment on se prépare à ça ? Comment on est prêts ?

L.B: Bah on ne se prépare pas ! On ne se prépare pas parce que ça nous tombe dessus comme ça et puis voilà je parle pour nous, les médecins eux peuvent diagnostiquer aujourd’hui aux alentours de 30, 40 ans éventuellement si il pourrait y avoir une pathologie plus tard. Vous qui avez l’habitude de vivre toute la journée et de prendre le métro etc, vous avez surement cette maladie donc il suffit de la diagnostiquer pour savoir. Donc c’est pour ça que je dis même si on en parle aujourd’hui beaucoup, ce qui est intéressant c’est de savoir, qu’il y a toujours des gens qui sont là autour pour vous aider. Je ne dis pas que c’est formidable encore aujourd’hui parce qu’il y a encore des choses à faire. Mais que il ne faut pas être seul face à ca. Et que ça peut effectivement arriver à tout le monde.

B.L : Si vous deviez vous résumer votre ouvrage vous diriez quoi ?

L.B: Je pense que… je ne voudrais pas dire que je suis porte parole mais je pense que.. je pense que quand même j’ai fais avancer un petit peu certaines choses peut être.

B.L: Attention vous devenez comme Annie Girardot, vous devenez humble !

L.B: Non je le dis parce qu’avez tous les messages que je reçois , je me rends compte qu’effectivement j’ai du faire avancer, je dirais… le dialogue ! Parce que le dialogue apparemment était un peu bloqué, bouché à certains endroits. Là je pense que j’ai du le faire avancer un petit peu et puis

B.L : Mais le dialogue à l’intérieur des familles, du milieu hospitalier ?

L.B: Non à l’intérieur des familles. Après il y a le milieu hospitalier, parce que j’ai reçu des messages de personnes qui travaillent dans les hôpitaux et qui me disent qu’ils aimeraient tellement réussir à faire ce que fait, ce que nous nous avons fait pendant toutes ces années avec leurs patients, ils n’y arrivent pas. Parce que faute de moyen, faute de temps et le message que j’ai eu hier qui est fantastique, qui me disait « si vous voyez Madame la Ministre donnez lui votre livre ». J’ai trouvé ça 

B.L : Qui vous a donné ça ?

L.B: J’ai reçu un message sur facebook, c’est Christelle si je me souviens bien de son nom, et elle me dit « si vous voyez Madame la Ministre donnez lui votre livre ». Et je lui ai répondu « elle la en main depuis 15 jours ».

B.L.: vous lui avez remis en main propre ?

L.B:  Non je lui ai envoyé. D’ailleurs elle ma envoyé un très joli message aussi, en me disant qu’elle était très heureuse d’avoir reçu le livre, qu’elle va y porter attention, et qu’elle va le lire. Je pense que, alors je ne dis pas que mon livre a déclenché des choses, ce qui n’est pas vrai, parce que je n’ai pas cette prétention là.

B.L : Mais moi je pense très sérieusement, en toute objectivité, vous êtes reçus dans différents médias, vous faites la une de certains magazines. Le sujet parle aux gens de plus en plus parce que d’abord il concerne une femme qui a marqué le paysage français et le théâtre, le cinéma, la télévision. Mais en plus de ça on se sent tous concernés par le sujet, parce que ça peut nous arriver demain, donc on peut s’identifier !

L.B: Ce qui est malheureux c’est que l’on soit obligé de passer par elle pour en parler aussi, parce que ça aurait été qui qu’on que, si on en parlait, je ne pense pas que ça aurait fait autant d’abatage. Ca je suis sur ! Mais cela dit

B .L: Mais en même temps, ne prenez pas mal ce que je vais dire mais

L.B: j’ai l’impression de continuer une route quoi ! De continuer une route, et en même temps c’est une route qui va se terminer bien sur, parce qu’on va passer à autre chose.

B.L: C’était ma prochaine question, qu’est ce qui se passe après ?

L.B: Je ne sais pas encore, mais j’y réfléchi ! Je ne sais pas… je ne sais pas. Je ne sais pas, j’ai des envies d’écrire, j’ai des envies de changer un peu ma vie quoi. Pas refaire la même chose, ça c’est pas possible, parce que je ne referais jamais deux fois la même chose !

B.L : C’est quoi la même chose ? c’est vous occuper d’un autre artiste ?

L.B: Euh, oui. Que ce soit un autre artiste ou autre. Je m’occuperais de mes parents ça c’est sur ! Mais si on me demande un jour de m’occuper de quelqu’un je crois que je le ferais effectivement volontiers, mais ca ne sera pas 24/24. Je me garderais une partie de vie privée, et une partie de vie je dirais culturelle.

B .L: Aujourd’hui est ce que vous êtes en contact avec Annie Girardot ou vous allez la voir

L.B: Non.

B.L: Parce qu’à la fin de l’ouvrage, on ne va pas le dévoiler mais c’est en suspens. Peut-être que vous allez y aller, peut-être que vous n’irez pas.

L.B: Oui j’ai l’intention d’y aller très prochainement, je ne vous dirais pas avec qui mais on a pris rendez vous et j’ai l’intention d’y aller très très vite.

B.L : Quelle douleur ça fait quand on a partagé la vie, pendant de nombreuses années justement avec une personne que l’on affectionne tout particulièrement, que l’on a suivit au quotidien de voir qu’il n’y a plus grand-chose finalement, la mémoire est effacée. Pour vous hein j’entends, qu’est ce qui se passe pour vous ?

L.B: ce qui est douloureux c’est en faite de rentrer dans un univers qui n’était pas celui qui était habituel, donc qui est beaucoup plus lourd, parce que l’atmosphère est lourde. Et puis vous avez une intimité quelque temps, parce que vous pouvez vous retrouvez avec elle dans la chambre et après il y a le 4h, donc vous n’avez plus l’intimité comme avant puisque vous vous retrouvez avec une dizaine de personne et donc la connexion, et la communication n’est plus la même… n’est plus la même. Et puis c’est vrai que c’est difficile, d’engager une conversation comme avant… je n’y arrive pas, je ne sais pas…

B.L : Mais quand elle vous voit elle vous reconnait ou ?

L.B: Non

B.L: pas du tout… Et si vous deviez, si vous pouviez, si vous étiez magicien, si vous pouviez simplement ravivez sa mémoire un instant que lui diriez vous ?

L.B: Viens je t’emmène (rires) et je ne sais pas, on va faire le tour du monde voilà.

VERY NET (VOS QUESTIONS-SES REPONSES) : 9MIN08

(vidéo sur l’ordinateur )

- Le césar est attribué à Annie Girardot dans les Misérables.
-Annie Girardot qui avait reçu le césar de la meilleure actrice en 1977, Annie Girardot qui est une habituée des films de Claude Lelouch avec qui elle a déjà tourné une bonne demi douzaine de fois.
-
(voix d’Annie Girardot) Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais moi le cinéma français m’a manqué follement, éperdument, douloureusement, et votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être je ne suis pas encore tout à fait morte.


L.B: Je suis un peu ému là parce que je vois Binoche qui pleure, tout ça

B.L : Vous l’aviez pas vu ?

L.B: Si si mais je me rappelle toujours de la phrase mais il y a les images qui disparaissent de temps en temps  et puis là ça revient un petit peu, et là c’est vrai que je me rappelle, on était à la maison d’ailleurs. Et ce qui s’est passé quand on la vu faire, on s’est dit « Oh la vache ! Où est ce qu’elle va là ». On a eu très peur, on s’est dit qu’on voyait bien que la journée allait bien se passer, parce qu’elle sentait elle, qu’il allait se passer quelque chose. Je pense qu’elle a dû réfléchir à ce qu’elle allait dire

B.L: au cas où.

L.B: Ce soir là, si elle avait le prix. Et quand elle est montée sur scène je pense qu’il y a eu un déclenchement, et que ça a donné autre chose, et qu’on a eu exactement ce qu’on vient de voir, c'est-à-dire quelque chose de fantastique, d’émouvant et puis de beau aussi.

B.L : Alors là en l’occurrence, c’est un an tout pile après votre rencontre.

L.B: Oui

B .L: C’est en 96, elle obtient le césar de la meilleure actrice dans un second-rôle, c’est Lelouch qui lui offre ce rôle dans les Misérables. Grâce à lui elle retrouve sa place parmi les acteurs de cinéma, de théâtre mais aussi de télévision.

L.B: Oui parce que là elle me dit : « Lelouch m’a sauvé ».

B.L: Ca c’est fou ça ! Ca veut dire quoi ça la sauver, ça veut dire qu’elle se sentait inutile perdue ?

LB: Bah je pense que c’est ce qui s’est passé peut-être quelques années plus tôt, j’étais pas là moi à l’époque, pour tout ce qui s’est passé avant donc… Je pense qu’elle a eu une période effectivement creuse et une période noire. Est-ce que les gens autour d’elle l’ont soutenu ou pas je ne sais pas. Je n’étais pas là, donc je ne peux pas parler à la place des autres quoi.

B .L: mais vous quand vous vivez ça, derrière votre téléviseur, vous vous dites « c’est mérité, c’est génial, je pleure, je ris » Vous étiez dans quel état ?

L.B: Moi j’étais, on était en train de pleurer ! Enfaite on était en train de pleurer parce que, d’abord parce que c’est vrai qu’elle le méritait, mais en même temps je crois qu’on a commencé à prendre conscience de la souffrance qu’elle avait, et qu’elle a dû avoir. Parce que c’est quand même…

B.L : Une longue traversée du désert vous voulez dire ?

L.B: C’est exactement ça, donc je pense que là on sent bien quoi ! On sent bien qu’elle a dû quand même en chier comme on dit ! Elle a dû en baver quoi !

B.L: Sur verylou.com, les internautes peuvent poser des questions aux personnalités qui vont être interviewées. Vous avez bien connu Annie Girardot, vous avez été son assistant personnel pendant de nombreuses années, donc il y a des questions qui vous sont peut-être dédiées directement, ou alors qui concernent Annie Girardot, vous pouvez nous les lires ?

L.B: D’accord! Alors Oscar 35 : “Acceptait t’elle facilement la critique?” Ah oui ! et je lui disais non mais un jour je ne sais plus ce qui s’était passé, je ne sais plus dans quel canard ils ont été mauvais, elle a dit « laisse les parler ils se fatigueront avant moi ! »

B.L : (rires) Ce fut le cas ou pas ?

L.B: Ah bah oui !

B.L : Elle était jamais fatiguée des critiques, parce que finalement elle savait ce quelle valait ?

L.B: Non, je pense que d’abord elle ne regardait pas les bonnes critiques ni les mauvaises, mais je pense que… Et puis il ne vaut mieux pas dans ce métier, si les critiques sont mauvaises tu peux plus faire ton boulot quoi ! Parce que les critiques sont pas toujours…

B.L: Oui parce que vous savez de quoi vous parlez, vous êtes comédien !

L.B: Oui oui oui bien sûr, justement j’y pense parce que je pensais à ca, parce que je me disais « tiens si on me disait que mon bouquin est mauvais, oh je les laisse parler ils se fatigueront avant moi ! » (rires), c’est ça c’était la phrase !

B.L : On va passer à la question suivante.

L.B: Claude de Cherbourg : « Annie Girardot était elle exigeante dans le choix de ses scénarios ? » Ah bah oui ! Les choix des scénarios oui ! Je l’ai dit tout à l’heure ! Elle refusait de tuer donc  déjà quand elle lisait le scénario, il suffisait que la fin elle tue, le scénario c’était fini ! Donc elle disait « non non, je n’en veux pas je ne tue personne ! »

B.L : On va passer à la question suivante !

L.B: Alors, hop ! Adèle de Marseille, alors « Annie était elle facile à vivre ? », oui je crois qu’il n’y a pas plus simple ! Il n’y pas plus simple, parce que pas exigeante, euh oui super facile à vivre, vraiment !

B.L: Alors passons à la question d’après !

L.B: Etait-elle proche de ses fans ? Un jour, on est à côté de la maison, donc elle est de dos comme ça, elle dit qu’elle veut manger et puis il y a deux gosses qui rentrent, enfin 2 gosses, de 18 ans ! et puis ils font « excusez moi on cherche la rue du Pot aux choux » je crois que c’était pot au chou, du pot au chou. Alors Annie se retourne et dit “alors la rue du pot au chou c’est pas compliqué, tu sors tu vas à droite, et patati, 3ème ou 4ème à droite », et là je vois une des gamines qui regarde Annie et qui fait « excusez moi, vous ne seriez pas », elle fait « c’est pas ça ton problème ! tu vas tout droit ! tu sors et tu vas à droite ! et tu trouvera la rue ! » Et là moi je rigole parce que je vois la tête des deux gamins, et les deux gamins s’en vont-ils font « oh bah merci ! », et je les voyais quand même ils étaient en train de cogiter, cogiter, et puis à un moment il y a une des gamines qui dit, on la voit du top caisse sortir un carnet et elle va voir Annie, et elle lui dit « excusez moi de vous déranger, est ce que je pourrais avoir un autographe » et Annie « Mais bien sûr ! » Donc elle lui prend son papier et alors sur le papier c’était marqué « aux deux tourtereaux qui cherchent leur petit nid ». J’ai trouvé ça mais exceptionnel ! Et je crois qu’elle a toujours été à l’écoute de tout le monde. Et après quand elle a redonné le bout de papier : « bon vous avez compris ! tout droit et après à droite ! »

B.L : On va passer à la question suivante !

L.B: la dernière.

B.L : Et puis c’est aussi la magie de la télévision finalement, parce quand on voit une, une actrice jouer dans un film un dimanche soir, on croit le lundi matin qu’elle est toujours qu’elle a le même âge que l’image qu’on a vu le dimanche soir.

L.B: C’est un petit peu le problème !

B.L: Ah vous trouvez que c’est un problème ?

L.B: Oui parce que des fois vous voyez un film où il y a Annie, et puis vous sortez le lendemain, d’un seul coup on fait «  oh t’as vu Annie Girardot comment elle a changé ! » Oui bah elle n’a pas changé depuis hier quoi !

B.L : C’était en 1952 !

L.B: non mais c’est ça ! Alors c’est vrai que les gens s’identifient beaucoup à ce qu’ils voient à la télé ! La télé c’est quand même parlant, moi je le vois, je m’en rends compte.  Annie avait-elle beaucoup d’amis ? Euh oui je pense. Alors des amis oui c’est sur il y en avait dans toute la France, de vrais amis oui elle en avait, qui venait lui rendre visite. Alors évidemment ceux qui étaient de la profession ne pouvaient pas lui rendre visite parce qu’évidemment eux aussi avaient des choses à faire. Donc ils appelaient, ils venaient de temps en temps. Enfin c’était… Oui je pense que des amis elle en a.

B.LL : Alors moi j’ai lu dans votre livre que comme ami elle avait Alice Donna

L.B: Oui alors ça c’était sa grande copine !

B.L: Muriel Robin que vous affectionnez tout particulièrement aussi

L.B: oui

B.L : Madame Chirac qui est venue la voir.

L.B: Oui alors ça c’est parce que j’ai voulu faire une surprise à Annie, c’est qu’elle n’arrêtait pas de me dire « qu’est ce que j’aimerais que Mme Chirac elle vienne, parce que pff tu parles elle est tellement occupée qu’elle n’est jamais venue me voir ». Et c’était un 2 décembre, ou un 1er décembre je ne me souviens plus, c’était en 2002, elle était à l’Olympia, je ne me rappelle plus ! c’était à l’Olympia c’est sur ! J’appelle une amie, je lui dis « écoute, est ce que tu crois que l’on peut faire venir Madame Chirac ? » Et là je me dis, c’est un truc de ouf on y arrivera jamais ! On envoi un message directement au secrétariat. Madame Chirac se déplace, le problème c’est que Madame Chirac est rentrée par les loges et a croisé Annie. Ce qui a fait que quand Annie elle a vu Madame Chirac elle est devenue 10 fois plus traceuse qu’elle ne l’était avant. C'est-à-dire qu’elle n’avait pas le trac des 2000 personnes qui étaient dans l’Olympia, c’était le trac parce que Madame Chirac était là. Elle aimait cette femme, elle me disait « cette femme moi je l’adore, elle est comme ça, bon son bonhomme il est comme ça  » mais c’était drôle ! et je ne pensais pas que la connexion se ferait vraiment.

B.L : Et comment ça c’est passé justement l’après spectacle est ce que Madame Chirac est allée la voir dans les loges ?

L.B: Ah oui complètement ! Moi j’étais assis à côté de Madame Chirac et elle me disait « je suis très heureuse d’être là, vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j’ai d’être là, parce que je ne vais pas souvent au spectacle » et elle me dit « là pour celui-ci, je suis venue ».


VERY INDISCRET : 10MIN56


B.L : Léo Bardon, vous avez été pendant de nombreuses années l’assistant personnel d’Annie Girardot, je vous propose maintenant, vous qui la connaissez bien, de répondre à 6 questions, plus ou moins indiscrètes ! Alors vous avez le choix, elles sont… je ne sais pas, vous allez me dire si vous les trouvez trop indiscrètes. Vous avez le choix de piocher celle que vous préférez. Vous les lisez à haute voix.

L.B: Si vous étiez à ma place, quelle question vous poseriez vous ?

B.L : Donc si vous étiez à ma place, vous poseriez quelle question à vous-même parce que dans votre ouvrage, l’ouvrage que vous avez écrit en mémoire à la maladie d’Alzheimer, et surtout en mémoire à l’actrice que vous avez bien connu qui s’apelle Annie te souviens tu, aux éditions Michel Laffont, vous précisez à un moment donné que vous ne savez plus trop qui vous êtes, ni au début ni à la fin. C'est-à-dire qu’au début quand vous la connaissez vous ne savez pas comment vous placer par rapport à elle, qui vous êtes, ce que vous faite, quel est votre rôle.

L.B: Ma question de toute façon, j’allais la dire : est ce que tu as été heureux toutes ces années ? Franchement… oui !

B.L: oui ?

L.B: oui ! Toutes les années, j’ai eu des moments de doute de toute façon, comme tout le monde, je crois que l’on a réussi à surmonter ces doutes, toujours par l’humour. Et en même temps je crois que j’ai été très heureux parce que j’ai appris beaucoup, c’est quand même quelqu’un qui m’a apprit pleins de choses dans la vie. Et c’est vrai que quand des fois je pense à quelque chose, je me dis « tient, c’est marrant, elle penserait à quoi à ce moment ? »

B.L : Elle est omniprésente dans votre esprit ?

L.B: Oui bien sur en permanence, il n’y a pas une journée ou je ne pense pas à elle.

B.L : Bah en même temps vous êtes en promo, vous parlez beaucoup de votre livre, et hasard du calendrier, concours de circonstance je ne sais pas, mais c’est une journée particulière aujourd’hui, parlons en.

L.B:  Bah oui, oui c’est la journée mondiale de la lutte contre Alzheimer. Donc c’est vrai que c’est une journée importante, je pense que ce qui est surtout important, c’est que l’on a réussi plus ou moins, beaucoup, beaucoup de personne à ce que ce soit vraiment entendu cette fois ci par les médias, parce qu’il y a quand même une dizaine d’années, on en parlait pas. Aujourd’hui on en parle de plus en plus. En même temps je crois qu’Annie a fait la une de Paris Match qui a annoncé que la maladie, que la maladie

B.L: elle y a beaucoup contribué.

L.B: Oui je pense que ça a été encore là une des première et c’est très important, parce que depuis tout le monde en parle et ça c’est vrai. C’est important que aujourd’hui les gens aident aussi la recherche, parce que ca coûte très cher hélas. Ca on ne peut pas dire le contraire. Et puis que ça peut arriver à n’importe qui autour de nous. Alors c’est vrai qu’aujourd’hui j’ai des gens qui me parlent, alors ceux qui ont lu mon livre, me disent : « on a quelqu’un dans notre entourage qui est malade et effectivement on vit la même chose » et puis ceux qui ont lu le livre mais qui n’ont personne dans leur entourage ils disent « c’est quand même étrange parce que on a l’impression que si ça nous arrive maintenant on connait deux trois petites choses à faire avant que ça ne paraisse comme vous étiez vous. »

B.L : Lesquelles par exemple de choses à faire ?

L.B: Bah le suivi psychologique, c’est très… c’est quelque chose de très important !

B.L: vous avez refusé vous ?

L.B: Ce n’est pas que je l’ai refusé, c’est enfaite quand on nous a dit ça … voila ! Suivi psychologique, je ne vois pas pourquoi, on va très bien, etc, alors qu’on aurait dû le faire. Enfin moi j’aurais dû le faire. Parce qu’à un moment tu craques. Tu craques parce que c’est quand même lourd. On ne peut pas dire le contraire, c’est quelque chose de très lourd.

B .L: On va continuer bien sur à en parler, je vous laisse repiocher, oui oui ! je vous laisse repiocher !

L.B: Vous avez vu comment je suis pressé ! Annie Girardot … je préfèrerais qu’on dise est elle et pas était elle

B.L: est elle alors !

L.B: est elle une femme libre ? Ah oui complètement ! Elle la prouvé !

B.L: j’ai dit était, je vais vous expliquer pourquoi, parce que là on parle de la femme que vous avez connu, et que vous ne voyez plus aujourd’hui. Alors ça ne veut pas dire qu’elle n’est plus libre, et qu’elle a disparu, qu’elle n’existe plus aujourd’hui, ca veut simplement dire, dans vos souvenirs, quand vous l’avez côtoyé, est ce que c’était une femme libre, indépendante et toujours à l’affut… ou elle avait toujours besoin des autres pour exister ?

L.B: Non pas du tout, elle était libre. Elle était libre, si elle avait envie de sortir elle sortait… un petit peu moins dans les dernières années, parce que les dernières années, si elle voulait sortir, il fallait que nous on se prépare justement pour la faire sortir, et qu’on la prépare aussi pour sortir. Mais sinon ça a toujours été quelqu’un de libre. Elle a toujours fait ce qu’elle voulait.

B.L : Si il y avait un moment qui vous rappellerais cette liberté, ou qui pourrait nous donner une image colorée ou non, de cet instant de liberté, qui vous vient à l’esprit, ça serait lequel ?

L.B: Celui de partir quand elle veut, faire un tour où elle veut. Et après tu la cherches pendant des heures et toi tu te dis mais où est ce qu’elle est partie ? Et donc tu es inquiet, donc tu fais tous les endroits du coin qu’elle connait, où elle a l’habitude d’aller et c’est pas de chance, ce n’est pas là. Donc là tu es encore plus inquiet. C'est-à-dire que tu vas chez le coiffeur, elle n’y est pas mince, voir si elle est partie manger son omelette, elle n’y est pas, mince, faire des courses elle n’y est pas mince. Mais vous l’avez vu ? non ! Panique… et puis après il y a le coup de fil. Qui arrive longtemps après, mais t’étais ou ? Oh bah je suis allée me promener !  Bah tu aurais pu nous appeler avant, parce que l’on s’est inquiété !

B.L: Bah je suis une femme libre !

L.B: Bien sur ! Absolument ! Et puis elle le disait « faut pas qu’il me fasse chier »

B.L : Elle s’imposait ! Je vous laisse piocher une autre question. C’est joli ça ! quel… quel était le plus joli défaut d’Annie Girardot ?

L.B:C’est joli ça ! quel … Quel était le plus joli défaut d’Annie Girardot ? 

B.L: Le plus joli défaut.

L.B: Alors… Peut être son côté trop humble, puisque pour moi c’était un défaut, et à chaque fois qu’on lui disait quelque chose elle disait « ah bon ? j’ai fait ça moi ? oh bah dis donc ! »

B.L : Comme si elle se surprenait elle-même ?

L.B: Oui bah de toute façon elle était surprise parce qu’à chaque fois qu’on lui disait « on vous aime aussi parce que ça » , elle disait « oh tu te rends compte la chance que j’ai ? » Elle terminait toujours par cette phrase que j’aimais bien, elle disait « tu te rends compte ? qu’est ce que je suis heureuse » ça j’aimais bien ! Et alors elle était tellement humble que des fois je disais « mais arrête c’est toi merde ! Tu es Annie Girardot ! ». Elle faisait « ah oui bon ! »

B.L: Mais elle réalisait ça ?

L.B: Oui ! Parce qu’un jour pour rigoler, je ne sais plus ce que c’était l’histoire, je ne me rappelle plus, et puis elle me dit « bah oui quoi merde je suis Annie Girardot ! », et là je l’ai regardé et je lui ai dis « mais là ca ne va pas du tout dans le ton ! »(rires) « ah bon, bah je vais rester comme je suis ! »

B.L : Acte II scène trois on reprend !

L.B: Non non même pas elle dit «  je vais rester comme je suis, tout va bien ! » Oui voilà c’est ça qui était intéressant chez elle ! Elle était vraiment humble, honnêtement c’était quelqu’un de très simple ! Extrêmement simple ! Je ne l’ai jamais vu faire une crise, ce que l’on appelle une crise de star. Je ne sais pas ce que ça veut dire, je n’ai jamais vu, jamais vu.

B.L: Alors moi qui ne la connaissais, et qui vous découvre aujourd’hui, je ne vous connaissais pas, à entendre ça, ce n’est pas du tout un jugement de valeur, mais je me dis c’est peut être aussi parce qu’il a envie de garder une belle image d’Annie Girardot, il veut véhiculer quelque chose de sympa.

L.B: Non pas du tout, de toute façon je ne véhicule pas quelque chose de sympa parce que tout le monde, lui ont dit qu’ils l’aimaient, qu’elle était sympa. Elle n’a jamais été méchante ni odieuse, faut quand même se mettre ça dans la tête. C’était quelqu’un qui avait du caractère, mais c’est pas parce qu’elle disait « tu es un pauvre connard »

B.L : Très gentil c’est vrai !

L.B: Non mais sur ce ton là, qu’elle pensait que vous étiez un connard ! C’est la façon dont elle vous le disait qui était importante, si elle vous disait « non mais franchement tu es un pauvre connard », mais ce n’était pas vulgaire, ce n’était pas grossier, et quand elle aimait quelqu’un elle le secouait. Elle disait « mais tu ne fais pas ça ! tu ne fais pas ça ! Parce que là tu es un connard ! Tu ne fais pas ça ! ». Et c’est toujours quelqu’un qui était à l’écoute des autres. Elle aimait son avis ça oui, c’est pas sur qu’on pouvait la suivre, mais elle aimait ça.

B.L: Je vous laisse en piocher une.

L.B: Ah encore un ! Alors ?

B.L : A haute voix !

L.B: J’ai pas mes lunettes ! Quel est le mot qu’Annie Girardot adorerait entendre à son sujet ? Vous êtes belle .

B.L: oui ? Elle en avait besoin ?

L.B: Bah parce qu’en faite quand les gens lui disaient, ou même nous « vous êtes belle », elle rigolait tout de suite. Elle disait toujours « oh bah oui ».Pareil, j’en reviens à la question d’avant elle disait toujours « ah oui mais moi j’ai rien fait c’est lui ». Elle regardait Valera et disait « c’est lui ». Un jour j’ai raconté… on est à la maison, et Valéra lui dit « regarde Annie, comme tu es belle dans la glace ! » et elle lui répond « j’ai pas besoin de me regarder dans la glace, j’ai juste à te regarder dans les yeux ! »…Ca c’est énorme ! Oui bah j’ai fais ma crise de jalousie ! j’ai dis mais c’est pas juste ! Pourquoi moi on me dit jamais ça ! Là elle se retourne et dit « mais tu sais très bien que toi je n’ai rien à te dire parce que je t’aime ! »

B.L :  Et ça suffisait !

L.B: Bah oui ! Alors nous on lui disait toujours « tu es belle ! »

B.L: Ca passait la journée ! On va en piocher une autre. A haute voix !

L.B: Annie Girardot était elle capricieuse ? Pas du tout ! Je vous l’ai dit !

B.L :  C’est vrai ! Alors on peut passer à une autre question tout de suite après !

L.B: Elle n’était pas du tout capricieuse, honnêtement ! Du moins si elle voulait quelque chose qu’elle n’avait pas elle faisait bon bah c’est pas grave ! 

B.L: Ah oui ? Elle n’avait pas envie d’aller au bout de son idée ? je l’imaginais comme ça justement avec son caractère bien trempé !

L.B: Non mais je pense qu’elle était capricieuse peut-être sur sa profession ! Après dans la vie privée non ! Je vais vous dire un truc complètement bête, mais par exemple si elle voulait une tablette de chocolat, on allait pas reveiller tout Paris pour une tablette de chocolat ! Alors on lui disait « Annie il est 23h » elle disait c’est pas grave !

B.L :  Oui elle comprenait !

L.B: Elle ne faisait pas un caprice ! Elle ne savait même pas ce que c’était qu’un caprice de star ! Moi je sais que des caprices de star ça veut dire « je veux une tablette de chocolat, je l’ai ! ». Là c’était pas le cas ! Elle elle était pas comme ça ! Après son métier c’est autre chose ! C'est-à-dire que si elle disait « je veux faire ça », il fallait qu’elle aille jusqu’au bout de ce qu’elle voulait faire ! Ce qui était le plus fort, c’est qu’effectivement elle y arrivait tout le temps ! Elle avait une force pour ça ! Mais c’était phénoménal !

B.L: La persévérance !

L.B: Oui exactement ! Et même pendant la maladie ! Quand on lui disait « alors Annie, on fait ça, on va faire comme ça » « Bon d’accord je suis d’attaque ! » Et là elle y allait quoi ! Et une fois que la soirée était terminée il ne fallait plus rien lui demander ! Seulement elle avait fait tout ce qu’il fallait ! Et puis elle rendait les gens heureuses, quand elle montait sur scène ne serait-se que pour recevoir un prix, là elle redevenait Annie Girardot ! Et les gens ils était comme ça, ils ne se doutaient de rien, c’était formidable ! Et elle disait ! «  je tiendrais ! Oui je tiendrais je vais y arriver ! Ne vous inquiétez pas je vais y aller ! Je ne suis pas malade, ne vous inquiétez pas je vais y aller ! »
















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